Élections municipales à Montpellier : zoom sur les programmes économiques des candidats
Urbanisme, immobilier, mobilités, emploi, soutien aux entreprises… Alors que les élections municipales se tiennent les 15 et 22 mars prochains, La Lettre M a passé au crible les propositions* des candidats déclarés à Montpellier dans le champ du développement économique.
Le trio de tête
Le dernier sondage en date, réalisé du 13 au 19 février par OpinionWay, distingue un trio de tête au premier tour des élections municipales montpelliéraines, avec en première position le maire sortant Michaël Delafosse, crédité de 32 % des intentions de vote, suivi de la candidate LFI Nathalie Oziol et de l’homme d’affaires Mohed Altrad, tous deux crédités d’un score de 15 %.
Michaël Delafosse (UG - « Demain Montpellier »)
À la tête d’une liste d’union de la gauche soutenue par le PCF, le PS, le PRG, le Parti animaliste, Place publique ou Génération Écologie, le maire sortant socialiste défend son bilan, dont la gratuité des transports en commun. Michaël Delafosse entend maintenir ce dispositif, créer cinq nouvelles lignes de Bustram et 235 km de réseau express vélo, avec une ambition : « Poursuivre résolument la transformation des mobilités pour une ville plus accessible, plus fluide et décarbonée. » Toujours en matière de transport, l’élu héraultais entend augmenter le cadencement de l’offre en heures de pointe et en soirée, cofinancer la future Ligne à grande vitesse (LGV) Montpellier-Perpignan pour connecter la ville à Barcelone et améliorer le cadencement des trains du quotidien entre Nîmes (30) et Sète (34), « concrétiser le Service express régional métropolitain (Serm) Montpellier Méditerranée et faire sortir le tramway hors de la Métropole ». En matière de développement économique, Michaël Delafosse met en avant l’attractivité de son territoire. « Métropole la plus attractive de France (selon une étude d’Arthur Loyd, NDLR), Montpellier doit transformer ce dynamisme en emplois concrets », explique-t-il. Priorités de son programme : créer 30 000 emplois, mettre en place un « Welcome Package » en vue d’accélérer l'implantation des entreprises et renforcer le soutien au commerce de proximité. « Nous mettrons l'économie et l'emploi au service de tous les Montpelliérains », résume le maire sortant. Ses principales propositions concernent la création d’une Agence métropolitaine des investissements stratégiques afin de « coordonner, orienter et sécuriser les projets structurants du territoire » et le développement de baux réels solidaires (BRS) d’entreprise « pour répondre spécifiquement au défi du maintien et du développement du tissu des TPE et PME face à la pression immobilière ». Autres propositions phares de son programme : la mobilisation de 350 hectares de réserve foncière dédiée au développement économique et l’intensification de la stratégie métropolitaine de filières autour de la santé globale avec l’écosystème MedVallée, des énergies renouvelables, du tourisme ou des ICC (industries culturelles et créatives). Enfin, sur le front du logement, le socialiste veut créer une agence municipale dédiée « pour répondre à la tension croissante du marché » en garantissant « à au moins 10 000 ménages » de pouvoir acheter un logement abordable et construire « 1 000 logements sociaux étudiants ».
Nathalie Oziol (LFI - « Faire mieux pour Montpellier »)
Agrégée d’anglais, la tête de liste insoumise « Faire mieux pour Montpellier » Nathalie Oziol entend proposer « une autre orientation » en matière d’emploi local et d’économie. « À Montpellier, la politique municipale a laissé se développer une concurrence déloyale contre les petits commerces et les activités de proximité », pointe la candidate LFI en dénonçant « la prolifération des grandes surfaces, la spéculation immobilière et l’extension commerciale en périphérie ». De quoi appauvrir le tissu économique local, selon elle. Nathalie Oziol plaide donc pour une économie locale « planifiée à partir des besoins des habitantes et des habitants », la protection des commerces de proximité et le soutien à l’artisanat, aux petites entreprises et à l’économie sociale en garantissant « des conditions de travail dignes dans l’espace public ». Ses principales propositions portent sur une révision des documents d’urbanisme (PLU, Scot) en vue de « bloquer l’extension de la grande distribution », « la suppression ou la réorientation de l’agence de développement économique » et l’intégration « des critères sociaux et écologiques dans les marchés publics municipaux ». En matière d’immobilier, l’insoumise propose la mise en place d’« un guichet unique municipal du droit au logement » et souhaite produire « 30 000 nouveaux logements sur le mandat », dont au moins 30 % de logements sociaux. Enfin, dans le domaine des transports, la députée de l’Hérault propose d’instaurer un moratoire sur les projets autoroutiers « inutiles et écocides », de « renforcer massivement l’offre de transports collectifs » et de défendre « de nouveaux modes de financement pour le service public des transports ».
Mohed Altrad (DVC - « Montpellier, notre fierté »)
Mohed Altrad, dirigeant du groupe éponyme montpelliérain spécialisé dans les services à l’industrie (CA 2025 : 5,9 Md€ - 65 000 salariés), s’est entouré de colistiers de la société civile apportant « expérience, ancrage local et connaissance du terrain ». En matière d’habitat, son projet « place le logement social et abordable au cœur des priorités municipales ». Le candidat s’engage à doubler le nombre de logements sociaux à Montpellier « pour faire baisser durablement les loyers ». Son programme prévoit par ailleurs la sécurisation des parcours résidentiels « en permettant aux locataires de devenir propriétaires après quinze ans dans un logement social ». Au chapitre des transports, Mohed Altrad prévoit de déployer « un plan global anti-bouchons pour améliorer la circulation, réduire les embouteillages et faciliter les déplacements des automobilistes, cyclistes et piétons ». Autre proposition : l’instauration « des transports gratuits, avec des fréquences doublées dans tous les quartiers afin de garantir une mobilité fluide, inclusive et écologique ». Enfin, en matière économique, l’ambition de son équipe est de faire de la ville « un territoire exemplaire en matière d’emploi local et durable ». L’entrepreneur vise par ailleurs « le zéro chômeur grâce à une politique volontariste d’attractivité économique, de soutien aux entreprises locales et d’accompagnement à l’emploi ». Autre proposition significative de son programme, la création de 30 000 emplois et de 10 000 contrats en alternance : « L’alternance sera un levier clé pour l’insertion professionnelle des jeunes à Montpellier et pour répondre aux besoins de recrutement des entreprises du territoire. » Enfin, la Ville « jouera un rôle moteur pour faciliter l’implantation de nouvelles entreprises créatrices d’emploi ».
Les challengers
Parmi les challengers, Philippe Saurel, placé en quatrième position au premier tour avec 9 % des intentions de vote selon OpinionWay, est à la tête de la liste divers gauche « Montpellier Citoyenne ». L’ancien maire de la Ville, président de la Métropole de 2014 à 2020 et membre du Parti socialiste jusqu’en 2014, n’a pas présenté de programme complet à ce jour.
Crédité de 7 % d’intentions de vote avec sa liste « Yes we clown », l’humoriste Rémi Gaillard propose la construction d’un « stade-parc » de 25 000 places disposant de tribunes enterrées recouvertes d'un parc végétalisé et la réhabilitation du stade de la Mosson « en grand parc de permaculture, de loisirs nature, d’aventure et d’innovation écologique » avec la création de bureaux et d’un pôle dédié aux technologies vertes.
Candidate déclarée depuis deux ans, la notaire montpelliéraine Isabelle Perrein arrive en sixième position selon les sondages, avec 6 % d’intentions de vote. À la tête de la liste divers droite « Aimer Montpellier », elle propose de « travailler avec les promoteurs pour baisser les prix du neuf de 30 % en se libérant des contraintes excessives imposées par la mairie ». Autres propositions en matière de logement, la promotion de nouvelles formes d’accession à la propriété – habitat coopératif, location accession… – et la constitution d’un parc de logements locatifs intermédiaires à destination des classes moyennes. En termes de développement économique, la candidate propose la mise en place d’un PLUi (plan local d’urbanisme intercommunal) économique afin de « sanctuariser les zones d’activité et favoriser leur rénovation et leur modernisation ». Isabelle Perrein entend aussi créer un fonds d’investissement public-privé doté de 1 Md€ en vue de soutenir « l’innovation et les filières d’excellence » et veut créer « une Cité de la médecine du XXIème siècle » et « un pôle d’excellence sportif » pouvant accueillir des événements internationaux. Côté transports, elle propose de « remettre de l’ordre dans les déplacements doux, réformer les transports en commun pour plus d’efficacité et fluidifier la circulation pour réduire pollution et embouteillages ».
Investie par le Rassemblement National (RN) avec la liste « Libérer Montpellier », France Jamet atteint 6 % dans les intentions de vote et « s’inscrit dans une volonté de rupture avec la politique municipale ». La tête de liste veut notamment relancer l’attractivité du centre-ville en le rendant plus accessible en levant les contraintes de circulation.
L’écologiste Jean-Louis Roumégas, tête de liste « Le Printemps montpelliérain », arrive en huitième position des treize candidats avec 5 % des intentions de vote. Le candidat propose « un pacte de rupture coconstruit avec les habitants » prévoyant l’arrêt « du bétonnage dans une ville urbanisée à 80 % » et « le zéro artificialisation nette des terres ». Il entend faciliter l’accession à la propriété en permettant à 4 000 locataires depuis vingt ans d’acheter leur logement social.
Crédité de 2 % des intentions de vote avec sa liste « Révolution Permanente - la voix des travailleurs, de la jeunesse et des quartiers populaires », le candidat d’extrême-gauche Max Muller, benjamin de la campagne, propose des mesures comme « l’arrêt des financements publics aux entreprises et à des projets tels que MedVallée et le quartier d’affaires Cambacérès ». Selon lui, « les infrastructures doivent servir les besoins des habitants : la réquisition des terrains et des bâtiments pour des pôles de santé publique ou encore des centres culturels et de loisirs ». Il propose également « l’arrêt de tous les projets polluants, comme le COM (Contournement Ouest de Montpellier) et le Lien (Liaison intercantonale d’évitement du Nord). »
Autre candidat crédité de 2 % selon les sondeurs, le dissident RN Thierry Tsagalos milite pour une coopération accrue avec les territoires voisins, « de Perpignan à Marseille », tout en proposant l’instauration de quotas de foncier économique dans les zones d’aménagement et la création d’un comité économique de suivi des projets économiques associant les organisations patronales. À la tête de la liste « Union Montpelliéraine », Il souhaite également construire davantage de logements étudiants dans le cadre d’« un choc de l’offre ».
Morgane Lachiver, représentante de Lutte Ouvrière dans cette campagne avec sa liste « Le camp des travailleurs », recueille 1 % d’intentions de vote avec un programme destiné à faire entendre la voix et les revendications des travailleurs.
Deux autres candidats de dernière minute – non intégrés par les sondeurs – sont sur les rangs : Kadija Zbairi, avec une liste citoyenne « La Municipaliste », et la militante d’extrême-gauche Sylvie Trousselier, tête de liste de « L’argent pour les travailleurs et les services publics de la commune, pas pour la guerre ».
*Toutes les citations sont issues des programmes et professions de foi diffusés par les candidats sur leur site de campagne











