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Languedoc-Roussillon
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Viticulture
| 22/08/2017

Des vendanges précoces et d'une faiblesse qui inquiète

« On ne vendange jamais avant la feria. » Cyril Payon, pour une fois, a fait mentir un adage bien local. Le directeur de la cave coopérative de l'Ormarine, dans l'Hérault, a choisi de moins dormir, tiraillé entre les festivités biterroises, et un début de vendanges dans la nuit du 13/8. Du jamais vu dans les quelques 2.200 hectares de vignes de la coopérative, étalées sur 35 communes entre Montpellier et Béziers. Partout dans le vignoble de l'ex-Languedoc-Roussillon, les enjambeuses apparaissent en bordure de parcelle, les tracteurs tirant les bennes de raisins encombrent les routes au petit matin. Les premières vendanges ont concerné le muscat, pour les vins doux, début août, voire même dès fin juillet en Roussillon. C'est au tour depuis le 10/8 des blancs, sauvignon et chardonnay, et même des pinots noirs. Dans l'Hérault, Jérôme Despey, secrétaire général de la FNSEA et viticulteur à Saint-Geniès-des-Mourgues, entre Lunel et Montpellier, s'est ainsi fendu d'un tweet pour constater un début de vendange le plus tôt jamais enregistré. Les traditionnelles réunion pré-vendanges de la fédération de coopératives Coop de France sont d'ailleurs programmées à partir … du 16/8. Les vendanges devraient durer encore un mois.

Le gel en cause, mais pas seulement

Dans l'Aude, Jean-Marie Fabre, vigneron à Fitou et président régional des vignerons indépendants, analyse ce démarrage précoce : « Nous avons gardé des nuits fraîches même en été, qui ont permis à la vigne de poursuivre son cycle, après un hiver et un printemps suffisamment arrosé ». Un scénario parfait sur le papier, excepté le violent épisode de gel, fin avril. Pour Jérôme Despey, là réside la principale inquiétude, reléguant au plan de l'anecdote la précocité des premiers coups de sécateurs. D'autant que le gel n'est pas le seul responsable du petit rendement. « Mes vignes se trouvent dans une zone qui n'a pas été gelée. Pourtant, nous constatons des rendements en baisse de 20 à 30 % », s'alarme-t-il. Un constat partagé par l'Ormarine. En cause, la sécheresse de 2016, des phénomènes de « coulure » (fleurs qui tombent et ne donnent pas de fruit, NDLR). Et de prédire « la récolte la plus basse de notre histoire viticole », venant ainsi confirmer les données fournies en juillet par l'agreste, organisme public de statistiques agricoles, soit une prévision pour la région à 11,6 millions d'hectolitres. Coop de France LR estime la récolte à peine au-delà des 11 millions d'hectolitres pour les quatre départements littoraux de l'ex-Languedoc-Roussillon. L'an dernier elle fut arrêtée à 12,3 millions d'hectolitres. Jérôme Despey a alerté le ministère de l'agriculture sur les risques économiques encourus. Et espère que la petite récolte aura le mérite de relancer les cours des vins, en berne, ainsi que les ventes des stocks toujours dans les caves. La région enregistre un retard de commercialisation, accentué par la concurrence des vins espagnols.

Céline Dupin
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