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Aéronautique et spatial / Labos - Recherche
| 17/11/2023

Denis Descheemaeker (IRT Saint-Exupéry) : « En 10 ans, nous avons changé d’envergure ! »

© Alexandre Léoty

Présidé par Magali Vaissière, l’IRT Saint-Exupéry, institut de recherche technologique spécialisé dans l’aéronautique, le spatial et les systèmes embarqués, fête le dixième anniversaire de sa création à Toulouse. La Lettre M fait le point avec Denis Descheemaeker, son directeur général, sur les avancées réalisées et les grands projets à venir.

En quoi l’IRT Saint-Exupéry a-t-il changé en dix ans d'existence ? 
Nous sommes partis de zéro et sommes désormais plus de 400 – soit 350 ETP -, dont un tiers de personnels mis à disposition. Nous nous appuyons sur un budget annuel de 39 M€. Au fil des années, notre mode de fonctionnement a évolué. À l’origine, nous recevions des commandes et des instructions de la part d’industriels. Aujourd’hui, nous sommes également capables d’agir proactivement en allant identifier des difficultés que peuvent rencontrer les acteurs de l'industrie, mais aussi en recevant des challenges de la part d’acteurs académiques. C’est un changement de paradigme et d’envergure. Notre stratégie technologique s’articule autour de trois grands piliers : l’environnement, la souveraineté et la compétitivité. 

Pouvez-vous citer quelques exemples de réussites enregistrées au cours de ces dix dernières années ?
Il y en a évidemment beaucoup ! Je citerais volontiers, dans le champ des matériaux, le projet Mama (Metallic advanced materials for aeronautics, NDLR), qui visait à réduire d’au moins 30 % la matière première titane engagée en matriçage dans le cadre de la fabrication de pièces aéronautiques. Mais aussi le projet Deel (Dependable explainable learning, NDRL), qui a impliqué des partenaires acédémiques et industriels dans le développement de briques technologiques d’intelligence artificielle fiables, robustes, explicables et certifiables appliquées aux systèmes critiques. Mais il y a eu bien entendu beaucoup d’autres projets, notamment dans le champ de l’électronique ainsi que des méthodes et outils.

Quelles sont désormais vos ambitions ?
Nous travaillons sur plusieurs grands projets. Je citerai, dans le domaine de l’aviation électrique, le projet Filae (Filière aéronautique électrique et autres mobilités, NDLR), doté de 60 M€, qui viserait à développer au cours des prochaines années tout un panel de technologies clés permettant l’électrification de l’aviation. C’est très important, car nous avons été capables d’agréger une trentaine d’acteurs autour de cette initiative ; nous sommes sur les starting-blocks ! Par ailleurs, nous poursuivons nos efforts dans le champ du titane. À ce titre, après le succès de Mama, nous portons un nouveau projet de recherche, DEFITitane, qui vise à proposer de nouvelles sources d’approvisionnement d’alliages de titane, mais aussi à développer des gammes de fabrication plus sobres. Au-delà, nous souhaitons travailler sur la notion de récupération et de recyclage des copeaux de titane issus de la filière aéronautique. Nous avons de grandes ambitions dans ce domaine. Nous nous positionnons par ailleurs (via le programme *xG* TN/NTN, NDLR) sur des avancées dans le champ des communications terrestres et satellites. D’autre part, nous souhaitons poursuivre nos travaux dans le domaine de l’intelligence artificielle, en travaillant sur les notions de robustesse et de frugalité. Enfin, j’ajouterais que depuis quelques années, nous nous sommes structurés pour permettre aux start-up d’intégrer nos projets, en créant un cadre protecteur en termes de propriété intellectuelle et adapté à leur horizon de temps. Nous allons poursuivre dans cette direction. 

Face à tous ces enjeux, comment pourrait évoluer votre assise budgétaire à l’avenir ?
En réalité, la limite est celle des fonds que pourrait nous allouer l’État. Car nous savons qu’il y a face à nous de nombreux sujets à adresser, et nous sommes conscients que les industriels, séduits par le système IRT, seraient prêts à augmenter leur participation si l’État faisait de même. C’est le message que nous portons.

Propos recueillis par Alexandre Léoty / leoty@lalettrem.net
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