Arnaud Montebourg : "Un pays qui produit de moins en moins s’appauvrit"
« Alcatel, Alstom…voulez-vous que je continue la litanie de ce que nous avons abandonné ? » Invité de la 4e édition de Business & Connect, événement organisé par Gard Entreprises (président : Jean-Pierre de Faria), l’ancien ministre Arnaud Montebourg ne mâche pas ses mots à l’égard des gouvernements français successifs qui, de son point de vue, n’ont pas su, ou pas voulu, protéger l’industrie française. Et d’alerter : « Un pays qui produit de moins en moins s’appauvrit, il est soumis aux normes des autres. Accepter que notre mode de vie ne se défende pas, ne s’organise pas, est une perte de substance pour la société. »
Partager le risque entre capital et travail
Ainsi, Arnaud Montebourg déroule ses recommandations. Première urgence : sauver ce que nous risquons de perdre. « Une vague de plans sociaux va déferler, les territoires vont vivre des moments difficiles avec des dégâts partout et pas uniquement dans l’aéronautique et l’automobile. Le gouvernement a décidé de laisser tomber la restauration et le tourisme, mais il a décidé de sauver l’aéronautique et l’automobile. OK, mais que va-t-il se passer pour le million et demi de personnes qui vont se retrouver sans emploi ? » Pour sauver ces entreprises, l’ancien ministre du redressement productif propose de faire partager le risque au capital, c’est-à-dire aux actionnaires, aux banquiers et pas uniquement à l’entrepreneur. « Côté travail, il y a les discussions avec les syndicats. Il ne faut pas se décourager face à une entreprise en difficulté. »
Acheter français et se protéger
Autre priorité : rapatrier ce que la France a perdu. « Nous sommes nus face au fusil de la guerre économique mondiale, déplore le chef d’entreprise. L’Europe est la zone la plus ouverte du monde et la France en est le pays le plus ouvert. Nous finissons par nous faire coloniser ! » Et d’évoquer le fonctionnement des marchés publics français accessibles à toutes les entreprises, quelle que soit leur nationalité, sans préférence accordée aux sociétés françaises. « Essayez de remporter un marché public, en tant qu’entreprise gardoise, en Allemagne ou en Chine. Il n’y en a pas. Mais en France, tout est ouvert, on leur dit même (aux entreprises étrangères, NDLR) “allez-y, faites votre shopping, pas de problème“. En France, il y a 120 000 acheteurs, c’est trop ! En Allemagne il y en a 3 000. Il faut faire des catalogues, réunir ces acheteurs et leur dire : “achetez Français !“».
Il cite notamment l’exemple de l’entreprise Paul Boyé Technologies, spécialisée dans la production d’équipements de protection individuelle et nucléaire (siège : Labarthe-sur-Lèze - 31), qui vend des uniformes à l’armée d’Arabie Saoudite, mais pas à la France. Entre autres choses, il prône l’instauration d’une taxe carbone sur les importations de pneus chinois. « Nous n’avons pas d’autre choix que de nous protéger. »
Contourner les règles
Arnaud Montebourg tacle aussi le plan de relance du gouvernement : « Sur les 100 Md€, 60 ne seront pas dépensés avant 2023, et sur les 40 Md€ dépensés avant, 20 iront à la production. La baisse des impôts sur la production, c’est très bien, mais pourquoi ne pas prendre la liste des 1 000 plus grosses entreprises françaises et leur demander, en contrepartie, de rapatrier de la production en France, directement ou indirectement via leurs sous-traitants ? » À la réflexion, l’ancien ministre estime même que sur les 100 Md€ du plan de relance, seuls 2 auront été réellement dépensés dans trois ans. En cause notamment, la lourdeur administrative, les exigences et critères multiples fixés par l’État pour décider, ou non, de financer tel ou tel projet d’investissement.
Pour illustrer son propos, il cite le groupe d’ingénierie implanté notamment à Toulouse Akka Technologie. « Leurs ingénieurs étant en activité partielle durant le confinement, ils ont eu l’idée géniale de concevoir un projet, une invention, dont le brevet reviendrait à l’État. Ce brevet tomberait alors dans le champ public. Ce serait une coopération publique-privée. Mais vous expliquez cela à Madame Borne (ministre du Travail, de l’Emploi et de l’Insertion, NDLR), elle vous répondra que ça n’existe pas dans la loi. Mais il faut inventer, créer, nous sommes en temps de guerre ! »
Interrogé par un entrepreneur dans l’assistance sur sa position vis-à-vis de l’Europe, Arnaud Montebourg explique : « Nous avons besoin de l’Europe mais certainement pas de celle-là. Elle est divisée, paralysée…L’Europe c’est comme une réunion de co-propriété où aucune décision ne peut être prise sans avoir été votée à l’unanimité. C’est impossible. »










