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| 18/06/2021

Anne-Laure Charbonnier (Nubbo) : « Nous n'avons ainsi enregistré aucune défection liée directement à la crise »

Création d'entreprises, financement des start-up, profil des nouveaux entrepreneurs, marchés prometteurs... : Anne-Laure Charbonnier, directrice de l'incubateur régional Nubbo*, implanté au sein de la Cité, à Toulouse, fait le point pour La Lettre M.

Quel bilan tirez-vous, côté Nubbo, de l'année 2020, marquée par la crise de la Covid-19 ?
C'était évidemment, pour Nubbo comme pour tout le monde, une année très spéciale. Mais paradoxalement, les choses se sont plutôt bien passées dans le champ de la création d'entreprises innovantes. Nous avons tenu, et même légèrement dépassé, notre objectif, avec 20 projets en incubation et 6 en accélération. Les start-up qui étaient encore en phase d'exploration de leur modèle économique ont bénéficié d'une disponibilité accrue des grands groupes, ce qui leur a été naturellement bénéfique. En revanche, pour celles qui étaient déjà en phase de lancement commercial, ça a été plus difficile. Mais tous les dispositifs publics mis en place ont permis aux start-up de passer le cap. Nous n'avons ainsi enregistré aucune défection liée directement à la crise. Le taux de projets qui ne débouchent pas sur un modèle économique stable est resté identique, à environ 15 %. Quant aux entreprises déjà “sorties” de chez Nubbo, leur taux de pérennité à trois ans s'est maintenu à 82 %.

Les start-up que vous accompagnez ont-elles rencontré des difficultés de financement ?
Ces entreprises s'adressent, en la matière, à des fonds d'investissement de type amorçage et Série A. Ce sont des acteurs qui n'ont pas de difficultés de cash. Il y a beaucoup d'argent dans ces fonds à l'heure actuelle. Ainsi, après une petite phase d'attentisme au tout début de la crise, qui a retardé certains dossiers, les opérations ont pu reprendre dès septembre dernier. Nous n'avons pas rencontré plus de difficulté que structurellement. Les start-up trouvent les financements adaptés.

Vous avez lancé la société d'investissement régionale Ocseed au début de la crise, en avril 2020. Quelle est sa mission et quel premier bilan tirez-vous ?
C'est vrai : si Ocseed a été conçue avant la crise, elle a été lancée pendant. L'objectif n'est pas de se substituer aux fonds d'investissement classiques ou aux business angels, mais de combler les “trous” du marché, et notamment cette phase durant laquelle les start-up n'ont pas encore les bonnes métriques pour intéresser les investisseurs d'amorçage. Ocseed permet d'apporter entre 100 et 300 k€ par dossier, en impulsant par ailleurs un fort effet de levier, allant de x 3 à x 6.
Depuis son lancement, Ocseed a déjà accompagné douze dossiers, sur 78 reçus. L'enveloppe globale initialement prévue était de 5 M€, avec un vrai partenariat public-privé (
Région Occitanie, Banque Populaire Occitane, Banque Populaire du Sud, Caisse d’Épargne Languedoc-Roussillon et Caisse d’Épargne Midi-Pyrénées). Nous aurons probablement tout investi en fin d'année.

Rencontrez-vous, crise oblige, de nouveaux profils de créateurs d'entreprises ?
Le phénomène n'est pas encore significatif. Nous nous attendions, en effet, à voir naître des vocations de créateurs d'entreprises chez d'anciens cadres aéronautiques en phase de reconversion, par exemple, mais ce n'est pas encore une tendance très forte.

Certains nouveaux secteurs ont-ils le vent en poupe ?
Oui, mais ce n'est pas forcément lié à la crise. Nous recevons par exemple de plus en plus de dossiers de créateurs dans le secteur du NewSpace. On sent bien que le grand sujet des constellations de satellites n'en est qu'au début de son histoire. Un certain nombre de start-up souhaitent se positionner sur des applications liées au spatial, mais aussi sur des services support.

* Depuis sa création en 2000, Nubbo a accompagné 283 projets qui ont abouti à la création de 232 entreprises. Les sociétés incubées bénéficient d’un accompagnement d’un an (six mois pour le programme d’accélération) et d’une dotation financière maximale de 50 k€.

Propos recueillis par Alexandre Léoty / leoty@lalettrem.net
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