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Education - Formation
| 22/02/2022

TSE autonome : une « scission » qui inquiète

Toulouse School of Economics (TSE) va devenir un « Grand établissement » autonome, a confirmé le 22 février à La Lettre M Christian Gollier, DG de l'actuelle composante de l'Université Toulouse 1 Capitole (UT1). L'école d'économie disposerait dès janvier 2023 de sa propre personnalité morale et juridique, dans un souci de « rayonnement et d'attractivité internationale ». Hugues Kenfack, président de l'UT1, a exprimé dans un courrier adressé à la communauté universitaire - que La Lettre M a pu consulter - sa crainte d'une « scission » qui compromettrait la dynamique collective, notamment dans le cadre de la candidature toulousaine à l'appel à projets « ExcellencES » du PIA4, au bénéfice d'un « modèle unique réservé à une élite ».

Une autonomie scientifique et budgétaire
TSE a indiqué le 22 février dans un communiqué de presse que le ministère de l'Enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation a décidé de lui accorder ce statut en réponse à la « dynamique engagée il y a quarante ans sur le site toulousain ». « Dans le cadre de la compétition internationale, nous disposons d'un certain nombre d'atouts », a assuré Christian Gollier à La Lettre M. Mais l'école d'économie toulousaine* n'avait pas jusque-là « la gouvernance pour piloter sa stratégie ». « Notre organisation est devenue une énorme usine à gaz, avec un patron de TSE qui n'est pas employeur de ses propres équipes, a-t-il ajouté. Nous le savons, la France est championne du monde des institutions complexes ; mais ça devenait un handicap énorme. Cette transformation était indispensable. » Ce changement de statut devrait donner la possibilité à TSE de développer dès janvier 2023 sa propre stratégie en matière de ressources humaines mais aussi de budget. En revanche, côté infrastructures, rien ne devrait changer. « Je pense que nous continuerons à habiter nos locaux actuels, au sein du campus de l'UT1 », a confié Christian Gollier, avant d'ajouter que des locaux supplémentaires pourraient être nécessaires à l'horizon 2025-2026.

Des mois de crispations
Ce changement programmé de statut constitue le nouvel épisode d'un feuilleton qui agite l'écosystème universitaire toulousain depuis plusieurs mois. Dans le cadre de l'appel à projets « ExcellencES » du Programme d'investissements d'avenir (PIA 4), deux camps se sont en effet un temps opposés. Alors que TSE, l'Isae-Supaero et l'Université Toulouse 3 Paul Sabatier souhaitaient créer une entité commune nommée Toulouse Tech University (TTU) pour « faire émerger Toulouse comme un pôle d'excellence, faire exister le territoire sur la carte française des sites labellisés », les discussions relatives à un potentiel compromis ont tourné court. Un seul dossier toulousain a finalement été déposé le 1er février dernier : Tiris (Toulouse Initiative for Research Impact on Society), porté par la ComUE (Communauté d'universités et établissements) toulousaine. « Les choses sont désormais clarifiées », estimait à l'époque dans nos colonnes Philippe Raimbault, président de l'Université fédérale Toulouse Midi-Pyrénées, assurant que « la catastrophe aurait été de présenter deux dossiers ». Pour l'universitaire (lire en encadré), Tiris permet d'associer « les forces scientifiques et pédagogiques » de l'ensemble des composantes de l'université toulousaine. Le dossier de la Ville rose devrait être auditionné début mai, pour un résultat attendu fin mai-début juin.

Une dynamique collective remise en cause ?
Christian Gollier – qui se dit « reconnaissant du rôle d'incubateur » joué par l'UT1 depuis sa création - a insisté sur le fait que son changement de statut ne remettait « absolument pas en cause sa volonté de participer à la politique du site toulousain autour du projet Tiris ». Et de préciser qu'il serait « partie prenante, y compris, si on me le demande, pour intervenir devant le jury international. » Interrogé par La Lettre M sur le calendrier, l'homme a reconnu « un timing sans doute un peu malheureux », mais a assuré qu'il ne s'agissait « en aucun cas d'une tentative de déstabilisation du projet Tiris ». De son côté, Hugues Kenfack n'a pas caché ses craintes. « Une telle scission au sein de l'université compromettrait non seulement le projet PIA4 dans lequel les universités toulousaines sont impliquées, mais également notre engagement européen dans le cadre d'Engage.eu, ainsi que notre organisation existante », a-t-il déploré dans son courrier rédigé le 21 février. Et d'ajouter : « L'Université Toulouse 1 Capitole conçoit son excellence comme le brassage de grandes masses d'étudiants pour conduire les meilleurs vers l'excellence, tout en offrant des perspectives nombreuses et variées à l'ensemble des étudiants (...). Chacun a sa place au sein de notre établissement ; c'est cela, notre Université. »

*président honoraire : Jean Tirole, Prix 2014 de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d'Alfred Nobel

Alexandre Léoty / leoty@lalettrem.net
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