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| 4/05/2023

Toulouse et Montpellier face aux défis de la métropolisation

Jacques Godron est l'un des principaux experts français de l'analyse du phénomène métropolitain.
© IHEDM

Mobilités, emploi, attractivité…Dans un entretien accordé à La Lettre M, Jacques Godron, président de l’Institut des hautes études des métropoles (IHEDM) et du Club des entreprises du Grand Paris dresse un premier bilan de la mise en place des métropoles en évoquant les défis à relever par Toulouse et Montpellier pour assumer leur statut.

Quelle est votre définition du concept de métropole ?
 
Il y en a plusieurs. Si l’on raisonne selon des critères démographiques, ce sont des agglomérations comptant au moins 500 000 habitants. Celles-ci concentrent les fonctions de commandement (économique, institutionnel, administratif, culturel), ainsi que des infrastructures telles que les CHU et autres centres de décision de leur territoire de rayonnement sur lesquels elles sont implantées. Je préconise une autre approche qui consiste à raisonner en termes de métiers et d’activités. Dans ce cadre, la métropole constitue un ensemble urbain caractérisé par sa capacité à attirer et à fixer durablement la “classe créative“, c’est-à-dire les gens qui créent de la valeur, qu’elle soit d’ordre économique, culturelle, scientifique, sociale, intellectuelle... Or, pour que cette classe créative, par essence nomade, se fixe sur un territoire et qu’elle vienne y produire de la valeur, il est nécessaire de lui proposer un “terrain de jeu“, soit un écosystème que seules les métropoles peuvent proposer. Les membres de la classe créative recherchent les meilleurs endroits pour exercer leur activité. Il leur faut par exemple des infrastructures telles que des aéroports pour se déplacer facilement et rapidement, des centres de recherche, des écoles pour leurs enfants, des grandes entreprises pour y trouver des clients, des hôpitaux pour s’y faire soigner, des centres culturels et des installations sportives pour se détendre ou une offre commerciale hautement qualitative. 
 
Selon ces critères, quel regard portez-vous sur les deux métropoles d’Occitanie, Toulouse et Montpellier ?
 
D’un point de vue démographique, toutes les deux cochent les cases du statut de métropole tel que défini par la loi. Avant 2015, date de leur transformation en métropole, Toulouse et Montpellier étaient déjà des capitales régionales. Les deux agglomérations concentraient les principales fonctions territoriales régaliennes, préfectures de région, services de l’État, centres de recherche ou sièges régionaux des banques. Si l’on raisonne en termes de classe créative, il faut s’interroger sur leur capacité à attirer les “leaders“, notamment économiques. De fait, Toulouse répond à ce critère au regard de son positionnement dans le secteur de l’aéronautique. L’agglomération concentre plusieurs milliers de salariés évoluant dans cette filière venant de toute la France et de l’étranger. Ce n’est pas tout à fait le cas pour Montpellier malgré certains points forts tels que l’agronomie ou la médecine. Son rayonnement à l’international et son pouvoir d’attraction sont plus relatifs comparé à sa voisine occitane. 
 
Près de 10 ans après leur création, comment analysez-vous le développement des métropoles ?
 
Je dirais que les problèmes commencent à apparaître. Plus concrètement, les métropoles attirent de la pauvreté, mais créent-elles pour autant de la richesse ? Autre interrogation, ce modèle métropolitain est-il pertinent et utile ? Je constate tout d’abord que malgré la relative jeunesse de ces métropoles, des fractures territoriales apparaissent souvent. D’abord en leur sein, mais aussi et surtout vis-à-vis des territoires périphériques. Une partie de ceux entourant Toulouse et Montpellier connaissent en effet une forme d’assèchement ou en tous cas un tel risque. Concrètement, il n’y a pas systématiquement de “ruissellement“ de la richesse engendrée par les métropoles vers les bassins limitrophes. En clair, ces derniers ne profitent pas toujours de la dynamique économique métropolitaine. Autre constat : la paupérisation d’une partie de la population des deux métropoles. Cela engendre des tensions, notamment en termes de sécurité ou d’accès au logement. 
 
Concernant la problématique du “ruissellement“, des initiatives ont été lancées en ce sens par les deux métropoles. Avec quels résultats selon vous ? 
 
À Toulouse, Jean-Luc Moudenc a été un précurseur dans ce domaine avec la mise en place de contrats territoriaux. Ces derniers fonctionnent assez bien. C’est plus compliqué à Montpellier. J’ai plutôt le sentiment que les responsables métropolitains sont encore timides sur ces questions. La Métropole est encore assez préoccupée par son développement interne. Et certaines collectivités limitrophes sont sur la défensive et peu désireuses d’engager des partenariats. 
 
Plus largement, quels sont les défis à relever par les deux métropoles ?  
 
J’en vois deux, à savoir le logement et les mobilités. Sans déplacement, sans accessibilité, il est impossible de vitre et de travailler convenablement. Et il est impératif de pouvoir loger les habitants. J’ai l’habitude de dire que si les villes s’étalent, horizontalement, les métropoles doivent, elles, s’élever verticalement. Cela signifie qu’il faut densifier la construction de logements dans ces dernières, compte tenu de la pression foncière et des obligations liées au Zan (Zéro artificialisation nette, NDLR). La seule alternative consiste donc à construire plus haut et plus dense dans les métropoles. Montpellier subit par ailleurs une énorme pression démographique liée à son attractivité. Et elle ne sait pas comment faire pour absorber le flux de nouveaux arrivants. Parallèlement, elle fait face à un taux de chômage élevé. Et sa base productive est aussi plus faible que celle de Toulouse ce qui limite le potentiel d’emploi des populations qui en sont le plus éloignées. À l’inverse, Toulouse maîtrise assez bien cette croissance démographique avec de réelles perspectives au niveau des créations d’emploi. Enfin, il est nécessaire de proposer des mobilités adaptées. À ce titre, je vois mal comment Montpellier pourra éviter de mettre en place des mobilités rapides vers des bassins voisins tels que celui de Lodève par exemple. Or, c’est un enjeu énorme pour elle si elle veut renforcer ses liens avec les autres ensembles urbains de l’Hérault ou du Gard, et ce dans une logique de ruissellement.

 

David Danielzik / danielzik@lalettrem.net
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