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| 4/03/2025

Sophie Berdoues-Coudouy (Berdoues) : « Nous voulons être un intervenant majeur dans la senteur »

Sophie Berdoues-Coudouy
© Berdoues

Fondée au début du XXe siècle à Toulouse, l’entreprise familiale Berdoues a fait du chemin : désormais implantée à Cugnaux et dirigée par Sophie Berdoues-Coudouy, elle produit huit millions de parfums et de soins par an et enregistre 20,5 M€ de chiffre d’affaires. Pour La Lettre M, sa présidente revient sur les étapes marquantes du groupe et évoque ses ambitions. Entretien exclusif.

Berdoues a été créée en 1902 à Toulouse par votre arrière-grand-père, Guillaume Berdoues. Comment cette petite entreprise familiale a-t-elle atteint son envergure actuelle ? 
Ce qui fait la particularité de Berdoues, c’est que ses dirigeants successifs ont tous privilégié le développement de nouveaux marchés et le lancement de nouvelles gammes, marques et produits. Nous avons peut-être un peu moins réfléchi en termes de stratégie car nous avons le goût du produit ; c’est d’ailleurs ce qui a marqué notre histoire. Nous aurions aimé – moi la première - enregistrer des croissances très fortes d’année en année, ce qui n’a pas été le cas. Le succès de notre entreprise ne repose pas sur une idée de génie qui a tout accéléré, mais sur un travail de longue haleine.

Vous avez travaillé une dizaine d’années aux côtés de votre père. Quelles ont été les étapes marquantes que vous avez traversées ensemble ?
Au début des années 2000, nous avons décidé de nous diversifier en termes de clients et de catégories de produits. À cette époque, nos clients historiques, majoritairement des drogueries-parfumeries, souffraient. Nous nous sommes donc ouverts à la grande distribution, un marché où nous n’étions pas du tout présents et qui représente aujourd’hui environ 60 % de notre chiffre d’affaires avec nos deux marques phares : Les Petits Plaisirs et Blondépil. Un autre point majeur est le développement, durant cette même période, de produits cosmétiques et d’hygiène, qui représentaient jusqu’alors une part minime de notre activité. Aujourd’hui, c’est 40 %.

Vous avez repris les rênes de Berdoues en 2009, cinq ans après le départ à la retraite de votre père et dans le sillage de la crise financière...
Au départ de mon père, nous avons ouvert le capital de l’entreprise à Perfectis, notre partenaire financier, qui nous a accompagnés jusqu’en 2011 et a assuré la présidence du groupe. Je n’ai repris la direction qu’en 2009, année assez compliquée durant laquelle nous avons subi de plein fouet les effets de la crise de 2008. Nous nous sommes mobilisés pour essayer de mieux gérer l’entreprise et de la relancer sur les marchés où nous étions à court terme, ce que nous sommes finalement parvenus à faire grâce au soutien de nos actuels partenaires financiers et bancaires (Bpifrance, Grand Sud-Ouest Capital et Multicroissance, NDLR), sans qui le groupe Berdoues n’existerait plus. Cette crise a marqué un tournant. Avant 2008, il était facile de développer des entreprises. Depuis, nous sommes confrontés à des problématiques économiques, géopolitiques, et la consommation est bien chahutée. Il est moins facile d’aller chercher de la croissance aux niveaux national et international car tous les voyants doivent être au vert pour y parvenir.

En 2020, vous avez dû traverser une deuxième crise majeure, celle du Covid-19. Comment l’avez-vous surmontée ?
La période s’est très bien passée pour nous malgré la fermeture de nos clients parfumeurs. Je pense que ce qui nous a sauvés, c’est notre choix de poursuivre notre activité et de rebondir sur le marché des solutions hydroalcooliques. En effet, nous avons réussi à réorienter nos chaînes de production sur ce produit-là car nous avions les effectifs suffisants ainsi que le stock de matières premières. Nous avons maintenu cette activité pendant plusieurs mois avec le soutien des fournisseurs, et quand nous avons connu une pénurie de matières premières et de flacons, nous avons été aidés par le groupe Pierre Fabre. Nous avons ainsi pu approvisionner tous les hôpitaux de la région en solution hydroalcoolique. Notre site n’a jamais fermé, et même si nous avons enregistré une faible marge, cette période de mobilisation a marqué les esprits.

Vous l’avez dit, la grande distribution représente 60 % de votre activité. Que comptez-vous mettre en place pour poursuivre votre progression dans ce secteur ?
Nous sommes présents dans toutes les enseignes de grande distribution avec deux marques : Les Petits Plaisirs, qui a connu un taux de croissance de 40% en 2024, et Blondépil, une marque créée par mon père il y a 50 ans et qui est aujourd’hui numéro 3 sur son marché, avec de belles innovations produits. Il n’est pas toujours évident d’avoir deux marques sur un marché extrêmement concurrencé. Mais nous sommes convaincus d’avoir trouvé la clé de la réussite. Cette année, nous allons poursuivre le lancement d’innovations et, surtout, travailler sur notre notoriété car nous ne sommes pas assez connus. Nous prévoyons un budget de 1,8 M€ pour améliorer notre visibilité à travers des actions promotionnelles de communication, notamment sur le web, mais aussi des partenariats, des jeux concours, des animations dans des festivals...

Comment avez-vous vécu l’année 2024 en termes de chiffre d’affaires et quelles sont vos prévisions pour cette année ?
En 2024, nous avons dépassé la barre des 20 M€ de chiffre d’affaires pour atteindre 20,5 M€. Nous notons que le commerce en ligne, que nous avons développé ces trois dernières années à travers notre propre site et sur des sites de marketplace, a connu une progression record de 37 %. C’est un relais de visibilité important. Nous fixons donc un objectif de 1 M€ sur ce marché en 2025. Sur nos deux marques en grande distribution, comme le nom Berdoues n’apparaît pas, la distribution est assez homogène en France. À l’inverse, on constate que la marque Berdoues, qui a un fort ancrage historique, est beaucoup plus connue en Occitanie. C’est donc dans notre région d’origine que l’on compte le plus de clients. En 2025, nous prévoyons d’atteindre 23 M€ de chiffre d’affaires.

Comment vous imposez-vous face aux grands noms de la parfumerie ?
Berdoues est une PME régionale confrontée à un marché détenu à 90 % par trois grands groupes mondiaux. Côté grande distribution, nous avons réussi à nous démarquer des groupes comme L’Oréal et Coty en proposant une déclinaison de senteurs à petit prix. Côté enseignes de parfumerie, en revanche, nous sommes plus anecdotiques. Notre objectif n’est pas de concurrencer les grandes marques avec des parfums haut de gamme mais d’être un intervenant majeur dans la senteur grâce à des eaux de Cologne et des eaux de toilette modernes, que nous déclinons aussi en soins parfumés.

Est-il facile de recruter dans ce secteur ?
C’est assez facile car la parfumerie et la cosmétique sont des secteurs qui font rêver. Nous attirons plutôt des femmes, qui représentent 76 % de notre effectif. Nous connaissons tout de même des difficultés de recrutement, notamment dans la maintenance, mais cela n’est pas propre à notre secteur. Nous comptons une centaine de salariés, dont une trentaine en production. En 2024, nous avons renforcé nos effectifs dans des postes clés en recrutant un responsable packaging développement durable dans le cadre de notre nouvelle démarche RSE, un directeur industriel et un nouveau responsable de la chaîne logistique. Nous sommes aussi en train de recruter cinq commerciaux, dont un dédié à l’export.

Que représente la sous-traitance dans votre chiffre d’affaires ?
La sous-traitance représente à peu près 10 % de notre activité. Nous faisons de la production à façon, essentiellement pour des marques de cosmétiques d’Occitanie. Nous comptons une dizaine de clients, dont quatre clients historiques avec lesquels nous travaillons depuis plus de vingt ans. Ce sont des produits très différents des nôtres, ce qui nous permet d’innover. Avec l’arrivée de notre directeur industriel, dont c’est l’expertise, notre objectif est de prospecter et de développer cette activité-là.

Aujourd’hui, le groupe compte six marques propres (Les Petits Plaisirs, BlondépilBerdouesSanaka, Violettes de Toulouse et Molyneux) et une licence parfums (IKKS). Prévoyez-vous des opérations de croissance externe ?
Ce n’est pas prévu. Nous avons un contrat de licence avec IKKS depuis 2004 et venons de signer pour cinq ans de plus. C’est une très belle licence qui propose des parfums pour bébés, enfants et adolescents et pour laquelle nous avons de fortes ambitions cette année. Nous allons en effet lancer de nouvelles fragrances pour bébés car nous sommes convaincus que le cadeau de naissance est un axe important, et nous retravaillons les formulations de nos parfums car les parents sont en attente de compositions clean. Nous avons beaucoup de marques, mais notre stratégie porte essentiellement sur nos deux marques de grande distribution ainsi que sur Berdoues et IKKS, autrement dit sur des marchés de niche : la parfumerie sélective, la senteur et les produits dépilatoires.

Dans le cadre d’un plan d’investissement de 1,5 M€, vous avez remplacé une de vos quatre chaînes de production en 2024 afin d’augmenter votre productivité...
Effectivement, nous avons investi 1,5 M€ ces trois dernières années, dont 500 k€ dans une nouvelle chaîne de production et du matériel, ce qui nous a permis d’augmenter la productivité sur cette chaîne de 30 %. En 2024, nous avons atteint un volume d’environ 8 millions d’unités, contre 7,5 millions l’année précédente. Nous prévoyons d’investir de nouveau 1,5 M€ entre 2025 et 2028. Cette enveloppe comprendra des investissements au niveau du site industriel afin d’améliorer le flux de production et la logitique, l’acquisition de nouveau matériel dans le laboratoire de R&D pour accompagner le contrôle des produits et l’amélioration de notre ERP.

Quelles sont vos ambitions à l’international ?
En 2024, l’activité export a connu une progression de 19 %. Après une année 2023 compliquée, nous avons renoué avec la croissance. Jusque-là, nous enregistrions de bons résultats sur les marchés européens, mais nous souffrions sur l’Asie et l’Amérique latine. D’où notre participation à deux salons professionnels majeurs – l’un à Hong Kong en novembre 2024 et l’autre à Miami en janvier 2025 – afin de trouver de nouveaux partenaires et de développer notre activité dans ces zones. Quant au marché français, il représente toujours 80 % de notre activité car il a connu une progression de 15% l’année dernière, hors commerce en ligne.

Propos recueillis par Laurie Correia / correia@lalettrem.net
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