Quatre ministres à Toulouse pour inaugurer la nouvelle ligne d’assemblage d’Airbus
Bruno Le Maire (Économie), Roland Lescure (Industrie), Dominique Faure (Collectivités territoriales) et Clément Beaune (Transports) : le 10 juillet, quatre ministres font le déplacement à Blagnac pour inaugurer la nouvelle ligne d’assemblage final d’Airbus, dédiée à l'A321. « Pour que la France soit la première économie verte en Europe à l’horizon 2050, il faut suivre le modèle Airbus : former, produire et innover », assure Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique. Et d’adresser un message amusé aux salariés du groupe : « Je sais le boulot qui vous attend pour assurer la cadence infernale que vous impose votre président, qui vend ses avions comme des petits pains… »
Le ministre de l’Économie profite de l’occasion pour réaffirmer son soutien à la filière aéronautique. « Nous croyons à la croissance du secteur et à l’avenir de l’aviation, source de richesse mais aussi de rêve, martèle-t-il. Une industrie aéronautique verte, c’est la condition de l’acceptabilité du développement de cette filière. » Bruno Le Maire pose néanmoins une condition au soutien apporté au secteur par l’État : « Airbus est une multinationale puissante qui réussit, et c’est tant mieux. Mais derrière, il y a toute une filière, avec des PME, mais aussi parfois de très petites entreprises. Leur vie dépend de vous. La seule chose que je vous demande, c’est d’accorder une attention particulière à ce tissu industriel, d’être solidaires. Votre succès n’en sera que plus éclatant. »
Objectif : 700 salariés
Située dans l’usine Jean-Luc Lagardère, ancien hall d’assemblage des A380*, cette nouvelle unité industrielle pilotée par Marion Smeyers, responsable des opérations, emploiera à terme 700 personnes, dont environ 400 “cols bleus“. Elle devrait livrer ses premiers appareils en 2024, participant à l’effort industriel consenti par le groupe toulousain, en complément des lignes d’assemblage d’Hambourg (Allemagne), Tianjin (Chine) et Mobile (États-Unis).
Pour Guillaume Faury, président exécutif d’Airbus, l’inauguration de cette nouvelle unité est « une étape majeure » qui « vient répondre aux enjeux de la montée en cadence de la production ». Et le capitaine d’industrie d’indiquer qu’« en 2026, il y aura ici, à Toulouse, deux chaînes d’assemblage capables de produire des A321 ».
« Airbus doit faire face aujourd’hui à deux grands défis, estime-t-il. Tout d’abord, celui de la montée en cadence, avec davantage de compétitivité et des appareils qui consomment moins de carburant et émettent moins de carbone. Et par ailleurs, la décarbonation. L’objectif est de lancer la génération d’après - celle qui permettra de réduire encore les émissions de 20 à 40 % - et de se préparer, au-delà de 2035, pour les avions hydrogène, en vue d’aller jusqu’au zéro émission. »
« On en a bavé »
Tandis que Marion Smeyers vante une nouvelle chaîne d’assemblage final à la fois « digitale, innovante et centrée sur l’humain », Clément de Rancourt, responsable des usines A320 et A321 de Toulouse, y voit « un projet d’une envergure gigantesque », « le fruit d’un travail acharné ». Et de confier, évoquant à la fois les difficultés d’approvisionnement en matières premières, les problématiques de planning et la réutilisation « d’installations prévues au départ pour un avion plus grand (l’A380, NDLR) », que « tout cela n’a pas été un long fleuve tranquille ; on peut se le dire, on en a bavé ».
L’inauguration aura été l’occasion pour Carole Delga, présidente de la Région Occitanie, de saluer « les capacités d’innovation du fleuron industriel français et européen qu’est Airbus ». Au micro, l’élue félicite les cadres et compagnons du groupe toulousain présents dans le vaste hangar : « La France a inventé l’avion ; vous inventez ici son futur ! Plus qu’une ligne d’assemblage, on inaugure une ligne de vie, une main tendue vers le progrès. »
De son côté, Clément Beaune, ministre délégué chargé des Transports, l’assure : « S’il y a aujourd’hui ici quatre membres du gouvernement, ce n’est pas par hasard. Vous tenons à apporter notre soutien à l’industrie, à l’innovation, à l’excellence et à la décarbonation. Toulouse est une capitale européenne qui incarne cet esprit de conquête. »
Un projet « stratégique »
Interrogé le 21 juin dernier par La Lettre M lors du Salon du Bourget, Alain Fauré, président d'Airbus Opérations, avait jugé cette nouvelle unité d’assemblage « stratégique ». « À Toulouse, nous sommes désormais en mesure de produire l'A321, qui est notre avion le plus vendu, avait-il indiqué. Avoir cette capacité sur nos différents sites dans le monde est très important en vue d'atteindre nos objectifs de 75 avions assemblés par mois. »
Annoncé dès 2020, le projet de reconversion de l’usine haut-garonnaise avait été repoussé au plus fort de la pandémie mondiale, avant d’être relancé en mai 2021. L’investissement consenti par Airbus dans le cadre de cette opération n’est pas communiqué, tout comme le nombre d’appareils qui sortiront chaque année de la cathédrale de béton et d’acier.
* Programme dont l’arrêt a été annoncé en 2019
À lire également : le reportage réalisé en avant-première dès février dernier par La Lettre M au cœur de le nouvelle usine high tech d’Airbus











