la lettre M

Haute-Garonne
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Numérique
| 27/01/2022

Pourquoi Sigfox est placée en redressement judiciaire

Coup de tonnerre dans l’écosystème numérique régional. À sa demande, la société Sigfox, entreprise innovante de Labège longtemps considérée comme une future licorne de l’internet des objets, est placée le 26 janvier en redressement judiciaire par le tribunal de commerce de Toulouse. Sa filiale Sigfox France SAS est inscrite dans la même procédure. Une période d’observation initiale de six mois doit permettre aux deux entreprises de poursuivre leurs activités.

Objectif ? « Identifier, grâce à la mise en œuvre d’un plan de cession, de nouveaux acquéreurs ayant la capacité d’œuvrer pour le développement à long terme de Sigfox et de proposer un maintien des emplois », indique dans un communiqué la société, qui avait levé 150 M€ en 2016.

La situation sanitaire en cause
Considérée comme un poids lourd du secteur numérique toulousain, Sigfox, fondée en 2010, explique cette mauvaise passe par « un cycle d’adoption moins rapide que prévu de sa technologie ». La société évoque par ailleurs la situation sanitaire, qui a « ralenti l’activité sur les deux dernières années » ainsi qu’un « marché des composants électroniques en pénurie depuis plusieurs mois ». Autant de facteurs qui ont impacté ses finances, et notamment son niveau d’endettement.

Sigfox, qui décrit sa technologie comme « mondialement reconnue », vivait des temps difficiles depuis plusieurs années déjà. En 2020, la société avait été contrainte d’initier un PSE. Quelques mois plus tard, début 2021, le départ de son dirigeant emblématique, Ludovic Le Moan, avait fait l’effet d’une bombe dans l’écosystème local. L’iconoclaste président de l’IoT Valley, à Labège, avait décidé de se mettre en retrait.

Le départ de Ludovic Le Moan très commenté
Interrogé à l'époque par La Lettre M, Franck Siegel, PDG adjoint de l'entreprise de 300 salariés désormais présidée par Jeremy Prince, révélait les raisons de ce changement de gouvernance : « Une entreprise est comme une équipe de football : pour gagner, vous devez avoir les bonnes personnes au bon endroit. Ludovic a été la bonne personne au siège de PDG ces dix dernières années parce que nous avions besoin de sa vision, de son énergie, de sa résilience pour nous faire passer de rien à ce que nous sommes aujourd'hui. L'IoT massif est à nos portes et nous devons faire passer l'entreprise d'une mentalité de start-up à celle d'un industriel, avec les bons processus, les bonnes applications, les bonnes personnes Pour y parvenir, nous avions besoin d'un type de leadership différent. »

Le départ de Ludovic Le Moan était intervenu alors que des enquêtes de nos confrères de Médiacités évoquaient des « méthodes managériales contestables », un « patron charismatique mais imprévisible » et un « climat de travail dégradé » au sein de la société. Mais pour Franck Siegel, les deux événements n’étaient pas liés. « Il s’agit d’une décision de Ludovic, prise il y a déjà plusieurs mois », nous assurait-il à l’époque.

Fournisseur de services de communication IoT, Sigfox revendique un réseau mondial exploité par 75 opérateurs et couvrant une population de 1,4 milliard de personnes. L’entreprise indique traiter quotidiennement via son réseau près de 80 millions de messages générés par 20 millions d’objets enregistrés. Et de préciser : « 5 000 clients se sont d’ores et déjà engagés sur le déploiement de près de 50 millions d’objets. »

Alexandre Léoty / leoty@lalettrem.net
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