Malgré la crise, les collectivités ont encore « des marges de sécurité », selon la chambre régionale des comptes
Alors que des élus, à l'image de Michaël Delafosse, président socialiste de Montpellier Méditerranée Métropole, assument un niveau d'emprunt élevé au nom de la relance, « l’endettement des principales collectivités de la région a augmenté, mais n’a pas forcément été dépensé et reste disponible », analyse André Pezziardi, président de la Chambre régionale des comptes (CRC), en visioconférence de presse, le 7 avril. « Notre analyse budgétaire réalisée à la fin de l'été et au début de l'automne montre que les collectivités savent se préserver, sans doute aidées par l'obligation de présenter un budget à l’équilibre », observe le conseiller maître de la Cour des comptes, rappelant que « l'inscription de l'emprunt » dans un budget primitif « ne donne pas toujours lieu à exécution ».
« Emprunts par anticipation »
Résultat, « ces emprunts par anticipation constituent des marges de sécurité, car ils finissent par participer au fond de roulement des collectivités », résume André Pezziardi, expliquant que « le vote tardif des budgets en juillet puis le reconfinement fin octobre » y sont pour beaucoup. Autre observation : « En période de crise, le personnel administratif, qui connaît les risques encourus, est davantage écouté par les élus, pour des raisons de réalisme de gestion. Il y a plus facilement une reconsidération des moyens. Quand la période est favorable, les élus sont là pour réaliser leurs promesses électorales, reprises dans un programme de mandature, puis dans un Plan pluriannuel d'investissement… »
Menace sur les Conseils départementaux
Sur fond de crise sanitaire qui s'éternise, les 28 principales collectivités régionales (Région, Conseils départementaux, métropoles, villes de plus de 100 000 habitants), observées ces derniers mois, n’ont d’autre choix que de reporter leurs projets pour « éviter des situations de tension budgétaire », note-t-il. Illustration à la Métropole de Toulouse, qui a repoussé de trois ans la mise en service de la troisième ligne de métro, « déclarée d'utilité publique, votée par les élus et dont le calendrier initial (NDLR : 2025) ne nous a jamais convaincus à la Chambre », souligne-t-il. En attendant la reprise économique, les collectivités les plus en danger financièrement sont, selon André Pezziardi, le CD34 et les Conseils départementaux en général. « En matière de dépenses sociales, ceux-ci ne sont que des guichets, car ces dépenses sont financées sur le fonctionnement courant de la collectivité », observe-t-il.
La Région en position de force
Parmi les institutions les mieux armées face à la baisse des recettes fiscales et autres conséquences de la crise, la Région tire son épingle du jeu. Son point fort, selon le magistrat : « une capacité d’endettement importante » qui lui permet d’augmenter en 2021 ses investissements de 12 %, malgré une stabilité de ses ressources. Concrètement, cela signifie emprunter davantage, à hauteur de 643 M€, contre 535 M€ en 2020. Sa capacité de désendettement devrait cependant passer de quatre à six ans entre 2019 et 2021. Et comme les autres collectivités, la Région devra faire face à « un nouveau défi :faire plus avec moins d’argent collecté », conclut-il.
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