Pourquoi les collectivités font le choix de la dette
Alignement des planètes dans l’univers des finances publiques. Taux d’intérêt extrêmement bas et plan France Relance permettent aux collectivités - autorisées à emprunter uniquement pour investir - d’annoncer des efforts « historiques » dans leur budget primitif 2021. Dans la foulée des municipales, normal de tenir un tel discours, observe Pierre-Olivier Hofer, consultant en finances locales du cabinet toulousain Exfilo, qui toutefois avertit : « Assises sur des situations N-1, les collectivités sentiront les effets de la crise en 2021, en particulier sur la fiscalité des entreprises. La cotisation sur la valeur ajoutée devrait baisser d’environ 10 % et la cotisation foncière des entreprises qui dépend notamment du chiffre d'affaires devrait également baisser. »
« Nous pouvons emprunter sans difficulté »
À ce stade, les établissements bancaires sont au rendez-vous. « Nous sommes très compétitifs grâce à des prêts indexés sur le livret A, dont le taux s’élève à 0,5 %. Et nous sommes les seuls à proposer des produits qui permettent de financer des projets sur cinquante ou soixante ans », explique Annabelle Viollet, la nouvelle directrice régionale de la Banque des Territoires. Côté banques privées, Crédit Agricole LR (Aude, Gard, Hérault, Lozère) affiche un encours de 1,9 Md€ sur le marché des collectivités, dont « la demande de financement reste soutenue depuis les élections de 2020 ». Malgré une stabilité de ses ressources, la Région prévoit cette année d’augmenter ses investissements de 12 %. L'endettement devrait atteindre 643 M€, contre 535 M€ l'an passé. Conséquence : sa capacité de désendettement devrait passer de quatre ans en 2019 à six en 2021. À la Ville de Montpellier, qui cherche à obtenir un taux inférieur à 1 % sur quinze à vingt ans, les 102 M€ d'investissements prévus cette année (pour la sécurité, l’action sociale…) proviennent à 80 % de l'emprunt bancaire. « La dette par citoyen est de 693 € , contre près de 1 100 € pour une ville de la même strate. Nous avons de la marge », confie Michel Aslanian, l'élu chargé des finances. Même trajectoire pour la Métropole de Perpignan, où l’emprunt de 45 M€ devrait représenter près de la moitié des investissements annoncés, malgré une baisse des recettes de 5 M€ en 2020 et sans hausse fiscale.
Prudence en Lozère
À l’inverse, Nîmes Métropole, sous la pression du préfet du Gard, doit stabiliser sa dette, passée de 183 à 477 M€ en cinq ans. En cause, son ratio de désendettement de onze ans qui se situe dans « la zone critique tolérée par les textes, entre dix et douze ans », note la collectivité, qui vient en outre d'augmenter ses taxes. De son côté, le Département de la Lozère choisit de réduire sa dette alors que tous les voyants sont au vert, en témoigne sa capacité de remboursement d'un an et quatre mois. L'emprunt pèse seulement un tiers des 45 M€ d’investissements prévus (contre 38 M€ en 2015), en complément de l’épargne brute et des subventions. « Si nous avons besoin d’emprunter plus tard, nous aurons la capacité de le faire », anticipe Martine Pradeilles, directrice des finances.










