Les représentants des TPE et PME héraultaises sonnent l’alarme
Baisse des carnets de commande et des trésoreries, hausse des coûts et difficultés de recrutements. Réunis le 15 novembre à Montpellier sous l’égide de Grégory Blavillain, président de la CPME (Confédération des petites et moyennes entreprises) Hérault, les représentants des principales fédérations professionnelles du département alertent sur l’impact des crises successives (sanitaire, sociale, sécuritaire ou environnementale) sur leur activité. Bâtiment, restauration, services à la personne, numérique ou logistique, tous font état de difficultés grandissantes et d’un manque de visibilité pour les prochains mois dans un contexte d’inflation et de baisse du pouvoir d’achat. Témoignages.
Grégory Blanvillain, président de la CPME Hérault
« Nous constatons une diminution des marges dans plusieurs secteurs d’activité, avec un impact sur l’emploi. La consommation recule, les trésoreries s’amenuisent et les impayés augmentent. Plus que jamais, les chefs d’entreprise ont besoin de visibilité et d’un cadre stable pour développer leur activité. Et à l’heure des transitions, qu’elles soient numériques ou environne mentales, les pouvoirs publics doivent accompagner et soutenir les TPE et les PME. En moins de cinq ans, les dirigeants ont fait face à plusieurs crises. Une situation inédite qui va affecter la capacité de nombreuses entreprises à rembourser leur PGE (prêt garanti par l’État, NDLR). Sans ce dispositif, nous estimons à un millier le nombre de celles qui auraient déjà dû déposer le bilan dans notre département. De fait, 66 % des chefs d’entreprises se disent en danger physique ou moral. Nous devons être vigilants. »
Gilbert Comos président de la FFB (fédération française du bâtiment) de l’Hérault
« Notre priorité principale consiste à attirer les jeunes vers nos métiers en les formant. Or, le feu couve dans ce domaine depuis déjà plusieurs années et les professionnels de notre filière sont inquiets avec près de 200 000 destructions d’emploi programmées au niveau national en 2024. Et au niveau local, l’intérim à l’arrêt. Cela va s’accentuer dès l’an prochain avec 3 000 emplois d’ores et déjà menacés. On repart donc vers une crise majeure, identique à celle des années 90 avec le risque de perte de savoir-faire lié au départ de salariés expérimentés. La masse salariale représente 40 % de nos prix de vente. Et, malgré ce contexte difficile, nous devons continuer à former. Il faut anticiper la reprise. »
Olivier Roque, président de UNGE (union nationale des géomètres-experts) Occitanie
« Nous constatons une baisse de l’activité au niveau des projets d’aménagement, dont la création de terrains à bâtir, dans un contexte d’augmentation des taux et de difficultés d’accès aux crédits des primo-accédants. Cela se traduit par un recul de l’ordre de 70 à 80 % des mises en chantier. À contrario, les projets portés par les collectivités tels que routes, voiries ou projets urbains se maintiennent. Plus largement, l’acte de construire est de plus en plus problématique compte tenu des lourdeurs administratives et des contraintes environnementales. Les projets tardent à aboutir. »
Patrick Ceccotti, président de l’association ABCD (Académie du Bâtiment et de la Cité de Demain)
« Nous évoluons dans un contexte hostile à la construction et à une volonté de limiter l’acte de bâtir avec l’entrée en vigueur de la loi Zan (zéro artificialisation nette) à l’heure de la raréfaction du foncier. 40 % du PIB construction pourrait chuter avec 850 000 logements en moins d’ici 2030 au niveau national. Le nombre de permis de construire délivrés est en chute avec un impact potentiellement important sur l’économie et les entreprises. Dans ce domaine, les prévisions sont alarmantes pour 2024. »
Vincent Aguilera, président de la CPME Occitanie
« Les salaires ne sont plus indexés sur l’inflation. Nous devrions donc augmenter les prix de nos produits et services ce qui est problématique. Nous vivons un processus de transformation et de transition qui impacte profondément les TPE et PME. Cette évolution engendre des investissements majeurs dans un contexte de hausse générale des coûts. Au niveau régional, nous constatons un recul des chiffres d’affaires et des marges dans tous les secteurs. Et ces difficultés commencent à se traduire par une augmentation du nombre de défaillances. Nous entrons dans un processus délétère de relations commerciales impactant les relations sociales. Les licenciements économiques vont se multiplier. »
Jacques Mestre, président de l’Umih (Union des métiers et des industries hôtelières) Hérault
« L’augmentation du coût des matières premières ou de l’énergie est insupportable et impacte nos tarifs. Et nous n’avons aucune visibilité sur cette évolution alors que le pouvoir d’achat des clients n’a pas augmenté. Nous vivons une mutation complète de notre profession sans compter les difficultés de recrutements alors que nos grilles de salaire ont sensiblement augmenté ces derniers mois. Une tendance aggravée par la problématique de logements des travailleurs saisonniers. »
Stéphanie Sanchez, déléguée départementale de la Fedesap (fédération des services à la personne et de proximité)
« Nous évoluons dans un secteur économiquement détérioré mais qui recrute. 300 000 postes sont à pourvoir au niveau national. Mais les difficultés de recrutement pèsent sur nos activités dans un contexte de forte hausse de la demande liée au vieillissement de la population et de besoins accrus en matière d’aide à domicile. Les petites structures vont disparaître à cause des problématiques de financement, de baisse des marges et de recrutement. »
Michel Anduze – responsable territorial Mobilians
« Le secteur de l’automobile et plus largement celui des mobilités traverse une transformation profonde et inédite avec le développement des véhicules électriques. Tous les métiers de la profession rencontrent des difficultés. Les concessionnaires vont voir leur statut changer avec une consolidation du marché. Des difficultés que rencontrent également les gérants de station-service, de stations de lavage, ou d’auto-écoles liées aux investissements élevés dans l’acquisition de simulateurs de conduite ou de station d’épuration des eaux usées. »
Gael Philippe, administrateur Digital 113
« Nous sentons une Frilosité du marché même si l’activité globale des acteurs du numérique est en hausse de 6,3 % liée aux besoins en digitalisation ou en cybersécurité des entreprises. Autre constat, de fortes tensions existe sur les recrutements alors que les salaires sont en hausse. »
Stéphane Bozzarelli, président Cemater
« Je constate un véritable dynamique de nos métiers avec des difficultés recrutement à tous les niveaux, du chef de projet solaire à l’installateur de panneaux photovoltaïques, et un manque d’établissements de formation dédiés en Occitanie. Nous faisons face également à la longueur des procédures d’instruction des projets. De fait, nous sommes encore loin On des objectifs de développement du solaire en termes de puissance installée alors que notre filière est désormais mature et compétitive. »
Christophe Caset-Carricaburu, vice-président cluster Tenlog
« Les dirigeants n’ont pas le temps de se mobiliser autour de thématiques telles que la multimodalité, ou la livraison du dernier kilomètre. Nous traversons une crise réelle au niveau des recrutements avec une hausse de l’absentéisme à l’heure où nous traversons une baisse de l’activité de l’ordre de 15 % au niveau du transport de marchandises. Et ce sans aucune visibilité pour 2024 au niveau des taxes poids-lourds, ou du coût des carburants. Nous ne savons pas dans quelle direction investir : GNV, véhicules électriques, hydrogène. Et alors que notre taux de marge brut est de 2 %, notre masse salariale a augmenté de 14 % en un an. Il devient plus que difficultés de répercuter cette hausse sur nos coûts. Une centaine d’entreprises du secteur ont été liquidées en un an et les inquiétudes sont réelles sur les remboursements des PGE. »











