Jean-Pierre Farandou (SNCF) : « Il faut mettre beaucoup plus d’argent dans le réseau ! »
Président de la cérémonie des Masters Toulouse de La Lettre M organisée le 13 novembre au Meett, Jean-Pierre Farandou, PDG de la SNCF, a évoqué les grands dossiers ferroviaires nationaux, mais aussi les projets qui touchent de près l’Occitanie. Morceaux choisis.
Face aux quelque 300 décideurs du territoire venus assister à la cérémonie 2023 des Masters Toulouse de La Lettre M, Jean-Pierre Farandou a tout d’abord tenu à mettre en parallèle ses propres préoccupations à la tête de la SNCF et celles des dirigeants locaux. « Que l’on pilote une petite ou une grande entreprise, c’est pareil ; les objectifs et les challenges sont tout à fait identiques », assure-t-il. Des défis qui, côté SNCF, sont particulièrement nombreux. « Si je ne devais en évoquer que deux, ce serait d’une part la concurrence – car oui, nous sommes le dernier grand monopole à être ouvert à la concurrence – et la décarbonation », indique-t-il. Interrogé par La Lettre M sur l’état – souvent pointé du doigt - des infrastructures ferroviaires françaises, Jean-Pierre Farandou joue la carte de la transparence : « Le ferroviaire, c’est le temps long. Nous n’avons pas l’agilité des start-up ; c’est en décennies que les choses se font. Mais nous sommes sur le chemin du règlement (des problèmes, NDLR). Le réseau ferroviaire vieillit car il n’y a pas eu suffisamment d’investissement. Il faut remettre de l’argent et ne pas passer à côté des sauts technologiques. Nous investissons 3 Md€ par an dans le réseau ; il faut monter à 4,5 Md€. Des financements doivent pouvoir se boucler entre l’État et la SNCF pour que, dans quelques années, nous ayons un très bon réseau ferroviaire en France. » Le PDG de la SNCF n’oublie pas qu’en parallèle, la Région Occitanie prévoit « 800 M€ dans le cadre de son Plan rail pour soutenir les petites lignes » et salue l’engagement de Carole Delga en termes d’investissement, d'innovation, mais aussi de politique tarifaire. Sur le sujet de la mise en concurrence, Jean-Pierre Farandou se veut là encore positif. « Il y a forcément un impact, car désormais, nous devons être choisis et non plus subis, reconnaît-il. C’est une révolution profonde. Nous sommes en train de changer, mais sans pour autant perdre notre âme. Nous conserverons notre ADN du service public, mais adapté à des règles du jeu nouvelles. La concurrence se développe, c'est vrai, mais je suis convaincu que nous saurons y faire face. »
LGV Bordeaux-Toulouse et RER métropolitain
Le PDG de la SNCF a ensuite été longuement interrogé sur les grands chantiers ferroviaires d’Occitanie, au premier rang desquels la future LGV Bordeaux-Toulouse. « Les travaux démarreront comme prévu en 2024 », assure-t-il. Quid des réserves exprimées en septembre dernier par l’Autorité environnementale ? « Nous les avons entendues. Nous allons argumenter, apporter des précisions complémentaires et montrer que les données du dossier sont tout à fait valables, dans les semaines à venir. Nous avons confiance. Tellement confiance que nous avons décidé d’avancer en parallèle et de poursuivre les travaux. » De l’autre côté de la région, « le projet de ligne nouvelle Montpellier-Perpignan avance » lui aussi, ajoute-t-il. Autre sujet d’actualité : le RER métropolitain qui pourrait voir le jour à Toulouse. S’il insiste sur le fait que c’est aux collectivités, et non à la SNCF, de définir un tel projet, Jean-Pierre Farandou estime que l’initiative relève de « l’évidence ». « Pour décongestionner Toulouse, il faut une alternative à la voiture », martèle-t-il. Y compris si les coûts oscillent entre 1 et 2 Md€ ? « Ce sont les ordres de grandeur, oui, mais c’est étalé dans la durée, bien entendu. Si on veut vraiment le faire, on y arrivera. » Enfin, impossible de clore l’entretien sans évoquer les sujets – sensibles – de la fiabilité et de la ponctualité. « Pour ne pas annuler de train, il faut des ressources : du matériel – c’est ce sur quoi nous travaillons avec la Région -, mais aussi des conducteurs, indique le dirigeant. Sur ce deuxième point, sachant que la formation dure un an, nous avons enregistré un retard lié au Covid. Nous sommes en train de le rattraper. Mais la fiabilité, c’est aussi l’état du réseau. Et en la matière, les investissements d’aujourd’hui feront la qualité de service de demain. C’est ce qu’on n’a pas assez fait par le passé. Maintenant, on l’a compris : il faut mettre beaucoup plus d’argent dans le réseau ! »











