Fondeville : la cessation de paiement, et maintenant ? (enquête)
Après le placement en redressement judiciaire de l'entreprise de BTP Fondeville (Perpignan), La Lettre M répond aux questions-clés qui entourent ce dossier, suivi de près par les majors du secteur.
Une vague de démissions. « Il y a eu une vague de démissions chez les cadres depuis le début de l’année. Plus personne ne sentait l’histoire, et il n'y avait pas une bonne ambiance, déclare une source proche. Les sous-traitants étaients payés en retard, et les responsables devaient passer beaucoup de temps au téléphone avec eux. L'une des explications de Raymond Fondeville, PDG : ' On développe l’immobilier, qui est capteur de fonds propres.' C’était une explication qui se tenait, car il est vrai que les filiales Agir et Arrélia se développent. »
Crise de croissance. Depuis 2000, et son implantation à Montpellier, le périmètre de Fondeville a considérablement progressé. « L'entreprise est montée à 120 M€, avec un encadrement qui était calibré pour une PME réalisant un CA de 15 M€. Je ne jette pas la pierre aux personnes en tant que telles, mais certains services n'étaient pas pourvus en compétences par rapport à la taille qu'a prise le groupe. »
Un patron instinctif, un fonctionnement familial. Raymond Fondeville « n'est pas ingénieur de formation, comme c'est généralement le cas dans ce secteur. C'est un instinctif, ce qui est une qualité dans les affaires, et a contribué au développement du groupe. Mais il ne délègue pas sa confiance, ça reste dans la famille... Ce qui, arrivé à une certaine taille, devient problématique. Il ne laisse pas de marge de manœuvre à ses cadres. Dans le traitement des affaires, le choix de la main-d’œuvre, il intervenait tout le temps. Et les résultats n'étaient pas communiqués en interne. Par ailleurs, souvent, dans les rendez-vous avec les commerciaux, aux poses de premières pierres, il ramenait les choses à la famille Fondeville, à son père, à son grand-père. On peut le comprendre, et c'est vrai que cette ETI pèse considérablement dans la filière de la construction. Mais ce discours ne projetait pas dans l'avenir ». Une rivalité larvée entre les agences de Perpignan et Montpellier se serait par ailleurs installée au fil des années.
Et maintenant ? Placée en période d'observation, Fondeville chercherait un repreneur. Les dettes sociales et fournisseurs s'élèveraient à plusieurs millions d'euros. « C'est très surprenant car Fondeville a réalisé de très gros chantiers : hôpitaux de Villeneuve-sur-Lot et Carcassonne, IHU de Marseille, gare SNCF à Montpellier... Puis, le chiffre d'affaires a baissé, les frais généraux ont été moins amortis. La marge se faisait en période de suractivité, et la baisse de carnet de commandes a grippé la machine. » Par ailleurs, les prix pratiqués étaient trop bas, selon plusieurs concurrents. Ce dont Fondeville se défend. Un major peut-il reprendre Fondeville ? « Peu probable, ajoute une autre source. Ils devraient attendre une éventuelle liquidation, pour recruter les meilleurs éléments ensuite. » On n'en est pas là : l'entreprise continue d'être active, par exemple sur le chantier du Pôle Santé à Montredon-des-Corbières (11, maître d'ouvrage : Icade Santé), ou sur les finitions de L'Arbre Blanc à Montpellier. Arrélia (hôtellerie) ou Agir (promotion immobilière) pourrait injecter de l'argent pour éponger les passifs. Certains fournisseurs ne suivent plus Fondeville, et d'autres continuent de travailler avec le groupe catalan, en étant rétribués directement par le maître d’ouvrage via une délégation de paiement. Fondeville a, de son côté, changé certains fournisseurs, apprend-on auprès d'une société d'intérim.
Pas d'aide publique en vue. « Les entreprises en difficulté de la taille du groupe Fondeville sont du ressort au premier chef des commissaires au redressement productif, les Régions n’étant qu’à leur côté, indique la Région Occitanie à La Lettre M. Nos dispositifs d’aides aux entreprises en difficulté ne s’adressent pas aux grands groupes comme celui-ci. La réponse principale apportée par la Région dans ce type de situation est le plan d’investissement à destination du secteur du BTP, lancé en 2016 pour soutenir l’activité économique, notamment via des travaux réalisés quasi-intégralement par des entreprises régionales. Que ce soit pour la restructuration d’un lycée régional, ou pour l’amélioration des performances énergétiques d’un logement individuel, ces chantiers permettent aux entreprises régionales du BTP de se positionner. Fondeville s’est ainsi vu attribuer les marchés suivants : lot gros-œuvre de construction du lycée Bourquin d’Argelès-sur-Mer, ouvert en septembre 2015 ; lot gros-œuvre de construction de l’internat du lycée Jules Guesde livré en novembre ; lot unique de construction de l’internat du lycée Frêche de Montpellier livré en septembre 2017 (en entreprise générale) ; Fondeville est également cotraitante de la société Sogéa (Vinci Construction) pour un macro-lot de la construction du musée Narbovia de Narbonne, dont le chantier s’achève. »
Contacté par nos soins, Raymond Fondeville n'a pas souhaité pour l'instant répondre à nos questions.










