François Fondeville SA en redressement judiciaire : pourquoi le géant catalan du BTP vacille
L'entreprise centenaire de BTP François Fondeville SA (bâtiment, génie civil, ouvrages d'art ; CA 2016 : 150 M€ ; siège social à Perpignan - 66, ), l'un des plus gros indépendants français du secteur et fleuron de l'économie catalane, est placée en redressement judiciaire par le tribunal de commerce de Montpellier, le 9 octobre. Résultat d'une croissance trop soutenue, ou de la crise du bâtiment ? Un peu des deux. Le géant, détenu et dirigé par la famille Fondeville, évoque « les nombreuses journées d’intempéries du début d’année et le retard pris dans le démarrage de certains chantiers ne lui ont pas permis de réaliser le chiffre d’affaires escompté. Ceci explique les graves tensions de trésorerie rencontrées début 2018 ». Le périmètre du redressement judiciaire ne concerne pas les branches promotion immobilière et hôtellerie (Agir et Arrélia). Le périmètre de la procédure collective concernerait « 280 salariés, auxquels il faut ajouter 500 personnes, entre les intérimaires et les sous-traitants », indique une source à La Lettre M. Celle-ci évoque une audience au tribunal de commerce « très tendue. Une reprise par un major du BTP est envisagée ». Elle serait même indispensable pour la survie de l'entité : Fondeville serait sous le coup d'un passif de plusieurs dizaines de millions d'euros. Des rumeurs que Fondeville veut démentir : « L'entreprise est familiale et totalement indépendante (...). Des mesures de restructuration devraient permettre de retrouver une activité viable en 2019, d’autant que l’entreprise dispose d’un carnet de commandes intéressant. » Le groupe serait victime, d'après notre source, d'une « fuite en avant : ils semblent solides car en croissance, mais cherchent continuellement des marchés pour couvrir leur charges, en tirant sur les prix. Les marchés en cours payaient les fournisseurs du chantier précédent ». La direction de Fondeville dénonce « les pires rumeurs, véhiculées par des concurrents malveillants ».
L'entreprise, créée en 1910, s'est implantée à Montpellier au début des années 2000, s'attirant de solides jalousies dans le milieu de la construction héraultais, et ayant recours à une filière lituanienne pour pallier les difficultés de recrutements dans le gros œuvre. Une agence a été ouverte à Marseille récemment. François Fondeville est le bâtisseur de nombreux ouvrages emblématiques en région, dont la gare nouvelle Montpellier Sud de France en partenariat public-privé (PPP), L'Arbre Blanc à Montpellier, l'Arena Sud de France à Pérols (34), l'hôpital de Carcassonne (11), le théâtre de l'Archipel à Perpignan en PPP, le Murena à Narbonne (11), ou (chantier en cours), le pôle santé de Montredon, dans l'Aude,ou le programme Palomaya (Montpellier). Sans compter d'innombrables collèges, ponts, opérations privées..., dans son fief des Pyrénées-Orientales.
Des prix trop bas ? Une autre source du secteur de la construction pointe les responsabilités « des maîtres d’ouvrage publics et privés. Ils ont souvent retenu les candidatures de Fondeville parce qu'ils étaient les moins-disants. On a alerté, mais à chaque fois, nous étions pris pour des mauvais perdants. » Fondeville évoque, de son côté, des prix bas pratiqués de manière générale dans le secteur, « suite à la crise traversée depuis dix ans. Les maîtres d'ouvrage sont par ailleurs souvent responsables de nombreux retards de paiement en fin de chantier, qui obèrent la trésorerie des entreprises ».
Soutiens catalans. Un important acteur catalan de la construction déclare : « Fondeville est une ETI régionale qui nourrit 400 personnes depuis 30 ans. Elle est reconnue pour son travail propre, souvent réalisé avec des grands noms de l'architecture ». Autre soutien catalan, qui a contacté La Lettre M pour réagir - signe du poids de Fondeville en Catalogne : Jean-Jacques Planes, ex-président de la FFB LR, parle de Fondeville comme d'une entreprise « exemplaire, privilégiant l’emploi, l’insertion locale. L'entreprise a formé des salariés par centaines, souvent débauchés ensuite par des nationaux. Elle est connue pour sa technicité et son savoir-faire. »










