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Emploi
| 23/02/2024

Comment l’Adie Occitanie veut accompagner la régularisation des entrepreneurs informels

© Laurie Correia

Afin d’accompagner les entrepreneurs informels – les indépendants qui ne sont pas immatriculés – vers la régularisation, l’Association pour le droit à l’initiative économique (Adie) expérimente le programme « Tremplin » à Toulouse et Montpellier. Lauréate de l’appel à projets « 100 % inclusion » du Plan d’investissement dans les compétences (PIC), elle offre « un accompagnement personnalisé pour valoriser les savoir-faire et assurer l’activité afin de la développer », explique à La Lettre M Christophe Nicaud, directeur de l’Adie Occitanie, qui compte 16 agences dans tous les départements hormis la Lozère. Selon une étude de l’OCDE, 9,8 % de l’activité en France est informelle, les indépendants représentant un tiers de cette part.

« Une économie de la survie »
« Les entrepreneurs informels exercent une activité légale, pas sous-terraine »rappelle le directeur. Parmi les freins à l’immatriculation, Catherine Thuries Diabaté, conseillère de l’Adie Occitanie qui intervient spécifiquement auprès de ce public, avance notamment « la méconnaissance du système, la peur des démarches administratives et celle de perdre des aides sociales ». En effet, l’activité informelle est généralement une source ou un complément de revenus pour des personnes en difficulté. « Au démarrage, il s’agit souvent d’économie de la survie », assure la conseillère. La grande majorité des entrepreneurs informels exercent leur activité – vente de plats à emporter, soins esthétiques, activités de commerce ou services – dans des lieux qui ne sont pas manifestes publiquement : 65 % à domicile, contre 9,5 % sur Internet et 10 % sur les marchés ou dans la rue. Leur profil ? Près de 61 % sont des femmes, 44 % ont entre 30 et 44 ans et plus d’un tiers n’ont pas de diplôme. « Ce sont souvent des mères célibataires, qui démarrent par le bouche-à-oreille et les réseaux sociaux », précise Catherine Thuries Diabaté.

Repérer « les invisibles »
« Notre enjeu est de repérer ces entrepreneurs informels », explique Christophe Nicaud. L’Adie se rapproche donc des associations de quartier pour capter ces publics, souvent laissés en marge de l’économie formelle. Avec Tremplin – expérimenté depuis 2021 en Île-de-France et dans 11 départements d’Outre-Mer –, les conseillers doivent créer un lien de confiance et sécuriser l’activité, avant de parler de formalisation. « Nous remarquons que ce public a souvent une excellente gestion financière, détaille la conseillère. Nous valorisons cela, en leur expliquant que gérer une entreprise n’est pas plus compliqué que gérer son budget personnel. » Selon elle, le temps passé sans immatriculation peut osciller de quelques mois à plusieurs années, car il s’agit de parcours individuels. « Mais ceux que l’on accompagne s’immatriculent en général dans l’année », ajoute-t-elle. 

Le microcrédit, « un effet levier »
Le programme avance des premiers résultats encourageants : 52 % des répondants ont immatriculé leur activité après avoir suivi Tremplin et 45 % envisagent de le faire. « Le financement arrive dans un deuxième temps avec ce public », explique Catherine Thuries Diabaté. L’Adie propose le microcrédit projet, qui sert souvent à acheter un premier stock, du matériel ou à financer des formations obligatoires, et accompagne les informels dans les démarches administratives. « Il y a un vrai effet levier », poursuit-elle. Selon l’association, 82 % des entrepreneurs qui ont officialisé leur activité ont profité du financement de l’Adie pour le faire. 

Laurie Correia / correia@lalettrem.net
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