Comment Aerospace Valley veut participer à la décarbonation de l'aviation
Aerospace Valley dévoile ses ambitions 2023, après avoir soutenu en 2021-2022 le financement public de 64 entreprises, à hauteur de 30,5 M€ (avec un effet de levier privé estimé à x 2,5). L'un des objectifs du pôle de compétitivité, qui regroupe 830 acteurs de l’aéronautique, du spatial et des drones en Occitanie et Nouvelle-Aquitaine, est de participer à la dynamique de décarbonation de l'aviation. « Un effort technologique conséquent est en train d'être mené par l'ensemble de la filière en vue de développer des avions beaucoup plus économes en énergie, dont certains vont fonctionner à l'hydrogène », s'enthousiasme Bruno Darboux, président d'Aerospace Valley.
Les forts enjeux de l'aéronautique
« Le monde a besoin de transport aérien, martèle Bruno Darboux. Le trafic mondial est globalement revenu à son niveau pré-Covid. Les perspectives de croissance en termes de fourniture d'avions neufs sont importantes : on estime que le marché aura besoin de 40 000 avions commerciaux dans les 20 ans qui viennent. Donc l'industrie aéronautique a du pain sur la planche ! » Sur un marché international très compétitif, la France, portée par le géant toulousain Airbus, tire son épingle du jeu. Mais le contexte est « complexe », insiste le président d'Aerospace Valley. « Avec l'accumulation des crises – difficultés de recrutement, problèmes d'approvisionnement en matières premières et en composants, inflation, hausse du coût de l'énergie... -, ce n'est vraiment pas simple, ni pour les donneurs d'ordre ni pour leur filière d'approvisionnement, soupire-t-il. Faire face à la monté en cadence tout en préservant du cash pour investir est une équation très compliquée. »
Quant au sujet de la décarbonation du transport aérien, il est sur toutes les lèvres. Avec, dans le Sud-Ouest, « des soutiens institutionnels conséquents » et « une longueur d'avance sur la nouvelle aviation légère », se félicite Bruno Darboux. Parmi les actions engagées par le pôle de compétitivité en vue d'accompagner cette dynamique, outre la poursuite de son initiative Maele dédiée, justement, à l'aviation légère, on notera sa contribution au plan "Avion vert" de la Région Occitanie, sa participation à l'initiative européenne Azea (Alliance for zero emission aircraft), mais aussi son identification de PME régionales innovantes dans le cadre de la 2e cohorte Corac PME, soutenue par le Gifas (Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales) et la DGAC (Direction générale de l'aviation civile).

Les ambitions du spatial
Dans le secteur spatial, c'est une situation « contrastée » que dépeint Eric Giraud, DG du pôle de compétitivité. « D'ici à la fin de l'année, l'Europe n'aura plus de moyen d'accès indépendant à l'espace », déplore-t-il, appelant de ses vœux un « retour à la souveraineté européenne » sur ces sujets, avec le lancement programmé d'Ariane 6, mais aussi la perspective d'une constellation satellitaire européenne qui « offrira un plan de charge pour les industriels dans les années à venir ». Dans ce contexte, le Sud-Ouest de la France - et en particulier l'Occitanie - ne manque pas d'atouts, assure-t-il. « 50 % des emplois spatiaux y sont concentrés, rappelle Eric Giraud. Autour du Cnes et du tissu d'industriels, des entreprises européennes s'installent. Le territoire bénéficie d'une belle attractivité. » Pour favoriser l'émergence de nouvelles entreprises innovantes dans le territoire, Aerospace Valley mise notamment sur le renouvellement du dispositif Esa Bic Sud France, ainsi que sur la création - courant 2023 - en collaboration avec le Cnes, l'IRT Saint-Exupéry et l'Onera, du PhiLab, destiné à faire émerger des laboratoires des innovations de rupture. En parallèle, le pôle de compétitivité entend ouvrir à de nouveaux membres sa communauté régionale d'industriels NewSpace Factory et lance l'initiative Space Climate League (Scale), qui réunit des acteurs utilisant la donnée spatiale pour l'observation des changements climatiques.
Un marché drones très prometteur
Si elle est plus modeste en volume, la filière drones n'en est pas moins importante dans le territoire, insiste Bruno Darboux. « Car les perspectives de croissance sont énormes », assure le président d'Aerospace Valley, qui évoque un marché mondial civil de 35 Md€ et militaire de 24 Md€ à l'horizon 2025. En France, le volume d'affaires actuel est compris « entre 500 et 700 M€, avec un gros potentiel de croissance, explique-t-il. Il faut mettre en place des champions et des chaînes de valeur pour viser un revenu d'1 Md€ en 2030. » Logistique, industrie, agriculture, protection de la planète, mais aussi mobilité aérienne urbaine : les marchés sont pluriels. Dans ce contexte, « le territoire tient son rang, avec un écosystème particulièrement riche », estime Bruno Darboux, pour qui l'enjeu est de « passer de marchés de niche à des marchés de masse ».
200 événements organisés l'an dernier
En 2022, le pôle de compétitivité a organisé environ 200 événements. Avec plusieurs initiatives en faveur de la décarbonation du secteur, à l'image de la 2e édition des Journées de la mobilité aérienne légère, verte et durable, qui ont réuni 150 personnes à Bordeaux et 300 à Toulouse. « Il y aura une 3e édition cette année », prévient déjà Eric Giraud. Sur le front de l'émergence de projets, Aerospace Valley a organisé l'an dernier deux hackathons dédiés aux solutions et services issus du spatial : ActInSpace (410 équipes issues de 34 pays) et DefInSpace (174 candidats). Des rendez-vous qui seront eux aussi reconduits. Enfin, le pôle de compétitivité a réuni 170 personnes dans la Ville rose en novembre dernier à l'occasion de sa Journée Défense. « C'est un secteur que nous poussons auprès de nos membres, car les entreprises duales (qui évoluent à la fois dans les secteurs civil et militaire, NDLR) sont plus résilientes que les autres », indique le DG.











