Catherine Lambert (Club Galaxie) : « L’Occitanie est la région du spatial »
Présidente du Club Galaxie, qui rassemble 150 acteurs du secteur spatial en Occitanie, Catherine Lambert revient, dans un entretien exclusif accordé à La Lettre M, sur la force de l’écosystème régional mais aussi sur ses enjeux et ses perspectives, sur un marché mondial en pleine mutation.
Vous présidez le Club Galaxie depuis cinq ans. Quels types d’acteurs fédérez-vous ?
Fondé en 2001, le Club Galaxie fédère les forces vives du secteur spatial en Occitanie. Notre ambition est de créer des passerelles entre les acteurs académiques et les entreprises du territoire. Au fil des années, nous avons réussi à démontrer que le spatial était davantage qu’une filière d’excellence. C’est aussi un moteur d’innovation, de création de valeur, de transformation de la société et un levier d’attractivité. Notre club est un espace de dialogue qui permet aux idées de circuler et aux personnes d’échanger en vue de faire émerger des projets de collaboration qui peuvent déboucher, bien entendu, sur du business. Pour cela, nous organisons régulièrement des petits-déjeuners thématiques, des déjeuners, des soirées débats… au bénéfice de nos membres.
Comment se développe le club, dans un secteur spatial en pleine ébullition ?
Depuis quatre ans, nous enregistrons une forte croissance, avec un nombre d’adhérents en hausse de 30 %. Nous comptons désormais 150 membres, qu’il s’agisse de représentants de la recherche et de la formation, d’industriels ou de dirigeants de start-up. C’est une très belle dynamique !
Vous organisez le Prix Galaxie le 30 novembre prochain à la Cité de l’espace, à Toulouse. Quel est la vocation de cet événement et quels types de projets souhaitez-vous récompenser ?
Notre objectif est de mettre en lumière l’entrepreneuriat et l’innovation dans le secteur spatial au sens large. Pour cela, nous récompensons des entreprises régionales de moins de cinq ans qui s’illustrent dans l’un ou l’autre des champs du spatial. Au cours des années précédentes, nous avons eu l’occasion de primer de belles « pépites » telles que SpaceLocker, LeoBlue, Pangea, U-Space ou encore Alpha Impulsion. Et la cérémonie 2026 sera un peu particulière pour nous car elle marquera notre 25e anniversaire.
Que représente aujourd’hui la filière spatiale en Occitanie ?
Notre région compte environ 14 000 emplois spatiaux répartis dans plus de 400 établissements. Avec la moitié des effectifs français et un quart des effectifs du Vieux continent, Toulouse est incontestablement la capitale européenne de l’espace. Les atouts du territoire sont nombreux, que ce soit autour de Toulouse, mais aussi - de plus en plus - dans d’autres départements, y compris dans l’est de la région. Région du spatial, l’Occitanie abrite un certain nombre d’acteurs incontournables dans le champ de la formation, à l’image de l’Isae-Supaéro, de l’Insa, de l’Enseeiht et des centres spatiaux universitaires de Toulouse et de Montpellier. Je pense aussi, plus en amont, au Lycée de l’espace, à Saint-Orens-de-Gameville (31), ou au Lycée Bellevue, à Toulouse. Côté recherche, le territoire accueille le site principal du Centre national d’études spatiales (Cnes), mais aussi l’Onera, l’Observatoire Midi-Pyrénées, le Cerfacs (Centre européen de recherche et de formation en calcul scientifique, dont Catherine Lambert est la présidente, NDLR)… Et bien entendu, il y a l’industrie. Autour des grands noms du secteur que sont Airbus Defence and Space, Thales Alenia Space et Telespazio gravitent de nombreuses entreprises, qui évoluent à la fois dans les infrastructures et dans les services. Sans oublier, enfin, les start-up, qui sont de plus en plus nombreuses à se créer et à s’implanter dans la région.
Le leadership européen de l’Occitanie en matière spatiale peut-il être menacé par d’autres territoires ?
Depuis quelques années, nous voyons de belles dynamiques se développer en région parisienne bien entendu, mais aussi en Paca (Région Sud) et en Nouvelle-Aquitaine. Mais l’Occitanie demeure la région française du spatial. D’autant que si, il y a encore quelques années, nous n’étions que très peu positionnés sur les lanceurs, les acteurs du territoire couvrent désormais l’ensemble de la chaîne de valeur.
Quels sont les enjeux de concurrence et de coopération entre les acteurs du secteur spatial traditionnel et les sociétés innovantes du NewSpace ?
Tandis que nous parlions encore de compétition et de concurrence il y a cinq ou dix ans, désormais, il s’agit, vous avez raison, de coopération entre les tenants d’un spatial plus « traditionnel », comme Airbus Defence and Space, Thales Alenia Space et Telespazio, et les acteurs du NewSpace (spatial d’origine privée, NDLR). Les initiatives développées de concert sont nombreuses, car les complémentarités sont réelles, sur des sujets porteurs comme l’exploitation des données spatiales ou encore la gestion du cycle de vie des satellites. Les acteurs en place amènent un historique et de solides savoir-faire, tandis que les start-up portent des innovations, parfois de rupture. Ensemble, ils développent des solutions. Par ailleurs, les PME régionales, comme Comat ou Anywaves, par exemple, proposent aux uns et aux autres des équipements clé en main, associés à des capacités industrielles. Sur un marché en forte croissance, la collaboration entre les différents acteurs s’est naturellement accrue.
De plus en plus de start-up spatiales, y compris étrangères, choisissent de s’implanter dans la région toulousaine. Le territoire est devenu incontournable ?
Soyons clairs : nous sommes toujours en compétition lorsqu’une entreprise hésite entre plusieurs régions pour s’implanter. Mais comme je l’ai dit, nous disposons de solides atouts. Sur ce front, les agences de développement économique et d’attractivité Ad’Occ et Toulouse Team travaillent conjointement pour attirer les projets et les investissements. Nous collaborons étroitement avec elles afin de démontrer la richesse de l’écosystème. Et lorsque nous rencontrons les porteurs de projets, nous constatons que ce qui les frappe avant tout ici est le vivier de compétences disponibles, spécialisées dans le spatial. Des talents particulièrement tournés vers l’innovation, compte tenu du nombre important de doctorants présents dans notre territoire, où le rapprochement entre les mondes de la recherche et de l’industrie est une réalité.
Quels grands enseignements tirez-vous du Sommet de l’espace organisé par l’Élysée en septembre ?
Cet événement a permis de remettre le spatial français et européen dans la lumière. Il a été l’occasion de rappeler les différents usages des technologies spatiales dans les champs de l’exploration, de l’observation de la Terre, des télécommunications, de la défense… De belles annonces ont été faites concernant directement ou indirectement l’Occitanie. Je pense notamment aux gros contrats et accords de coopération décrochés par Airbus Defence and Space et Thales Alenia Space, mais aussi par des start-up toulousaines comme Loft Orbital, Infinite Orbits, U-Space, LeoBlue, Aiko, SpaceLocker... Les entreprises d’Occitanie étaient en première ligne, participant à des tables rondes, parfois même les animant. Les perspectives commerciales sont là : 2026 devrait être une année de croissance exceptionnelle pour le secteur, et cela devrait bénéficier directement aux entreprises du territoire, malgré un environnement financier qui demeure difficile. Dans ce contexte, le spatial doit continuer à se réinventer afin d’être plus compétitif et de développer les solutions les plus globales possibles dans un environnement concurrentiel fort.
Quel regard portez-vous sur le projet - dit « Bromo » - de fusion des activités spatiales d’Airbus, de Thales et de Leonardo ?
À mon sens, c’est un élément de réponse, justement, aux contraintes concurrentielles de l’époque. L’idée est de constituer un leader mondial capable de porter la technologie européenne. C’est évidemment une bonne nouvelle pour l’ensemble de notre écosystème, puisque, ne l’oublions pas, son siège social devrait être implanté à Toulouse ! Cette restructuration peut permettre à la filière d’aller encore plus vite et plus loin.
Quel rôle joue le Club Galaxie dans l’organisation du Space Summit for a Resilient Future (SSRF), qui se tient les 27 et 28 octobre à Toulouse ?
Nous faisons partie du comité de programme de l’événement (organisé par Novaspace avec le soutien de la Région Occitanie, NDLR). Ce sujet de la résilience est absolument stratégique. Il s’agit en effet tout à la fois de se demander comment le spatial peut être un facteur de résilience pour d’autres secteurs tel que l’énergie et les transports et de comprendre comment la filière elle-même peut être davantage résiliente. De nombreux acteurs interviendront durant ces deux jours de sommet, y compris issus d’autres secteurs que celui de l’espace. Par ailleurs, une learning expedition permettra aux participants de rendre visite aux différents acteurs de l’écosystème régional.
Le secteur spatial a été fortement médiatisé ces dernières années pour ses restructurations et ses plans sociaux en série. Aujourd’hui, vous évoquez « une croissance exceptionnelle » à venir. Comment convaincre la jeune génération de s’engager dans cette filière ?
Le spatial est un secteur d’avenir, y compris en termes de création d’emploi, que ce soit dans les grands groupes, dans les PME ou au sein des start-up. Nous intervenons régulièrement dans les collèges et les lycées afin de rappeler le rôle du spatial dans la préservation de l’environnement, la lutte contre les effets du changement climatique, l’aide aux populations, la gestion de l’eau… Pour la jeune génération, tout cela est porteur de sens. C’est une industrie qui est utile et qui apporte des solutions. Par ailleurs, le spatial a toujours fait rêver… Il n’y a qu’à voir les enfants qui visitent la Cité de l’espace, à Toulouse, avec des étoiles dans les yeux !
Quels sont vos projets de développement pour le Club Galaxie alors que votre mandat prend fin mi-2027 ?
Il y aura en effet l’an prochain un renouvellement de notre conseil d’administration et de notre bureau. Nous réfléchissons bien entendu déjà à la suite… D’ici là, nous poursuivons l’organisation de nos événements et développons nos relations avec l’ensemble de l’écosystème. Enfin, nous faisons monter en puissance - justement - notre commission « Jeunesse et diversité » afin d’attirer davantage de jeunes et de femmes dans nos métiers, qui sont très variés. C’est, là aussi, un enjeu d’avenir.











