« Le coup a été fatal » : pourquoi la pépite des batteries aéronautiques Limatech a été liquidée
La start-up toulousaine Limatech, qui développait une batterie au lithium dédiée à l’aéronautique et misait en particulier sur un développement au Moyen-Orient, a été placée en liquidation judiciaire cet été. Quinze salariés sur le carreau, une usine de 1 200 m2 qui baisse le rideau à Voreppe (38), des certifications désormais perdues… : « Le coup a été fatal », soupire Florence Robin, présidente, qui a accepté de revenir pour La Lettre M sur les raisons du crash d’une jeune pousse longtemps présentée comme une « pépite ».
Comment expliquer la liquidation de votre société, pour laquelle vous nourrissiez d’importantes ambitions ?
Il s’agit d’un enchaînement, d’une succession d’événements. Quand on monte une entreprise comme celle-ci, une start-up industrielle, on est constamment sur le fil. Malgré les années qui passent (Limatech a été fondée en 2016, NDLR), tout demeure fragile. Au-delà de l’aspect technologique, on met énormément d’efforts pour aller chercher l’argent, qui constitue le nerf de la guerre. Bien entendu, on fait toujours en sorte de creuser plusieurs pistes de financement en parallèle. Tout au long de ces dix ans, nous sommes parvenus à trouver une voie, sans perdre espoir, en étant parfois très inventifs. Même dans les moments les plus compliqués, nous avons trouvé des solutions. Au début de la guerre en Ukraine, nous avions déjà été proches de tomber (l’entreprise avait alors perdu un investisseur russe, NDLR). Cette fois-ci, le conflit au Moyen-Orient nous a été fatal…
Limatech devait en effet ouvrir une unité de production en Arabie saoudite…
Oui, et même si, là encore, nous avions d’autres leviers de développement envisageables, tout s’est grippé d’un coup. La guerre a éclaté et les discussions se sont figées. Nous avons cherché toutes les issues possibles, en vain. Nous n’avons pas pu récupérer les subventions qui auraient pu nous permettre de tenir. Cette fois-ci, le coup a été fatal. L’usine de Voreppe a fermé, en attendant la vente de ses actifs. Tout est à l’arrêt.
Quelles questions vous posez-vous, aujourd’hui ?
Est-ce normal que le tribunal de commerce (de Toulouse, NDLR) ait refusé les deux offres de reprise, alors que l’une d’entre elle maintenait les emplois, mais aussi les certifications que nous avions mis beaucoup de temps à obtenir ? C’est du gâchis… Je ne comprends pas ; il y a un problème dans le système. Comment ça se fait que nous coulions alors que nous détenons sur l’État une créance de 2 M€ et que nous avons un contrat signé avec Airbus ?
Vous avez choisi de raconter votre aventure entrepreneuriale en bande dessinée, au travers de plusieurs publications réalisées sur LinkedIn. Pour quelle raison ?
Je souhaitais avant tout rendre hommage aux dix années de développement de l’entreprise. C’était une façon de tourner la page, même si l’histoire n’est pas encore tout à fait terminée ; mais ça, je ne peux pas encore en parler… Je trouve qu’on n'évoque pas suffisamment souvent la fin des entreprises. C’est une période difficile à vivre. Lorsque Limatech a été liquidée, j’ai contacté des amis entrepreneurs et j’ai découvert avec surprise qu’un certain nombre d’entre eux vivaient la même situation ! Nous sommes en réalité face à une hécatombe liée à des problématiques de financement. Des fonds qu’on ne lève pas, des subventions qui n’arrivent pas, des promesses non tenues… Certains ont perdu leur entreprise, mais n’ont pas encore mis à jour leur profil LinkedIn. Tout est resté figé dans le temps. Parce qu’en France, il demeure encore difficile d’accepter l’échec. C’est la raison pour laquelle j’ai décidé de publier cette bande dessinée. Pour le moment, j’ai utilisé l’IA pour les dessins, mais je me suis récemment rapprochée d’une illustratrice et plusieurs structures sont intéressées par une publication… Il faut montrer les choses, les expliquer.
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