Après le mégafeu de cet été, les viticulteurs audois voient rouge
Manque d’eau ou conséquences du mégafeu de l’été… Alors qu’elles viennent de débuter, les vendanges 2025 s'annoncent difficiles. « La baisse de la récolte atteint 50 % en IGP Pays d’Oc, avec en moyenne 50 hl à l’hectare, explique le 25 août à La Lettre M, Damien Onorre, président du syndicat des vignerons de l’Aude. C’est la petite récolte de trop. » La situation de la viticulture audoise est difficile, compte tenu des aléas climatiques, du manque d’eau mais surtout à cause de l'incendie ayant ravagé 1 500 ha de vignes début août. De fait, il appelle les metteurs en marché et l’interprofession à « agir sur les prix et être plus agressifs sur les marchés pour aider les vignerons et les caves, au risque de les voir basculer. »
8 M€ débloqués par l'État en urgence
Face aux conséquences économiques liées à cet incendie ayant ravagé au total près de 17 000 hectares, le ministère de l’Agriculture a annoncé le 14 août le déblocage d'un fonds d’urgence doté de 8 M€ en vue de pour soutenir les viticulteurs impactés. Cette enveloppe servira à indemniser les pertes de récoltes, les pertes de fonds, les bâtiments et matériels agricoles détruits. Une avance jusqu’à 10 k€ est également prévue pour soutenir les producteurs en difficulté, ainsi qu’un dispositif fiscal concernant les taxes foncières. « La vinification des vignes impactées par les fumées est prévue, précise Damien Onorre. En fonction du rendu, les vignerons ou les caves pourront s’orienter vers la distillation. Nous attendons encore le montant de l’indemnisation prévue pour compenser le différentiel de prix entre vente de vin et vente pour la distillation. » Au-delà de cette catastrophe naturelle, le représentant du syndicat des vignerons de l’Aude, qui compte 4 000 adhérents exploitant 60 000 ha de vignes, pointe plusieurs motifs d'inquiétude pour la filière, dont l’inflation, de l'ordre de 27 % pour le secteur, qui impacte les exploitations. « Cette hausse n’a pu être répercutée sur les prix de vente, pointe Damien Onorre. Il ne faut pas oublier que 80 % du vignoble audois est labellisé HVE (haute valeur environnementale, NDLR), ce qui impacte également la rentabilité de nos exploitations. Il est temps d’arrêter de surenchérir sur les normes et de trouver des solutions économiques. »
Inflation, campagne d'arrachage et taxe Trump
Le président du syndicat des vignerons de l'Aude évoque par ailleurs les effets de l'arrachage, soit 5 000 hectares de vignes en 2024 dans le département, mais aussi de la loi Évin et de l'entrée en vigueur de la taxe douanière de 15 % mise en place par le gouvernement des États-Unis. « Depuis plusieurs années déjà, le marché est compliqué, explique-t-il. En France, la baisse de la consommation nous a conduits à développer l’export. Mais nous subissons les caprices des uns et des autres, à l'image de la taxe Trump, qui aura une forte incidence sur nos marchés aux États-Unis... J’espère que nous allons être soutenus tant au niveau de l’Europe, qu’en France pour passer ce cap ». Seule note d'espoir : certains vignerons trouvent des solutions pour pallier ces difficultés : organisation d'événementiels autour des cocktails à base de vin pour attirer une clientèle plus jeune voire plus variée, diversification vers l’œnotourisme ou d’autres cultures... « Concernant la diversification, c’est une stratégie complexe car seulement 20 % des terres sont irriguées ou irrigables, explique le président du syndicat des vignerons. Au-delà, la vigne reste le meilleur pare feu face au risque incendie. Et elle contribue à la richesse de nos paysages et à l’essor de l’œnotourisme. »











