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| 9/06/2023

Accords de Paris : à Toulouse, la responsabilité des grandes entreprises alimente les débats

© Photo d'illustration - Pixabay

À l’occasion de la 3e édition du Common Good Summit, organisée les 1er et 2 juin dans la Ville rose par Toulouse School of Economics (TSE) sur le thème : « Sauver le bien commun : sacrifices et opportunités », le rôle des grandes entreprises dans l’atteinte des objectifs fixés par les Accords de Paris a été questionné. Car si le constat et les horizons semblent désormais faire l’unanimité, les solutions, elles, demeurent complexes à mettre en œuvre.

« Beaucoup de pain sur la planche »
« En réalité, ce n’est pas une course, insiste Claude Crampes, professeur d’économie à TSE. C’est une partition que doit jouer tout un orchestre. Chacun a un rôle. Il faut tripler la production d’électricité à l’échelle mondiale, mais ça doit être fait de façon propre. Le bouquet énergétique doit être totalement modifié pour viser le zéro émission nette de CO2 en 2050. Il y a donc encore beaucoup de pain sur la planche... » Sur le front de la décarbonation, certains acteurs sont en avance de phase, même si de nombreux chantiers restent à mener. « Le train est vert car il fonctionne à l’électricité et consomme six fois moins qu’un camion roulant sur la route, insiste Yann Leriche, DG de Getlink (Eurotunnel)Mais nous continuons néanmoins à émettre du CO2. Donc tout en ayant - comme toutes les entreprises - des impératifs financiers, nous devons faire notre part en matière climatique, en suivant une trajectoire de décarbonation au travers de la recherche des technologies les plus vertes possible. » 

Vers des solutions bas carbone
De son côté, Philippe Ducom, président d’ExxonMobil Europe, en convient volontiers : « Pour une entreprise du pétrole et du gaz, la transition écologique est quelque chose de particulier ». À ce titre, la stratégie du groupe repose sur quatre piliers : « La réduction des émissions de nos usines, l’aide apportée à nos clients et partenaires dans le cadre de leurs propres démarches, la participation à des débats sur ces questions et, bien entendu, la R&D. » Sur ce dernier front, ExxonMobil Europe mise en particulier sur une entité dédiée aux « solutions bas carbone » qui, parallèlement à ses activités historiques, planche sur le déploiement de nouvelles solutions liées aux biocarburants, à l’hydrogène, mais aussi au captage et à la séquestration du carbone. Autant d’initiatives que Lucile Schmid, vice-présidente de la Fabrique écologique, observe avec prudence : « Les entreprises disent qu’elles ont des objectifs et qu’elles les atteignent. Mais bien souvent, l’enjeu même de la transformation du modèle n’est pas abordé. C’est pourtant la question essentielle : comment on organise la transformation du métier, voire le renoncement. » 

La taxe carbone en question
Sur ce point, les acteurs économiques se veulent pragmatiques. « Si les gens achètent du pétrole et du gaz, c’est parce que ce sont des produits essentiels et qu’ils sont moins chers que les alternatives, estime Philippe Ducom. Pour que les nouvelles solutions soient concurrentielles, c’est le prix du carbone qui peut permettre d’orienter la demande. » Un avis partagé par Yann Leriche : « Pour cibler au mieux nos investissements, il nous faudrait avoir une visibilité sur l’évolution du prix du carbone. Nous avons besoin que la puissance publique nous donne un horizon. » Mais aujourd’hui, regrette Claude Crampes, « les mots taxe carbone font peur à tout le monde. Alors on finance des panneaux solaires et la rénovation énergétique des immeubles… » Philippe Ducom soupire : « Quand on ne fabrique pas en Europe, on importe le carbone d’une façon ou d’une autre ».

Alexandre Léoty / leoty@alettrem.net
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