Philippe Chiu : « Sigfox peut être rentable dans 4 ans »
En exclusivité pour La Lettre M, Philippe Chiu, co-fondateur et co-PDG du groupe singapourien UnaBiz, repreneur de Sigfox, a évoqué le 28 avril l'avenir de la société, qui déploie depuis Labège un réseau zéro G mondial dédié à l'internet des objets. Ressources humaines, orientations technologiques, stratégie de relocalisation... : le point sur ce qui attend la pépite toulousaine, placée en redressement judiciaire en janvier dernier.
La Lettre M : Le tribunal de commerce de Toulouse a validé le 21 avril votre projet de reprise de Sigfox et de sa filiale Sigfox France. Que va-t-il se passer dans les prochaines semaines ?
Philippe Chiu : Les choses vont se faire en plusieurs temps. Tout d'abord, il y aura une période - qui devrait durer un mois à un mois et demi - durant laquelle nous allons travailler sur le transfert. Pendant ce temps-là, la procédure collective se poursuit ; nous ne savons pas encore à ce jour qui seront les 110 profils choisis (sur les 174 salariés que compte actuellement la société mère, auxquels s'ajoutent les 16 salariés de la filiale française, qui sont eux intégralement repris, NDLR). Mais la vie de Sigfox continue. Les équipes sont d'ailleurs très impliquées et travaillent à cette transition. Durant toute cette période, nous allons être à l'écoute de chacun. Par la suite, nous allons entrer dans une autre phase d'environ trente jours, qui nous permettra de redémarrer le moteur, alors que l'activité de Sigfox a été ralentie depuis six mois. Nous allons pouvoir déployer notre stratégie. Viendra, enfin, dans un troisième temps, la restructuration de la société, lorsque nous saurons quelles personnes seront amenées à rester. Nous pourrons alors déterminer où des embauches seront nécessaires. Très clairement, nous avons prévu d'investir.
Votre groupe, fournisseur de services IoT et opérateur du réseau Sigfox à Singapour et à Taïwan, a-t-il vocation à installer son siège social en France, et en particulier en Occitanie ?
Nous sommes basés en Asie, mais le top management d'UnaBiz est français. Sigfox rejoint un groupe de 80 personnes, dans une logique de rapprochement Est-Ouest. Dans le cadre de cette reprise, nous nous sommes engagés à relocaliser notre siège en France. C'est un processus qui prendra du temps, mais qui est logique car désormais la majorité de nos effectifs sera installée en France. D'ores et déjà, les actifs de Sigfox sont transférés au sein d'une société française, UnaBiz SAS (fondée à Toulouse début avril, NDLR). Quant au processus de relocalisation que vous évoquez, il devrait se réaliser dans les douze prochains mois. Notre souhait est bien de nous implanter en région toulousaine.
Quelle articulation souhaitez-vous conserver avec l'IoT Valley (toujours présidé par Ludovic Le Moan, co-fondateur de Sigfox, NDLR), écosystème d'entreprises basé à Labège qui s'est historiquement développé autour de Sigfox, avec le soutien des pouvoirs publics locaux ?
Nous connaissons bien cet écosystème, et ce depuis de nombreuses années. Nous souhaitons clairement nous y investir et renforcer les liens qui nous unissent.
Comment expliquez-vous les déboires de Sigfox ?
Il me semble important que l'on ne fasse pas de procès injuste à Sigfox. La question qui se pose est : “Comment adresser l'IoT (Internet des objets, NDLR) avec une ambition mondiale ?”. En réalité, tous les acteurs de l'IoT massive font face aux mêmes difficultés. Les chiffres mirobolants que l'on pouvait lire concernant ce marché il y a quelques années ont finalement eu tout faux. On est très loin du compte. L'IoT a longtemps été adressé, à tort, comme un sujet informatique. Il est nécessaire de se recentrer sur le profil et les besoins de l'usager. Car pour le client, peu importe la technologie.
Cela signifie que vous allez compléter l'offre Sigfox avec d'autres solutions technologiques ?
Nous estimons que Sigfox est une excellente technologie. Le marché a d'ailleurs prouvé que, dans la majorité des cas, c'était la meilleure. Mais son intégration doit pouvoir être renforcée en s'ouvrant en effet à d'autres technologies connexes si la situation l'exige. Car des compléments sont parfois nécessaires.
C'est un changement de braquet stratégique...
En effet. C'est notre positionnement : en proposant, quand c'est utile et de façon schématique, du Sigfox à 90 % et une autre technologie convergente à hauteur de 10 %, nous pouvons passer du "no go" au "go". Nous pouvons remporter de nouveaux marchés.
Quelles sont, à ce propos, vos projections en termes d'activité ?
Nous allons être sur une croissance réaliste : ne vous attendez pas à du "fois 100" ! Néanmoins, le marché sur lequel nous sommes positionnés est en forte croissance. Et comme je l'ai dit, là où, hier, certains dossiers ne se signaient pas, ils pourraient demain se signer. Nous pourrions par conséquent avoir de très belles surprises. Le seuil de rentabilité de Sigfox devrait ainsi être atteint dans les trois ans et demi à quatre ans.
Estimez-vous que Sigfox a pu pâtir d'une sur-communication à son sujet ? On la présentait comme une future licorne, on évoquait des introductions en bourse...
Je l'ai indiqué, nous sommes réalistes et pragmatiques. Notre stratégie est différente et loin de moi la capacité de commenter ce qui s'est passé avant. En revanche, ce que je peux dire, c'est que nous avons toujours été les défenseurs de la technologie Sigfox. Et au fond, si Sigfox a fait trop de bruit à un certain moment, cela lui a permis de gagner de la notoriété à l'international, alors tant mieux !










