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Région Occitanie
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Numérique
| 23/04/2020

[Covid-19] Emmanuel Mouton (Digital 113) : « Il y aura de la casse dans le numérique »

Emmanuel Mouton, président de Digital 113, le cluster régional des entreprises du numérique (400 adhérents), livre à La Lettre M sa vision de l'après Covid-19 dans le secteur. Interview.

Paradoxalement, la filière numérique, par définition “dématérialisée”, a été aussi impactée que les autres par le Covid-19. C'est en tout cas le constat de l'enquête que vous avez réalisée... La crise peut-elle fragiliser durablement le secteur numérique en Occitanie ?
Nous avons constaté, en effet, que le secteur était moins résilient que nous le pensions. Notre secteur maîtrise depuis longtemps le télétravail et utilise évidemment au quotidien les outils numérique. Mais il a été fortement impacté par la crise, au même titre que les autres, et peut-être même davantage. Le fait qu'il soit constitué de petites structures, à la trésorerie parfois fragile et aux modèles économiques souvent basés sur de la prestation de services, ne joue pas en sa faveur. Les entreprises de la filière sont plutôt petites et leurs marges relativement tendues. Il va malheureusement y avoir de la casse, c'est certain.

Certaines sociétés s'en sortent mieux que d'autres ?
Oui, celles dont le modèle est basé au moins en partie sur des revenus récurrents, à l'image des éditeurs en mode SaaS et des hébergeurs. Mais finalement, il n'y en a pas tant que cela dans le territoire... La quasi-totalité des entreprises du secteur a enregistré un impact fort en termes d'activité.

La nature des entreprises du numérique – et notamment des start-up – est-elle susceptible de leur permettre de redémarrer plus rapidement après le confinement ?
Sans doute, oui. Notre filière est jeune et dynamique. Les entreprises sont agiles. Elles ont l'habitude de pivoter, de s'adapter aux différentes situations. Elles peuvent donc tirer leur épingle du jeu, dans ce contexte.

Par ailleurs, la crise sanitaire – et économique - n'a-t-elle pas de facto amené certaines entreprises “traditionnelles” à opérer plus vite que prévu leur transformation numérique ?
Au sein des entreprises, y compris chez celles qui étaient plutôt réticentes, la transition numérique a en effet été d'une certaine manière imposée par la situation. Il a fallu avoir recours au télétravail. De nouveaux outils sont rentrés dans les usages. Tout le monde a compris que le numérique était indispensable, absolument stratégique pour pérenniser les activités. Cela pourra susciter des opportunités de développement pour les entreprises du secteur, au moment de la reprise.

Le regard, parfois négatif, que la société porte sur le numérique, avec son lot de potentielles dérives éthiques, est-il en train d'évoluer ?
Avec l'épidémie, le grand public constate que le numérique, la gestion des données massives et le déploiement des algorithmes permettent de faciliter le suivi des contagions, le traitement des flux de personnes malades, la transmission des informations, etc. Il comprend que le numérique peut se développer de manière éthique et qu'il peut nous servir à tous pour sortir de la crise.

Qu'en sera-t-il, selon vous, du “monde d'après” ? La fameuse “start-up nation”, basée sur le développement de petites structures et l'externalisation de nombreuses tâches à des prestataires extérieurs, souvent fragiles, n'a-t-elle pas trouvé sa limite lors de cette crise ?
Aucun modèle n'est parfait. A mon sens, celui-ci permet aux acteurs une plus grande réactivité, une agilité que n'ont pas forcément les entreprises “traditionnelles”. Actuellement, les acteurs du numérique souffrent car il n'y a pas de chiffre d'affaires. Mais ils repartiront sans doute plus vite que les autres. L'analyse doit donc être nuancée.

Propos recueillis par Alexandre Léoty / leoty@lalettrem.net
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