«La délocalisation n’est pas la seule solution…»
Dans un contexte de mondialisation et de recherche de compétitivité, Liebherr-Aerospace Toulouse, spécialisée dans les équipements de conditionnement d’air pour l’aéronautique, propose une autre alternative.
Alors que certains industriels font le choix de la délocalisation, vous venez d’annoncer de nouveaux investissements sur Toulouse?
En effet, nous continuons à investir sur Toulouse. D’une part, la division Aerospace du groupe est engagée dans un plan de transfert d’activités entre le site allemand de Lindenberg et celui de Toulouse, où sera regroupé l’ensemble de la réalisation de ses systèmes d’air pour l’aéronautique.
D’autre part, nous avons décidé de nous doter à Toulouse d’un nouveau centre d’essais pour la R&D (cf mps n° 1710). 30 M€ seront investis, avec la construction d’un ensemble immobilier de quelque 9 000 m2 (7 000 m2 pour les moyens d’essais et 2 000 m2 de bureaux). Le chantier sera engagé en mars prochain pour une livraison au 2ème semestre 2010.
La délocalisation ne serait donc pas le passage obligé pour gagner en compétitivité ?
Pour Liebherr-Aerospace, une des clefs de la compétitivité est l’innovation. Nous en avons fait le cœur de notre stratégie. On ne fait pas une entreprise pérenne sur la seule réduction des coûts. La compétitivité est une conjonction de plusieurs facteurs associant l’innovation, la performance industrielle, la taille des packages et les coûts. Cela demande du temps et c’est un avantage pour nous d’avoir des actionnaires industriels avec une vision à long terme. C’est un des aspects qui nous différencient de certaines sociétés cotées.
Vous n’avez donc pas eu la tentation du low cost ?
Nous ne voyons pas l’intérêt d’aller au Mexique ou en Pologne. Nous n’en avons pas moins une stratégie à l’international. Nous choisissons nos sites en fonction des pays où nous pourrons trouver des clients. Cette stratégie a été payante. Au début des année 90, la division aéronautique de Liebherr s’est implantée au Canada et nous sommes aujourd’hui le seul fournisseur de Bombardier sur nos spécialités. Depuis, nous disposons également d’une station de réparation aux USA et d’un atelier d’usinage de précision au Brésil. Il y a un peu plus de 15 ans, Liebherr-Aerospace Toulouse réalisait 40 % de son CA avec Airbus. Cette part a été ramenée à 20 %. Nous avons réussi notre diversification sur les avions d’affaires et les avions régionaux. En 2008, nous avons encore élargi notre portefeuille clients avec Cessna aux USA (Columbus et Hawker-Beechcraft) et Agusta-Westland, sur le T129 et l’AW149, en Italie.
Le transfert d’activités en cours et ces nouveaux contrats se traduisent par un plan d’embauches d’une centaine d’ingénieurs et techniciens, dont 90 ont déjà été recrutés en 2008.
Pour 2009, le groupe prévoit de s’implanter en Russie. Ce complexe industriel aura un atelier dédié à l’aéronautique. Une opportunité pour gagner des parts de marché.
Pensez-vous que cette stratégie soit applicable à toute la filière aéronautique ?
Non, elle correspond à notre positionnement d’équipementier. En revanche, nous achetons nous-mêmes 65 à 70 % des composants de nos produits et nous encourageons nos fournisseurs à réfléchir à leur propre organisation industrielle. Pour certains, la solution du low-cost peut s’avérer nécessaire.
Propos recueillis par Marina Angel
Encadré :
Liebherr-Aerospace Toulouse
CA 2008 : 210 M€ (193 M€ en 2007)
Deux sites en Midi-Pyrénées :
Toulouse :
- R&D et production, assemblage et essais des systèmes de conditionnement d’air
- 7 ha de terrain et 25 000 m2 bâtis
- 820 salariés
Campsas (Tarn-et-Garonne) :
- Usinage de pièces complexes
- 23 ha et 8 000 m2 bâtis
- 140 salariés










