L’Inspection du Travail de l’Hérault s’inquiète de la dégradation des conditions de travail dans le Bâtiment
« Sur le bâtiment, nous vous appuyons à 100 %, car nous subissons une concurrence déloyale terrible », a déclaré Gabrielle Deloncle, présidente de la CGPME de l’Hérault. « Il y a des risques identifiés sur certains chantiers, faisant courir des risques graves et imminents aux ouvriers », a poursuivi Anne-Marie Sabatier. Dans l’Hérault, l’Inspection du Travail recense « une dizaine de morts » en 2011. « Ce bilan serait plus lourd si nous n’avions pas arrêté 119 travaux en 2011 ».
Roger Moncharmont (Direccte L.-R.) ajoute : « Nous sommes frappés par le caractère basique des imprudences. Souvent, on n’est pas sur des risques difficiles à prévenir. On se trouve face à des situations de travail classiques. Nous constatons une dégradation des conditions économiques dans le bâtiment. Les marchés sont passés dans de telles conditions qu’il y a une prise de risque dans le bâtiment. Il est temps de revenir à des pratiques plus normales pour que les entreprises organisent la sécurité, qui a un coût. Cela passe par la responsabilité des maîtres d’ouvrage publics et privés. »
Autres spécificités régionales : le poids du tourisme, et le gardiennage et le nettoyage, « où des salariés sont extrêmement précarisés, et n’ont pas beaucoup de recours. »
Les inspecteurs du travail, observateurs de la dégradation des conditions de travail
D’après lui, les inspecteurs « sentent monter une très grande détresse sociale. Des situations deviennent invivables. Ils le ressentent dans leurs permanences. Il y a 15 ans, nous voyions davantage de représentants du personnel. Ils venaient poser des questions collectives. Aujourd’hui, de plus en plus de gens viennent individuellement exposer leur souffrance au travail. C’est compliqué à gérer pour nos équipes, car la situation de ces gens est souvent critique. Cette évolution n’est pas forcément liée à la crise économique. »
Anne-Marie Sabatier est revenue sur le suicide d’un inspecteur du travail de 32 ans, le 18 janvier dernier à Lille, et le mouvement de grève qui a suivi, la semaine dernière : « Un quart du personnel a suivi la grève dans l’Hérault. Mais ça ne veut pas dire que seulement un quart se sent concerné par le problème... Les agents subissent un grand nombre de contraintes. On ne peut pas en rajouter sans arrêt sur les épaules des gens. En réalité, les gens ne font pas 35 h. Dans mon propre service, les gens travaillent largement plus que la durée du temps de travail, et il n’y a pas d’heures supplémentaires dans la fonction publique. »
Au cours de l’année 2011, l’inspection du travail a effectué 5 000 interventions dans les entreprises dans l’Hérault, dont 3 700 en visite d’inspection et 1 000 pour des enquêtes diverses. Les chantiers (BTP pour la plupart) ont été visités 1 600 fois. Objets des contrôles : obligation d’évaluation préalable des risques (918), travail illégal (907), travail précaire (500), risque chimique…
En 2011, l’inspection a transmis aux autorités de justice environ 200 procédures pénales. Installée sur trois sites (Montpellier, Béziers et Sète), l’Inspection du travail de l’Hérault compte 12 inspecteurs du travail et 21 contrôleurs du travail. Le service des renseignements pratiques en droit du travail emploie 11 agents.










