Patrick Martinez (Banque des Territoires) : « Mon message aux entreprises ? Faites votre business, nous nous occupons des murs »
Il a succédé début avril à Annabelle Viollet au poste de directeur régional Occitanie de la Banque des Territoires. En exclusivité pour La Lettre M, Patrick Martinez dévoile sa feuille de route, au service des collectivités locales, des organismes de logement social et des entreprises.
En Occitanie, la Banque des Territoires a augmenté de 75 % son volume de prêts l’an dernier, grâce – notamment – au maintien à 3 % du taux du livret A. Qui sont les bénéficiaires de cette hausse ?
Tout d’abord, vous avez raison, la stabilité du taux du livret A sur la durée est un facteur majeur dans un contexte de crise. C’est un très bon signal, un avantage évident. Car à la Banque des Territoires, nous faisons partie de ces gens têtus qui considèrent qu’un prêt se fait sur la durée d’amortissement. La dette de long terme est de plus en plus nécessaire si l’on veut se battre, en particulier, contre les effets du dérèglement climatique. Cela permet – notamment aux collectivités locales – de modérer les effets des crises. L’an dernier, nous avons signé en Occitanie 1,53 Md€ de prêts, dont un peu plus de 1 Md€ pour le logement social.
Sur ce front, justement, en quoi l’intervention de la Banque des Territoires peut-elle pallier les difficultés d’un secteur de l’immobilier fragilisé ?
En 2023, dans le territoire, nous avons financé plus de 9 200 logements en construction et près de 5 000 logements en rénovation. Notre objectif est d’accompagner le développement de l'offre de logements sociaux alors que le foncier est à la fois plus rare et plus cher, les coûts de construction plus élevés, tandis que subventions et fonds propres sont en diminution. Notre mission consiste à trouver des solutions et, chaque fois que c’est possible, à réduire le coût de la dette.
Vous financez aussi directement les collectivités locales...
En effet. À la fois les plus grandes – je pense notamment aux 300 M€ apportés au projet de troisième ligne de métro à Toulouse – et les plus petites – comme par exemple 200 k€ accordés pour réhabiliter une école de la commune de Saint-Étienne-du-Valdonnez, en Lozère. Au total, nous accordons environ 150 prêts par an aux collectivités locales d’Occitanie. Et nous sommes de plus en plus consultés, y compris par les communes de petite taille. Beaucoup de dossiers sont liés à la préservation de la ressource en eau, à la rénovation énergétique des bâtiments et équipements publics, à la mobilité décarbonée et au développement des énergies renouvelables, mais aussi au maintien d’une offre de santé et médico-sociale. Avec bien souvent la formule magique française : « subvention + prêt = projet ». Et dans tous les cas, la transformation écologique est au cœur des enjeux.
En quoi est-ce une boussole pour vous ?
C’est un sujet sur lequel nous accélérons nos actions depuis plusieurs années. Les critères extra-financiers sont devenus de plus en plus importants dans l’analyse des dossiers. Nous nous assurons que les projets cochent toutes les cases en termes de pertinence et de durabilité. En la matière, il y a eu une prise de conscience, liée notamment à la hausse du coût de l’énergie. Comme souvent, les crises rendent lucide.
Qu’en est-il des investissements en fonds propres réalisés l’an dernier en Occitanie par la Banque des Territoires ?
Nous avons accru de façon significative nos engagements en faveur de l’économie et des infrastructures du territoire avec 123 M€ d’investissement direct dans 23 projets. Nous investissons dans des foncières régionales et locales afin d’apporter des fonds propres permettant aux acteurs économiques de répondre aux enjeux du moment. Notre message aux dirigeants d’entreprise est clair : « Concentrez-vous sur votre business, nous nous occupons des murs. » Aujourd’hui, la vieille pratique patrimoniale qui consistait pour les entreprises à investir elles-mêmes dans leurs locaux n’a plus de sens, même si elles peuvent bien entendu co-investir si elles le souhaitent.
Quel bilan tirez-vous du programme Action Cœur de ville en Occitanie et quelles sont vos ambitions en la matière ?
Depuis 2018, la Banque des Territoires a accompagné 27 villes d’Occitanie. La première phase a consisté à dresser un état des lieux et à esquisser des orientations. La phase 2, qui se déploiera durant les trois années à venir, va nous amener à soutenir des investissements, avec des axes supplémentaires : la santé, la sobriété foncière, la requalification des entrées de ville et des quartiers de gare, mais aussi la renaturation.
Comment se déclinera dans la région, pour la période 2024-2028, le nouveau plan stratégique national de la Banque des Territoires, doté de 90 Md€ ?
L’argent est là. Mais il ne faut pas oublier la cyclicité des investissements. Notre objectif est de procéder régulièrement à des cessions d’actifs, lorsque les projets fonctionnent de manière autonome, dans une logique de redistribution territoriale. Les deux mouvements – investissement et sortie – doivent s’opérer en parallèle. Tout bon projet doit pouvoir faire l’objet d’un financement de notre part.
Mais qu’est-ce qu’un bon projet, de votre point de vue ?
C’est un projet soutenable sur les plans écologique, humain et financier.
Vous occupiez précédemment des fonctions similaires en Nouvelle-Aquitaine. Quels points communs constatez-vous entre les deux territoires en termes d’enjeux ?
Je dirais que ces régions sont complémentaires. Je pense notamment au secteur aéronautique, qui irrigue les deux territoires, mais aussi au médical, à l’agriculture – en particulier la viticulture –, au tourisme – notamment de montagne... Les enjeux partagés sont nombreux.











