Travaux publics : « La machine de la commande publique locale doit être activée », selon Olivier Giorgiucci
Comme le bâtiment, le secteur des travaux publics s’inquiète. Les carnets de commande se vident et ne se renouvellent pas - ou peu - et le risque pèse de plus en plus sur l’emploi. La relance de l'activité des entreprises est notamment entre les mains des collectivités. Olivier Giorgiucci, président de la fédération des travaux publics Occitanie répond à La Lettre M sur la situation du secteur, les attentes des entreprises et les perspectives pour 2021.
Dans le contexte de la crise sanitaire, quelle est la situation du secteur des travaux publics en Occitanie ?
Le secteur des TP a la chance de pouvoir travailler sans interruption depuis le mois d’avril avec l’appui de protocoles sanitaires. Il faut d’ailleurs saluer nos salariés, qui se sont mobilisés en première ligne pour assurer les chantiers. L’activité actuelle ne reflète pourtant pas la réalité de la situation des entreprises. Ces dernières consomment leur carnet de commandes sans le renouveler suffisamment, parce que la commande reste faible. Nous dépendons à 70 % des marchés publics, surtout des collectivités. Cette année, entre la crise Covid et les élections municipales perturbées, la machine de la commande publique est grippée, et les appels d’offres de travaux publics restent inférieurs de 20 à 30 % à la moyenne habituelle. Première impactée, la main d’œuvre intérimaire qui pèse pour 10 % des emplois du secteur a été divisée par cinq. Désormais, beaucoup de nos entreprises sont obligées de recourir à l’activité partielle. Nous estimons à 10 % les emplois permanents qui seraient désormais en jeu. Chacun comprend que c’est vraiment un non-sens d’utiliser l’argent public pour indemniser de l’activité partielle dans les travaux publics. Qu’on nous paie plutôt pour travailler !
Quid du plan de Relance annoncé par l’État. Il n’alimente pas les travaux publics ?
Le Plan de relance est positif avec 90 M€. L’effort budgétaire et des dispositifs peuvent soutenir certaines opérations de travaux publics. Nous participons avec le préfet de Région et tous les préfets des départements d’Occitanie au suivi de ces dispositifs. Il y a eu une première salve de mesures pour certains projets et l’élargissement des financements de l’agence de l’Eau qui soutient l’activité des réseaux (eau et assainisssment, NDLR). Pour le reste, les modalités sont encore un peu floues. Pour autant, les préfets sollicitent les collectivité pour identifier les projets. Comme je l’ai écrit au préfet de Région, le temps est le principal ennemi du plan de Relance. Il faut six mois en moyenne entre un appel d’offres et le début des travaux. S’il faut un soutien massif et rapide dans les opérations des collectivités locales, les nouveaux élus communaux et intercommunaux doivent aussi réaliser l’urgence de la situation. Sans attendre les projets du nouveau mandat, ils peuvent déjà accélérer et rattraper l’entretien de leur voirie et de leurs réseaux. Des marchés existants peuvent être mobilisés, et s’affranchir de marchés simplifiés très rapidement. Les prémices des futurs marchés sont attendus pour septembre 2021. Contrairement au secteur de la restauration qui est à l’arrêt, les TP pourraient finir par s’arrêter aussi faute de clients.
Mais avec la transition écologique, on va faire moins de travaux d’infrastructures ?
Non, au contraire, la transition écologique c’est beaucoup de travaux qui sont en attente. Les nouvelles mobilités demandent des aménagements pour les transports collectifs, les pistes cyclables, les voies dédiées aux véhicules électriques, les zones d’échanges multimodaux, le ferroviaire… Sécuriser et préserver l’eau et l’assainissement, développer les énergies nouvelles, la fibre… Reconvertir et recycler les espaces urbanisés (renaturation des espaces), protéger les ressources,… Tout cela est source d’activité pour les TP. Le secteur n’a pas attendu les diverses transitions pour innover avec des voiries et des réseaux connectés, des avancées du recyclage des matériaux et de l’eau, les nouvelles techniques d’entretien des ouvrages, le génie écologique… Toutefois, nous ne produisons pas assez de chantiers de ce type pour faire baisser leur coût.
Quelles sont les perspectives pour 2021 ?
Il faut éviter le trou d’air de 2021 et que la pénurie d’appels d’offres finissent par casser les prix et que les entreprises travaillent en deçà de leur seuil de rentabilité. Les besoins sont là. Il y a des ressources, des mesures de soutien, des conditions de crédit très favorables. Les collectivités sont le moteur de l’investissement local à condition qu’elles activent la machine de la commande publique locale. Conscients de la situation, certains élus agissent pour accélérer leurs opérations. Nous ne sommes pas dans une situation ordinaire face à la dégradation de la situation sociale. Je le répète : le temps est notre principal ennemi, l’avenir se joue maintenant. Il faut donner de la visibilité aux entreprises des TP, elles ne pourront pas faire le dos rond trop longtemps.
