Suspension de la taxe Trump : une viticulture soulagée mais vigilante
Suite à l’accord trouvé entre l’Union Européenne et les États-Unis, les sanctions tarifaires dans le cadre du différend Airbus-Boeing sont suspendues au moins pour une période de quatre mois. Conséquence : les États-Unis mettent fin – au moins pour un temps - aux « droits de douanes additionnels de 25 % qui pesaient notamment sur les exportations françaises de vin tranquilles et de spiritueux, ainsi que les droits de douanes additionnels de 15 % qui pesaient sur nos produits aéronautiques », indique le ministère de l’Économie français.
Une bonne nouvelle
« Excellente nouvelle », résume Miren de Lorgeril, présidente du conseil interprofessionnel des vins du Languedoc (près de 1,3 Mhl), qui confirme que cette surtaxe leur a été « très préjudiciable. Les vins du Languedoc ont subi un coup d’arrêt sur le marché américain qui était pourtant en plein développement. Résultat, en 2020, les exportations outre-atlantique ont baissé de 19 % en volume et 23 % en termes de chiffre d’affaires. » Selon la présidente du CIVL - également à la tête des Vignobles Lorgeril-, la mobilisation des professionnels en matière de stratégie marketing pour rester visibles sur le marché américain devrait leur permettre de repartir rapidement. « Nous ne sommes que début mars, nous sommes aussi dans les temps pour être présents sur la saison estivale avec nos rosés, du moins pour ceux qui y ont déjà des gammes installées », ajoute-t-elle, en prenant en compte la durée de transport des vins, d’un mois environ.
De son côté, l’Audois Jean-Marie Fabre, président de la fédération nationale des vignerons indépendants et propriétaire du domaine de la Rochelierre à Fitou, ne « peut que saluer ce moratoire sur une taxe qui a coûté 600 M€ à l’ensemble de la filière viticole française, vignerons indépendants compris, ces seize derniers mois. Pendant tout ce temps, nous avons réglé la facture d’un litige qui ne nous concernait pas et nous avons en plus, dans un contexte de crise sanitaire mondiale, perdu des parts de marché dans un des rares pays où la consommation de vin a continué à progresser malgré tout. » Les pertes de part de marché aux États-Unis sont estimées à 30 % pour la France quand l’Italie (non concernée par la surtaxe) en a gagné 30 %, signale-t-il.
Maintien de la vigilance
Les gouvernants ont désormais quatre mois pour faire que ce sursis se transforme en accord définitif. Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, et Franck Riester, ministre délégué chargé du commerce extérieur, se disent volontaires, affirmant vouloir mettre à profit la période pour « trouver une solution pérenne à ce contentieux et ainsi éliminer ces sanctions de manière définitive ». La filière Armagnac affirme qu'elle sera vigilante quant aux négociations menées pendant cette trêve. Alors qu’elle connaissait un dynamisme sans précédent sur le marché américain (3 M€ de CA en 2020, en hausse de 4 % sur un an), elle s'est vue, elle-aussi, soumise à la taxe Trump depuis le 12 janvier 2021.
Pour Jean-Marie Fabre, il faudra aller plus loin et compenser les pertes subies. « L’Union européenne doit prendre ses responsabilités et aider la filière viticole à récupérer les parts de marché perdues. Cela peut se faire par un fonds de compensation et par un accompagnement spécifique pour aider au redéploiement sur le marché américain », confie-t-il à La Lettre M.
