Sur fond de récolte historiquement basse, l'olive du Languedoc décroche l'AOC pour son huile
Catastrophique. C’est ce que promet d’être la récolte – en cours – des olives en Languedoc. « En trente ans de coopérative, c’est du jamais vu. Nous venons de terminer la récolte des olives de table et les volumes sont en baisse de 90 % », alerte Pierre-André Marty, directeur de L’Oulibo (5 M€ de CA, 35 salariés, 750 producteurs) à Bize-Minervois (11). La coopérative, qui produit donc en moyenne 350 tonnes d’olives de table Lucques, n’en a récolté cette année que trente. Mêmes inquiétudes pour la production d’olive pour l’huile, encore en cours : « nous en sommes à cent tonnes, au lieu des 1 000 habituellement », poursuit le directeur.
Les raisons de cette dégringolade ? La météo du printemps, très pluvieuse, qui a empêché une bonne pollinisation, faite uniquement à l’aide du vent en ce qui concerne les oliviers. « On a bien essayé de compenser avec de la Picholine mais cela ne suffira pas. Notre clientèle est sur la Lucques principalement. Nous avons dû contingenter nos clients en leur donnant que 10 % de ce qu’ils avaient l’habitude de nous acheter. Notre crainte est qu’ils aillent voir ailleurs cette année et qu’ils soient difficiles à récupérer par la suite », redoute Pierre-André Marty qui n‘exclut pas des mesures de chômage partiel à venir. Concernant l'huile d'olive, l'inquiétude est moins forte en raison des stocks réalisés l'année dernière.
AOC Huile d'olive du Languedoc
À côté de cette récolte 2020 qui s’annonce donc très faible, les oléiculteurs auraient eu pourtant toutes les raisons de se réjouir. Quinze années de travail de la filière oléicole du Languedoc ont en effet été couronnées de succès il y a quelques jours : l’appellation d’origine protégée (AOP) Huile d’olive du Languedoc est officiellement créée. Son cahier des charges a été homologué par un arrêté du 5 novembre, publié au Journal officiel le 11 novembre. En 2015, c'est l'olive de table Lucques qui était passée sous signe de qualité. Couvrant 182 communes de l’Aude et 250 de l’Hérault, la production d’olive dédiée à la fabrication de cette huile d’olive du Languedoc est estimée entre 40 et 70 tonnes. Il s’agit d’une huile plurivariétale constituée à partir d’au moins une des variétés locales que sont les olives Lucques et Olivière.
« Cette AOC va nous permettre de mieux valoriser l’huile d’olive auprès de nos producteurs ainsi que des consommateurs, déclare Pierre-André Marty. L'appellation garantit la culture traditionnelle de nos oliviers, à raison de 250 à 400 arbres par hectare, bien loin des 1 500 arbres par hectare de la culture de l’olivier à haute densité. » Reste pour le syndicat de défense encore une appellation à obtenir, celle de l’huile d’olive du Roussillon. « Une commission d’enquête sera mise en place par l’Inao dès que nous aurons finalisé le dossier, avant la fin de l’année », promet Julie Carou, animatrice.
