Sud de France interdite d'étiquette ?
Les Celliers Jean d’Alibert, entreprise de négoce en vin de l’union des producteurs du Haut-Minervois (11), s’apprête à lancer l’impression de 4 millions d’étiquettes, les Domaines Auriol, également dans l’Aude, 6 millions... Pour eux comme pour tous les producteurs de vin de la région, l'interrogation est la même : « Faut-il y mettre la marque Sud de France ? Où en est-on de ce problème de conformité de l’étiquetage avec la réglementation européenne ? ». Des discussions qui étaient au cœur du Sitevi, le salon international des équipements et savoir-faire pour les productions de vigne-vin, olive, fruits-légumes, qui s'est tenu du 26 au 28 novembre à Montpellier.
Marque ou label ?
La planète vin est en effet rappelée à l’ordre par l’Inao (Institut national de l'origine et de la qualité) : l'apposition de la marque Sud de France sur les étiquettes de vins (et d’huiles d’olive) n’est pas conforme au droit européen. Considérée comme une marque commerciale, Sud de France ne répond pas aux critères d’un label, seul autorisé à figurer sur une étiquette. « Par label, on entend que des démarches ont été faites en faveur de la reconnaissance d’une certaine qualité de produit, ce qui n’est pas le cas pour une marque, indique à La Lettre M une source proche du dossier. Avoir une communication territoriale est légitime, mais il ne doit pas y avoir de confusion possible. »
Cahier des charges
Des appels sur le sujet, Élodie Le Dréan, responsable de la filière viticole au sein de l’agence économique régionale Ad’Occ, en reçoit plusieurs par jour. « À ce stade, nous ne pouvons que laisser chaque chef d’entreprise prendre sa décision », résume-t-elle. Jean-Louis Cazaubon, vice-président en charge de la viticulture de la Région Occitanie – propriétaire de la marque Sud de France -, indique « que les négociations sont en cours avec l’Inao. Il faut arriver à inscrire Sud de France dans le cahier des charges des appellations ». Des régions, comme la Vallée du Rhône ou le Sud-Ouest, ont déjà intégré cette référence géographique dans le cahier des charges de leurs appellations. De son côté, Miren de Lorgeril, présidente du Conseil interprofessionnel des vins AOC du Languedoc, a missionné un cabinet d’avocat « pour savoir comment être compatible avec la législation européenne. L’étape suivante sera de réfléchir à une éventuelle modification du cahier des charges. »
Victime de son succès
Mais pourquoi donc l’apposition de la marque Sud de France, créée il y a plus de 12 ans, suscite-elle tant d’émoi ? « Dans un contexte où la commercialisation des vins de la région se porte mieux, une non-conformité de l’étiquetage serait un talon d’Achille redoutable, prévient notre source. Un concurrent qui voudrait entraver un courant d’affaires pourrait signaler cette irrégularité. » Selon Élodie Le Dréan, d'Ad'Occ, « la marque Sud de France dépasse le cadre réglementaire. Elle répond aux attentes des consommateurs qui veulent savoir ce qu’ils boivent. Il y a bien « France » sur les étiquettes et ce n’est pas un signe de qualité ! »
