Restaurants, musées, parcs d'attraction, salles de sport... : les nouvelles annonces de Macron passent mal en Occitanie
L'allocution présidentielle était à la fois attendue et redoutée. Le 12 juillet, Emmanuel Macron a fait une série d'annonces visant à contenir le rebond de l'épidémie de Covid-19 durant la période estivale. Outre l'obligation vaccinale pour les soignants et les aidants, le Président de la République a annoncé l'extension du pass sanitaire, le 21 juillet, aux lieux de loisirs, de culture et événements rassemblant plus de cinquante personnes, mais aussi aux centres commerciaux, aux bars et aux restaurants à partir de début août. « Seuls les vaccinés et les personnes testées négatives pourront accéder à ces lieux, qu’ils soient d’ailleurs clients, usagers ou salariés », a précisé le chef de l'État. De nouvelles restrictions vécues avec un certain désarroi par les premiers concernés en Occitanie, interrogés par La Lettre M.
Des mesures jugées difficilement applicables
Globalement, le consensus est là. Les acteurs économiques, fortement impactés par les effets de la crise sanitaire, sont favorables à la vaccination de masse. En revanche, imposer le pass sanitaire aux clients comme aux salariés suscite l'interrogation, voire l'agacement. « La question est de savoir comment les entreprises, notamment les cafetiers, vont pouvoir agir pour faire appliquer ces mesures, estime Xavier Perret, président de la CPME 30. Je ne les vois pas interdire l’accès à leur établissement aux clients non vaccinés. À titre personnel (Xavier Perret dirige l’entreprise Perret & Fils, dans l’aménagement d’extérieur, à Saint-Gilles - 30, NDLR), j’encourage mes salariés à se faire vacciner, mais c’est difficile, surtout avec les jeunes qui ne se sentent pas concernés par la maladie. Que faire alors lorsque, par exemple, un salarié vacciné doit partager le véhicule avec un collègue non vacciné ? Que doit faire l’employeur ? »
« L'État nous demande de faire son job »
De son côté, Benjamin Serra, vice-président de la CPME 31 en charge du commerce, fustige l'attitude des personnes non-vaccinées. « Si les gens ne font pas d'effort, le reconfinement sera inévitable, soupire-t-il. À un moment donné, il faut imposer les choses, on n'a pas le choix ! » Pour le chef d'entreprise, restaurateur à Toulouse et donc lui-même impacté par la mesure, l'État « n'est pas allé jusqu'au bout » et a transféré la responsabilité des contrôles aux entreprises : « En plus de nous taxer, ils nous demandent de faire leur job ». « C'est une contrainte supplémentaire, grince l'élu patronal. Et malheureusement, dans un secteur comme la restauration, cela va accentuer les départs, alors même que nous avons du mal à recruter. Que va-t-il se passer après, si nous licencions ceux qui refusent de se faire vacciner ? Il risque d'y avoir des Prud'hommes en cascade... »

La colère chez les restaurateurs
Sans surprise, c'est en effet du côté de l'hôtellerie-restauration, directement concernée par les mesures, que l'on tire le plus fort la sonnette d'alarme. « C’est un nouveau coup dur pour l’activité, qui peinait déjà à redémarrer avec une fréquentation globale inférieure à la normale depuis la réouverture de nos établissements, déplore Hubert de Faletans, président de la branche restauration de l’Umih de la Haute-Garonne et gérant du restaurant L’Esprit du Sud-Ouest, à Blagnac (31). Je ne vois donc pas comment faire appliquer ce nouveau protocole. Les restaurateurs ne sont pas assermentés pour le faire respecter. En l’état actuel, nous n’avons pas le droit de demander le pass sanitaire à nos clients. Et je vois mal comment refuser l’entrée aux personnes non vaccinées. Ce serait de la discrimination et un refus de vente, ce qui est formellement interdit. J’attends des éclaircissements des autorités sur les modalités de mise en œuvre de ces contrôles. »
Même son de cloche chez Jacques Mestre, président de l’Umih ex-LR : « On n’en peut plus ! Oui nous sommes à 100 % en faveur des vaccins et des mesures sanitaires, mais nous ne sommes pas des gendarmes. Ce n’est pas notre rôle de contrôler et, concrètement, comment cela va-t-il être possible ? On va appeler les gendarmes ? Par ailleurs, certains établissements sont déjà obligés de fermer – faute de personnel - pour permettre les jours de repos. Là, un employé qui refusera de se faire vacciner sera encore un salarié en moins… Nous avons rendez-vous avec le préfet jeudi matin à la première heure. » Restaurateur lui-même, Jacques Mestre a trouvé « sa » solution : « Pour ma part, je vais fermer une matinée pour emmener se faire vacciner mes treize employés », confie-t-il.
De son côté, le président du Medef 31, Pierre-Olivier Nau, ne cache pas ses inquiétudes pour le secteur. « Nous appuyons l’Umih dans sa demande de report, à début septembre, des mesures annoncées, explique-t-il. Ceci afin de laisser un peu de temps aux professionnels pour s’adapter à ces nouvelles règles – contrôle du pass sanitaire, du respect de la jauge, etc. - et à leurs salariés de se faire vacciner ». Sans compter que « ce secteur d’activité fait déjà face à un exode massif de collaborateurs, qui pourrait encore s’accentuer avec un durcissement des règles en vigueur », rappelle-t-il lui aussi. Il salue toutefois la décision de millions de Français de prendre rendez-vous pour une vaccination après les annonces d’Emmanuel Macron : « Cela va dans le sens de ce que nous disons depuis plusieurs mois au Medef : la vaccination est la seule solution pour s’en sortir. »

Les centres commerciaux espèrent « de la souplesse »
Les centres commerciaux sont eux aussi concernés par les nouvelles mesures annoncées par Emmanuel Macron. « Sur le principe, rien à redire : la santé de tous est LA priorité, assure Morgan Lavielle, directeur de la communication de Carmila (société propriétaire et gestionnaire de 215 centres commerciaux attenants à des hypermarchés Carrefour en Europe, dont une dizaine en Occitanie : Toulouse Labège 2, Toulouse Purpan, Montpellier Saint-Jean-de-Védas, Nîmes Sud…). Néanmoins, nous attendons des précisions sur les règles d’application de cette décision, car beaucoup de questions se posent sur ce qui va être demandé à nos employés comme à nos clients. Des discussions sont d’ailleurs en cours entre des représentants de l’État et le Conseil national des centres commerciaux. Nous espérons de la souplesse dans le dispositif qui sera mis en place mais, quoi qu’il en soit, nous saurons nous adapter et faire preuve d’agilité, comme c’est déjà le cas depuis un an et demi. »
Les musées déplorent des surcoûts
Les musées, eux, sont désormais rompus à l'exercice. « Nous avons l’habitude de gérer le contrôle d’entrée, depuis le plan Vigipirate, indique Benoît Decron, directeur du musée Soulages, à Rodez (12). Nous allons donc réorganiser l’accès au musée en respectant ce nouveau protocole. » En revanche, du côté de la gestion des équipes, ça coince. « La principale difficulté concerne nos salariés, reconnaît-il. Il va falloir s’assurer dans les prochains jours que ces derniers sont tous vaccinés ou en passe de l’être. Mais nous n’aurons aucun moyen de contraindre ceux qui ne le sont pas à le faire… Le risque est de ne pas pouvoir disposer de l’ensemble de notre effectif alors que la fréquentation est en très nette hausse cette saison, avec près de 700 visiteurs par jour. » En l'absence de précisions, les interrogations se multiplient. « Que fera-t-on pour l’accueil des enfants de moins de 12 ans qui ne sont pas vaccinés ? se demande Benoît Decron. Devra-t-on leur refuser l’entrée ainsi qu’à leur famille ? » Et d'ajouter : « Plus largement, la mise en place des mesures de contrôle va engendrer un surcoût d’exploitation, avec l’embauche d’agents d’accueil supplémentaires. »
Également président du groupe Manatour (siège à Blagnac – 31), spécialiste du tourisme de découverte économique, Pierre-Olivier Nau craint de son côté d’enregistrer « une baisse de fréquentation de nos sites (tels que le musée Aeroscopia, à Blagnac, NDLR) fin juillet. Certains touristes vont peut-être décider de décaler leur visite, le temps de se faire vacciner ». Si l’impact est encore difficile à mesurer, « il faut peut-être malgré tout envisager de différer un peu la baisse des aides au secteur du tourisme pour tenir compte de ce risque », estime le dirigeant du groupe qui commence à peine à retrouver une fréquentation comparable à celle de 2019.

Coup de bambou pour les parcs d'attraction
La question des pertes, mais aussi des surcoûts à venir, est également prise en compte dans les parcs d'attraction régionaux, à l'image d'AnimaParc, en Haute-Garonne. Fortement impacté par les confinements successifs, qui ont engendré d’importantes pertes financières, la société de 10 salariés (et 60 saisonniers) a enregistré l'an dernier - pour la première fois en 15 ans d'existence - une chute de son chiffre d'affaires : 1,4 M€ contre 2 M€ en 2019. Dans ce contexte, l'annonce présidentielle sonne comme un coup de bambou. « Nous ferons le maximum, mais nous allons forcément perdre des clients, déplore Thierry Hérault, directeur. Il nous faudra du personnel en plus pour assurer les contrôles. J'ai commencé à faire le tour des équipes, ce matin : la moitié est actuellement vaccinée ou en cours de vaccination. Pour les autres, ce seront des tests PCR à faire tous les deux jours... Je ne peux évidemment pas obliger mes salariés à se faire vacciner ! Mais nous redoutons que certains soient découragés et laissent tomber... »
Dans les salles de sport, on redoute « une nouvelle perte de CA »
Les salles de sport sont elles aussi concernées. Avec, pour certains professionnels, un goût amer en bouche. « Alors que l’Euro de football a mobilisé les foules sans plus de pression sur la pandémie, difficile d’entendre une telle annonce du gouvernement, souffle Sébastien Téjédor, gérant du complexe La Salle, à Mauguio (34). La vaccination obligatoire et le pass sanitaire, c’est un nouveau coup de pression supplémentaire. On subit. J’ai le sentiment que les gens sont fatigués par toutes ces mesures contradictoires et finissent par ne plus y croire. Mes adhérents ne comprennent pas pourquoi je dois limiter à 13 personnes certains cours collectifs alors qu’un concert en extérieur accueille jusqu’à 1 000 personnes. Déjà, des adhérents ne souhaitant pas se faire vacciner vont arrêter leur abonnement. Je crains une nouvelle perte de chiffre d’affaires. » Un coup dur, alors qu'après plus d’un an de fermeture en raison de la crise sanitaire, la salle a déjà perdu 30 % de ses adhérents. « Depuis la réouverture en juin dernier, nous avons gagné une centaine de nouvelles adhésions et de ré-inscriptions, explique Sébastien Téjédor. J’attends l’arrêté préfectoral pour mettre en œuvre une organisation rendue très compliquée par les délais de mise en place du pass sanitaire et l’amplitude horaire d’ouverture de l’établissement, de 6 h à 23 h. »

Dans la santé et les services à la personne, on vante la « responsabilité collective »
Reste que dans d'autres secteurs concernés par ces nouvelles mesures, à l'image des services à domicile, on reconnaît que le fait d'encourager de cette façon la vaccination peut être profitable, à plus d'un titre. « Nous sommes extrêmement favorables à la vaccination obligatoire, explique Sébastien Cogez, directeur délégué de l'Apef (17 agences en Occitanie, groupe Ouicare, siège à Castelnau-le-Lez - 34). La responsabilité collective est importante pour éviter de rebasculer dans les fermetures des entreprises. Nous avons aussi de plus en plus de clients qui demandent des interventions de personnel vacciné ; il est urgent de les rassurer. »
Un avis largement partagé par Pascal Delubac, président de la Fédération de l’hospitalisation privée Occitanie (128 établissements). « La Covid, ce n’est pas un concept, martèle-t-il. Nous avons pu en mesurer les dégâts. En France, environ 50 % des personnels de santé dans les Ehpad sont vaccinés. Chez les libéraux (médecins, infirmiers) 74 %, et dans les établissements de santé privés, le taux est compris entre 60 et 70 %. Des chiffres en ligne avec les tendances en Occitanie. Ce qui est curieux, c’est qu’un infirmier ou aide-soignant fraîchement diplômé qui signe son premier contrat de travail doit être à jour de ses vaccins pour être embauché. Rien d’étonnant donc à ce que l’État impose aux soignants d’être vaccinés. Il n’y a pas de débat. Nous avons pu mettre en place des parcours de vaccination dès que les doses ont été disponibles, nous pourrons continuer à le faire. La clé, c’est la pédagogie. Auprès des personnels soignants réticents, il faut, je pense, mettre en avant le fait que malgré un taux d’incidence qui remonte depuis quelques jours, les admissions en réanimation n’atteignent pas les niveaux de l’année dernière, ce qui prouve l’efficacité du vaccin. Et bien sûr, c’est une question de responsabilité, de respect des libertés individuelles et collectives. La réponse, c’est le pass sanitaire. »
