Récoltes : l'Occitanie accuse le coup
De mémoire de vigneron, les prévisions de récolte de vin en Occitanie auront rarement été aussi basses. Un volume en baisse de près de 30 % par rapport aux 15,3 Mhl de 2020 (dont 12,1 Mhl en ex-Languedoc-Roussillon) est en effet annoncé pour les vendanges en cours, confirme Boris Calmette, président de La Coopération agricole Occitanie, à La Lettre M. Un coup dur pour la première région viticole française en termes de surface, victime du terrible épisode de gel qui s’est abattu sur la France début avril mais aussi, par endroit, d'une sécheresse récurrente. Résultat, « les disponibilités (stock et vendange, NDLR) seront les plus faibles de l’histoire », poursuit Boris Calmette, en particulier pour les blancs, chardonnay en IGP Pays d’Oc en tête. « La production fera des arbitrages entre ses acheteurs, prévient-il. Les partenariats dans la durée seront privilégiés. » Le risque de fragilisation du secteur est bien réel, en particulier pour les jeunes qui se sont endettés ou dans les zones les plus touchées par le gel (90 % de la production perdue à Fabrègues, dans l'Hérault, par exemple), mais les aides mises en place (1 Md€ au niveau national, exonération de charges sociales et des taxes foncières sur le non bâti, accès au fonds des calamités agricoles…) « devraient avoir un impact significatif et permettre de sauver l’essentiel », estime Boris Calmette.
Autre – triste - record cette année, celui de la production de céréales (4,5 Mt en 2020) qui s’annonce en baisse de 30 à 40 %, selon la chambre d’agriculture d’Occitanie. Le gel a particulièrement affecté les cultures d’hiver (blé, colza orge, pois) dans le Lauragais, le bassin gersois et certaines vallées comme celles de la Lèze et du Girou. « En blé dur (356 062 t en 2020, NDRL), l’irrigation a toutefois permis de garder un certain rendement, commente Serge Bouscatel, président de la chambre d’agriculture de Haute-Garonne et secrétaire général adjoint de la chambre régionale. Quant au blé tendre (959 256 t en 2020), Serge Bouscatel en prévoit « très peu de bonne qualité pour la semoulerie ».
Deuxième région productrice de pommes en France, l’Occitanie prévoit, là aussi, une récolte très disparate. Dans l’Hérault, la coopérative Cofruid’Oc anticipe une baisse de 30 % de ses volumes (environ 6 000 t). « Certains producteurs ont été durement touchés par le gel et parfois la grêle, dans les zones de Marciac (Gers) ou Saint-Just (Hérault), relate Didier Crabos, président de la coopérative, tandis que d’autres n’ont pas subi d’intempéries et auront de jolis fruits. » C’est le cas dans le Tarn-et-Garonne où est implantée la coopérative Blue Whale. Une production de 140 000 t de fruits frais dans le Sud-Ouest, dont 95 % de pommes, est prévue. « La production est quasiment normale, c’est inespéré », confie Christophe Belloc, son président. Abîmés par le froid, « 10 à 15 % de fruits de plus qu’en 2020 seront toutefois destinés à la transformation industrielle, ce qui est beaucoup moins rémunérateur », nuance-t-il. Verdict au terme des récoltes et des vendanges pour le secteur agricole régional (80 000 emplois, 6,8 Md€ de CA) familier des aléas du climat mais désormais soumis à son dérèglement.
