Quand l'entreprise devient école de formation
Permettre aux entreprises de développer l’apprentissage et de créer un CFA d’entreprise. C’est l’un des 10 points clés prévus dans la loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel, promulguée le 5 septembre 2018. Une mesure qui répond à une difficulté croissante des entreprises à recruter des personnes qualifiées.
Le 7 octobre, le groupe Nicollin (CA : 330 M€, 6 000 salariés, Montpellier et Saint-Fons - 69) a inauguré son CFA d'entreprise, le 1er en France. Jusqu’à 16 apprentis pourront intégrer un BTS en alternance les préparant aux métiers des services à l’environnement. Parallèlement, le groupe et le Montpellier Hérault Sport Club lancent un autre CFA dédié aux métiers du sport. D'autres CFA d'entreprise, dont la création a été rendue possible grâce à la loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel, devraient bientôt voir le jour. Concrètement, cette mesure législative autorise les entreprises à ouvrir leur CFA sans autorisation juridique et, depuis le 1er février, les CFA d'entreprise peuvent obtenir des financements de leur opérateur de compétences (Opco).
Internaliser partiellement ou totalement la formation
Bien avant l'adoption de la loi, plusieurs entreprises avaient déjà franchi le pas de la formation en interne. Pour certaines en s'adossant à des organismes de formation, à l'instar de Groupe Ecia (CA 2019 estimé à 17 M€, 200 salariés, siège à Saint-Alexandre - 30). En 2017, l'entreprise spécialisée dans l’ingénierie du génie électrique et la ventilation nucléaire, a ouvert une académie en partenariat avec le Conservatoire national des arts et métiers, le centre de formation des apprentis de l’industrie (CFAI) d’Avignon et des industriels tels qu’Orano et le CEA. Groupe Ecia dispense des formations qualifiantes, en passe de devenir diplômantes, et prépare une licence génie électrique, environnement nucléaire. « Le Cnam se charge d’obtenir les agréments afin que cette formation soit diplômante », explique Pascal Morel, dirigeant de Groupe Ecia. De son côté, D&S (maîtrise des risques dans le nucléaire, 180 salariés, CA : 12 M€, siège à Bagnols-sur-Cèze - 30) s’est associé au Greta du Gard. « Nous nous sommes posé la question de lancer notre propre CFA mais nous n’avons pas le savoir-faire pour assurer la gestion financière d’une formation ni sa communication », estime Julien Feja, PDG.
D’autres entreprises ont fait le choix d’internaliser la formation dans son intégralité. C’est le cas de Recaero (rechange aéronautique, 600 salariés, CA : 50 M€, siège à Verniolle - 09) qui forme notamment aux métiers de chaudronnier, opérateur machine commandes numériques ou encore soudeur. « Nous avons un certain nombre d’obligations, nous sommes certifiés Datadock (base de données des OPCA, NDLR), précise Christelle Pobeau, DRH. Les réglementations permettent de cadrer cette activité. »
Pallier la pénurie de compétences
Quel que soit le modèle retenu, toutes les entreprises ayant sauté le pas de la formation en interne s’accordent sur un point : elle permet de pallier la pénurie de compétences. « Pour 75 % des entreprises dans l’ingénierie nucléaire, le frein au développement c’est le recrutement », estime Pascal Morel. Julien Feja, D&S, confirme : « Notre filiale de démantèlement ne trouve pas de profil de personnes diplômées. » L’intérêt n’est donc pas de générer ainsi une source de revenus complémentaires.










