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Région Occitanie
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Conjoncture
| 2/02/2023

Philippe Dessertine, à Toulouse : « Le modèle économique mondial n’est plus adapté »

À l’occasion de l’évènement Occitanie Innov, organisé le 2 février à La Cité (Toulouse) par Ad’Occ, l’économiste Philippe Dessertine, qui enseigne à l’IAE de Paris et à l’Université Paris I - Panthéon Sorbonne, revient sur le « grand basculement » en cours. Pour lui, la période actuelle appelle « un changement total de modèle économique au niveau mondial, car celui sur lequel nous nous basons n’est plus adapté à une population de huit milliards d’individus ». L’économiste, qui oppose l’inertie des grands groupes à l’agilité des structures de plus petite taille, vante un modèle d’innovation basé sur la déconcentration et tire à boulets rouges sur l’idée de réindustrialisation.

La révolution du big data
Pour Philippe Dessertine, le dérèglement climatique modifie « absolument tout ». « Si nous ne changeons pas de modèle économique, nous allons dans le mur », estime-t-il. L’économiste, qui se dit néanmoins résolument optimiste, voit dans les progrès scientifiques actuels un levier permettant, justement, de changer de logiciel. « Nous vivons probablement la plus grande rupture scientifique de tous les temps, insiste-t-il. Car toutes les disciplines sont fécondées par les développements des mathématiques, par le big data. » Le chercheur, qui vante les bienfaits de cette révolution digitale, écarte du revers de la main les craintes éventuelles : « Dans toutes les grandes ruptures, il y a de la peur. Alors on peut me dire que toutes les innovations sont dangereuses, depuis le couteau de cuisine… Mais non ! En réalité, l’humain invente les outils dont il a besoin. Il n’y a pas d’autre option que de faire confiance à la science, qui nous offrira la possibilité de bouleverser complètement la manière dont nous valorisons l’économie. »

Miser sur « la déconcentration »
L’équation consisterait ainsi selon lui à concilier le développement durable et « la croissance dont a besoin l’humanité ». Sa réponse ? La déconcentration.  « Dans le modèle issu de la révolution industrielle, nous concentrions les populations, la production et la consommation », analyse-t-il, avant d'appeler de ses vœux « un aplatissement des entreprises pour créer des communautés connectées ». Chasser les silos et les inerties pour mieux innover ? « On ne peut pas continuer à s’inscrire dans une approche bureaucratique et centralisée où un projet doit être validé par douze comités…, grince-t-il. Car c’est un modèle qui casse l’innovation. En fonctionnant ainsi, une grande entreprise devient une super nova : elle grossit, n’innove plus mais rachète… puis elle explose. » Philippe Dessertine l’assure : l’innovation doit désormais être portée par « de petites structures connectées, dans une logique de coopération ». 

La réindustrialisation en question
Dans ce contexte, quelle place pour la réindustrialisation ? « Du pipeau…, soupire l’économiste. En réalité, les pays occidentaux sont en déclin. Donc ils veulent refaire comme avant ; l’écho d’une forme de discours nationaliste. Mais mettons-nous en tête que les choses ont changé ! Le poids économique de l’industrie va baisser. C’est normal et c’est heureux, car le développement des services accompagne le vieillissement de la population au niveau mondial. » Et d'opposer à la réindustrialisation la notion - « beaucoup plus intéressante », selon lui - de souveraineté. Avec un conseil adressé aux pouvoirs publics européens : « La data, c'est là qu'il faut être ! »

Alexandre Léoty / leoty@alettrem.net
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