Moins d’eau, plus de monde : le foncier rural s’adapte
Changement climatique, évolutions sociétales, hausse démographique ... Les défis à relever par la région se traduisent dans les transactions sur les marchés fonciers ruraux. À commencer par le marché agricole (vignes et terres) qui, avec 40 000 ha accessibles, est dominant. Côté vignes, 5 800 ha ont été cédés en 2020, quasiment autant qu’en 2019. Face aux chaleurs extrêmes récurrentes et au manque d’eau, le constat est unanime :« Les acheteurs s’orientent vers des surfaces viticoles irrigables, indique Christian Roussel, directeur opérationnel de la Safer (société d’aménagement foncier et d’établissement rural) Occitanie. Si les prix restent pour l’instant stables, il est probable qu’il y aura à terme une baisse pour les vignes qui ne sont pas irriguées. »« Nous sommes à la veille de l’été et, dans l’Hérault et le Gard, un déficit en eau de 50 % est déjà enregistré, alerte le Gardois Dominique Granier, fraîchement réélu président de la Safer Occitanie (volume d’affaires : 213 M€, 175 salariés). Même la lavande et le thym ne poussent plus ! »
Climat
Même phénomène sur le marché des terres et des prés : « Une demande soutenue pour les terres irrigables et à fort potentiel agronomique » est constatée, confirme Christian Roussel. Dans le Lauragais, les aléas climatiques, lorsqu’ils se cumulent à une chute des cours des céréales, ont déjà fait baisser le prix de la terre. Entre Car- cassonne, Albi et Toulouse, où le prix à l’hectare était monté jusqu’à 14 000€, « on redescend petit à petit entre 10 000 et 12 000 € », note Christian Roussel.
Maisons de campagne
Autre segment du marché foncier rural, celui des maisons de campagne. La crise de la Covid-19 a déclenché, dès le premier confinement, un exode urbain « significatif », relève la Safer. Celui-ci s’est traduit en 2020 par une hausse des transactions de 6% en nombre (9155) et de 11% en valeur (1,9 Md€). Les destinations phares ? « La ferme dans les Cévennes, le domaine viticole à vingt mi- nutes de Montpellier, la couronne toulousaine pour y ouvrir des chambres d’hôtes ou un centre équestre », résume Frédéric André, DG de l’établissement foncier. D’autres territoires attirent, à l’instar de l’Ariège, du Lot ou bien encore de l’Aveyron, terre d’accueil d’ingénieurs aéronautiques victimes de la crise et en quête de reconversion.
Urbanisation
Dans une région où la population s’accroît de 40 000 habitants par an, l’évolution du marché destiné à l’urbanisation « nous intéresse aussi au plus haut point », poursuit Christian Roussel. En 2020, 5 138 ha ont été artificialisés, un chiffre en légère baisse par rapport à 2019 en raison de la crise sanitaire. Ce repli ne devrait pas se poursuivre, regrette-t-il, relevant que les plus gros départements consommateurs sont l’Hérault, le Gard, la Haute-Garonne et, dans une moindre mesure, l’Aude. Ces terres qui sortent de l’activité agricole ne jouent pas en faveur de la souveraineté alimentaire, l’une des priorités de Dominique Granier. Pour y parvenir, la Safer soutient l’installation de jeunes agriculteurs, parmi lesquels 50 % veulent faire du bio.
