Mobilité urbaine : où en sont les projets de rocades routières en Occitanie ? (enquête)
Avec plus de 50.000 habitants supplémentaires chaque année en Occitanie, comme le rappelle fin décembre l’Insee, les enjeux de mobilité dans les grandes villes deviennent cruciaux. Difficultés pour mettre en place des financements croisés, longueur dans l’instruction des dossiers, différends politiques, complexités de réalisation dans des secteurs vite gagnés par l’urbanisation… Tour d’horizon :
Face à la saturation routière à Toulouse aux heures de pointe, l'État a lancé le 4/12 « une étude sur l’engorgement routier de l’agglomération et les perspectives pour y remédier ». D'un montant de 3 M€, ses résultats seront connus en fin d'année. « C’est une première avancée, se réjouit Jean-Luc Moudenc, maire LR de Toulouse. Nous sommes la seule grande agglo de France sans projet de contournement (mais une rocade est déjà opérationnelle, NDLR). » Favorable à la construction d'une seconde rocade, Jean-Luc Moudenc attend que « ce projet soit – enfin – étudié pour améliorer les déplacements de dizaines de milliers d’habitants ». Afin de séparer les flux locaux et les flux de transit, cette 2e rocade serait « à l’est à la charge du concessionnaire privé (ASF) et financée par le péage, et à l’ouest à la charge des collectivités, pour relier les morceaux de rocade existantes (Arc en Ciel et Voie Lactée) », précisait Jean-Luc Moudenc en février 2017. Mais un jour, l’urbanisation ira miter les espaces et on ne pourra plus l’aménager. » La 2e rocade est jugée « pas opportune » par Georges Méric, président du CD 31, qui rappelle que la question a déjà été débattue, puis abandonnée, en 2008.
À la différence de Toulouse, Montpellier n’a pas de rocade. Il y a certes, depuis mai 2017, un boulevard urbain à 2X3 voies (A709, ex-autoroute A9), au sud, avec la mise en service, sur 25 km, d’une nouvelle autoroute A9, dédiée au seul trafic de transit. Mais il reste à réaliser la déviation est (DEM, maîtrise d’ouvrage : CD 34) et le contournement ouest (COM, maîtrise d’ouvrage : État). Ces deux branches connecteront l’A750 (flux arrivant au nord de la métropole) et l’A709, et désengorgeront le trafic.
- DEM : objectif 2024. La finalisation de la DEM (environ 3 km, entre la rue de la Vieille Poste et l’A709, pour un coût de 45 M€) sera supportée à parts égales entre la Métropole de Montpellier (3M), le CD 34 et la Région. Après avoir été longuement ensablé - concertation lancée en septembre 2012 -, le projet repart : le 20/12, les élus de 3M ont soumis un tracé alternatif aux quatre options du CD 34. Cette nouvelle variante (dont on ne sait pas à ce jour si elle sera retenue par le CD 34) a, d’après Philippe Saurel, le mérite de « préserver le Mas de Calage, les zones agricoles de Verchant et un de nos réservoirs d’eau enterré, à côté duquel une usine de potabilisation sera construite d’ici 10 ans ». Bloqué depuis 10 ans, le projet de finalisation de la DEM, pourtant modeste, illustre les retards que les divergences politiques peuvent générer sur la réalisation d’aménagements structurants. D’un côté, la Métropole accuse le CD 34 d’avoir stoppé la DEM en 2012. De son côté, le CD 34 indique que la Métropole de Montpellier et la Ville de Montpellier ont été saisies sur ses 4 variantes et n’ont pas répondu entre 2012 et 2017. Le CD 34 s’étonne par ailleurs que « seule la Métropole s’exprime sur ce dossier, et pas la Ville de Montpellier ».
Côté opérationnel, « la 2ème phase de concertation, à laquelle seront soumis deux fuseaux, et l’enquête publique de la DEM devraient avoir lieu en 2019, après les études d’avant-projet et environnementales en 2018 », confie Olivier Mathieu, directeur adjoint du pôle routes et transports au CD 34. Suivront acquisitions foncières et l’archéologie préventive, pour un démarrage des travaux, « si tout s’enchaîne bien », en 2022/2023 et une mise en service 18 mois après.
- COM : vers une réalisation par tranches. Concernant le COM, il s’agit d’un projet plus lourd, à réaliser entièrement (6 km, entre 230 et 250 M€). Il s’agit d’un aménagement à 2x2 voies, avec carrefours dénivelés, d'un itinéraire existant entre Juvignac et Saint-Jean-de-Védas. L'autorité environnementale et le commissariat général à l'investissement devraient être saisis à l'automne, et l’enquête publique avoir lieu en 2019, indique la préfecture de région. L’État n’exclut pas « une réalisation progressive sur plusieurs années, en fonction des financements mis en place » et ne s’engage pas sur une date de livraison. « La date de son achèvement dépendra du rythme de mise en place des financements qui devrait être évoqué dans le cadre du prochain contrat de plan État/Région. »
Vinci Autoroutes pourrait participer à hauteur de 50 à 70 M€, pour le raccordement du COM à l’A709. Un point spécifique se pose sur l'aménagement du carrefour de Genneveaux (route de Lavérune) de façon coordonnée avec la future ligne 5 de tram, dont la maîtrise d'ouvrage est assurée par la Métropole de Montpellier. Pour permettre cette réalisation coordonnée, la Métropole de Montpellier, gestionnaire de l'itinéraire routier existant entre l'A750 et l'A709, « pourrait, sans délégation, être maître d'ouvrage de l'aménagement de ce carrefour (dénivellation), indique la préfecture de région. Une coordination technique avec l'État devrait se faire pour préparer l'intégration de l'aménagement de ce carrefour dans l'aménagement global de l'itinéraire qui sera porté par l'État ».
Ces infrastructures (DEM et COM) sont jugées « essentielles, pour fluidifier le trafic et limiter les nuisances » par Philippe Saurel, président de la Métropole. « À ce jour, tout le trafic interrégional descendant du Massif central et se rendant à l’est, dans la vallée du Rhône ou en Paca, passe par Montpellier. Ces deux barreaux manquent au plan de circulation du contournement routier de l’agglomération. »
Nîmes : pas de contournement ouest avant 2025. Dès 1999, le projet d’un contournement routier à l’ouest de l’agglomération de Nîmes, reliant la route d’Alès et l’A9, est inscrit dans le dossier de voirie d’agglomération (DVA) de Nîmes. Après 15 ans d’atermoiements, le projet est enfin inscrit au contrat plan État-Région (CPER) 2015-2020. La concertation publique de 2017 permet de retenir un tracé de 10 km environ. Le montant global de cette future 2x2 voies est estimé entre 160 M€ et 180 M€. 10 M€ ont déjà été débloqués pour le financement des études et les acquisitions foncières (50% par l’État et 50 % par les collectivités locales). Maîtrise d’ouvrage : Dreal Occitanie. Prochaine étape : « Nous allons saisir l’autorité environnementale et le commissariat général aux investissements (CGI) au 1er semestre, explique Patrick Burté, directeur adjoint des transports à la Dreal Occitanie, et lancerons au 2d semestre les études techniques et d’impact (bureau d’études : Sitétudes, agence de Montpellier, NDLR). » L’enquête d’utilité publique serait lancée au 2d semestre 2019. « Si tout se déroule normalement, nous pourrions tabler sur une livraison des travaux vers 2025/2026, sous réserve que nous obtenions les crédits nécessaires dans le cadre du prochain CPER. »
Perpignan : finalisation de la rocade. Déclaré d’utilité publique en 2004, la rocade ouest de Perpignan est réalisée sous maîtrise d’ouvrage du CD 66. Cette liaison routière rapide à 2X2 voies contourne la ville de Perpignan par l'ouest. Elle sera mise en service d’ici l’été. Elle comprend deux tranches, la section nord, achevée en 2013 (59 M€, 2,8 km), et la section centre (39 M€), en cours, qui permettra à terme de relier la route de Narbonne au nord (RD 900) et la route d'Argelès au sud-est (RD 914). Autres travaux en cours : le doublement de la pénétrante ouest (1,1 km) entre le péage sud de l'autoroute A9 et le giratoire Mailloles.
Narbonne : chantier en cours. Programmée depuis… 1976, la rocade Est de Narbonne (emprise : 12 ha, 2,7 km sur deux voies) est en cours de réalisation depuis mars 2017. Sous maîtrise d’ouvrage du Département de l’Aude, ce chantier de 12 M€ (financeurs : État, Région, CD 11, agglomération du Grand Narbonne) permettra de relier d’ici fin 2018-début 2019 le rond-point de la route de Coursan à l’entrée Est de Narbonne. Il va fluidifier la circulation dans le centre-ville de Narbonne. Ce chantier nécessite un remblais de 2,5 m du niveau naturel du sol (zone inondable), 13 ouvrages d’art, 2 giratoires, des aménagements paysagers et des écrans anti-bruits sur 90 % du linéaire.
Rodez : près de 45 M€ prévus. En Aveyron, l'aménagement de trois carrefours (Saint-Félix, Moutiers, Saint-Marc) répartis le long de la RN 88 a pour but d'améliorer la circulation sur la rocade de Rodez. Soumis à une concertation publique organisée du 23/11/2017 au 5/1/2018, le projet - porté par la Dreal Occitanie, en partenariat avec le Département, la Région et Rodez Agglomération - devrait mobiliser un investissement compris entre 39 M€ et 45 M€. L'enquête publique devrait être bouclée avant fin 2019 pour un lancement des travaux programmé à l'horizon 2020.
Montauban : le boulevard ouest avance. Du côté de Montauban (82), les travaux du Boulevard urbain ouest - rebaptisé Boulevard d'Occitanie - se poursuivent. Intégré au PLU de la Ville de Montauban dès 2004, le chantier a débuté en 2007, sous maîtrise d'ouvrage du Grand Montauban. Objectif d'ici à 2020 : désenclaver l'ouest du département du Tarn-et-Garonne, grâce à un tronçon de 15 km, reliant l’échangeur autoroutier d’Aussonne (zone nord) à celui des Parages (au sud de Montauban). Après l’inauguration en mars 2016 du tronçon 1B (reliant la route de la Vitarelle à la route de Lamothe et offrant une desserte facilité de la zone industrielle nord), les travaux du tronçon 1C débutent le mois prochain pour une ouverture prévue fin 2019. Coût : 11,5 M € hors études.










