L'intérim, éternelle variable d'ajustement de l'emploi
Plébiscité par certains, critiqué par d’autres, le travail temporaire joue plus que jamais – et en particulier depuis ces deux dernières années – son rôle de variable d’ajustement de l’emploi. En Occitanie, l’intérim n’a toujours pas retrouvé ses niveaux d’avant-crise et accuse un recul de 4,6 % entre novembre 2019 et novembre 2021 (source : Prism’emploi Occitanie).
Un paradoxe quand on rapporte qu’à la clinique du Parc, établissement phare du groupe de santé privé Clinipole (2 000 salariés, Castelnau-le-Lez - 34), « le budget intérim a doublé entre 2019 et 2021 », indique Élodie Lucci-Manzanera, DRH. Ou quand Maud Zaoui, responsable des ressources humaines intérimaires chez Adecco Médical Occitanie (six agences), explique qu’ « entre 2020 et 2021, le nombre de demandes de missions à pourvoir en intérim a grimpé de 80 % ». Et la santé est loin d’être le seul secteur concerné par cette hausse. Chez City Intérim, agence multi-sectorielle, « l’intérim pèse aujourd’hui 30 % de l’activité en Occitanie, contre 15-20 % en temps normal », témoigne Étienne Mauger, directeur régional Occitanie du groupe City One (siège à Toulouse). Même tendance pour l’agence LIP Intérim à Montpellier qui enregistre une progression d’environ 10% de son activité : « Nous comptons beaucoup de cas Covid chez nos intérimaires et les entreprises subissent aussi ce phénomène. Le secteur du second œuvre dans le bâtiment est particulièrement touché, tout comme les ateliers des concessions automobiles. »
Flexible
D’une part, l’intérim répond aux besoins urgents en main d’œuvre liés à la conjoncture actuelle ; d’autre part, il séduit de nombreux actifs en quête d’une plus grande flexibilité. « Nous avons été contactés par des soignants en poste souhaitant quitter leur structure pour travailler en intérim, note Maud Zaoui. Ces personnes veulent continuer à exercer en ne dépendant plus d’une seule structure. » Jean-Régis Tarasewicz, secrétaire général de la FFB Occitanie, reconnaît qu’« il est possible que l’intérim (...) soit devenu une forme de travail choisie, probablement accélérée par la pandémie ». Plus souple et plus intéressant financièrement pour le salarié (l’indemnité de fin de mission représente 10 % du salaire brut), l’intérim se défait aussi peu à peu d’une image de précarité. « Ce n’est plus un frein pour accéder à la propriété », assure Pascale Gardès, directrice de l’agence d’intérim montpelliéraine Vitalis Médical.
La question du coût
Pour autant, cet engouement pour l’intérim ne signe pas la fin des CDD et CDI. « Dans le bâtiment, par rapport à 2019, les effectifs salariés ont progressé de 5,4 % alors que l’intérim a reculé de 13,4 % », souligne Jean-Régis Tarasewicz. Le dirigeant des entreprises de bâtiment Martinazzo (48) et Ferrer Sud(34) PascalCarlos explique:«L’absentéisme n’est pas compensé par un recours à l’intérim car la durée des missions est trop courte. »
Sans oublier le coût élevé d’un travailleur intérimaire pour l’employeur, comme le relève Hubert de Faletans, gérant du restaurant l’Esprit du Sud-Ouest à Blagnac (31) et président de la branche restauration de l’Umih 31 :« Le coût d’un intérimaire est près de deux fois plus élevé que celui d’un salarié normal. Compte tenu de la baisse importante de nos marges liées au recul de la fréquentation, le recours à l’intérim n’est pas du tout rentable. » Vice-président de l’organisation professionnelle de l’intérim Prism’Emploi Occitanie et gérant fondateur du groupe Caminarem, Matthieu Ourliac ne partage toutefois pas cet avis et pondère sur le coût réel de l’intérim pour un employeur : « La marge commerciale prise par les agences d’intérim se situe en moyenne à 15 % - 20 % en fonction des clients. C’est loin d’être le double d’un contrat de droit commun. Sur un Smic horaire à 10,5 € les agences d’intérim facturent en général un montant de 20 €. Mais ce montant inclut les charges, un coût similaire au CDD. Comme les congés payés où la prime de précarité. » Reste que l’intérim peut représenter une réponse d’urgence à la flambée actuelle de l’absentéisme liée au variant Omicron, qui pourrait durer encore plusieurs semaines.
