LGV Bordeaux-Toulouse : les collectivités de Nouvelle-Aquitaine freinent des quatre fers
Le Grand projet ferroviaire du Sud-Ouest (GPSO) est loin de faire l’unanimité auprès des collectivités de Nouvelle-Aquitaine. Alors que leurs homologues d'Occitanie valident les unes après les autres leur participation financière avec pour objectif de réunir les 14,3 Md€ nécessaires à la réalisation du projet (10,3 Md€ pour la LGV Bordeaux-Toulouse et 4,3 Md€ pour Bordeaux-Dax), le maire écologiste de Bordeaux, Pierre Hurmic, annonce qu’il ne financera pas la future liaison. L’édile « dénonce le projet insensé de la ligne ferroviaire à grande vitesse » au sud de sa ville vers Toulouse et Dax et lance même un appel sur internet pour « fédérer les opposants au nom du dogme de la grande vitesse ». Pierre Hurmic demande « qu’au projet LGV-GPSO soit substitué un projet ferroviaire alternatif, pragmatique, respectueux des enjeux écologiques, des territoires et de leurs habitants : une liaison ferroviaire européenne, rapide et le plus tôt possible ».
Des propos condamnés par Carole Delga
Des propos que n'apprécie évidemment pas la présidente de la Région Occitanie, qui s'est engagée à financer 1,2 Md€ du projet. « Je m'érige contre les petits égoïsmes parce qu'il est facile de parler quand on est à 2h de Paris et d'expliquer à des millions de Français qu'ils n'ont pas besoin d'être reliés aux autres et proches de la capitale, rétorque Carole Delga dans un communiqué directement adressé au maire de Bordeaux. Cet égoïsme est d'autant plus irresponsable qu'avec les autres collectivités d'Occitanie, nous avons financé à hauteur de 300 M€ la ligne TGV Tours-Bordeaux ! Je réaffirme avec force que, tout comme la ligne nouvelle entre Montpellier et Perpignan, cette LGV Toulouse-Bordeaux est indispensable pour notre pays. C'est pourquoi l'ensemble des collectivités concernées travaille main dans la main depuis des années pour faire de ce projet une réalité : ce rassemblement a permis de voir ces deux LGV devenir enfin réalité. » Carole Delga se dresse aussi « contre ces raccourcis fallacieux qui consistent à dire qu'il suffirait de faire des travaux sur la ligne existante. C'est complètement incohérent avec la volonté de développer les trains du quotidien parce qu'aujourd'hui la ligne Montauban-Toulouse est complètement saturée et nous ne pouvons même pas ajouter un train supplémentaire », rappelle la présidente.
Coup de frein
À un mois du bouclage du financement fixé par l'État, le projet du GPSO reçoit donc un sérieux coup de frein. La Ville de Bordeaux n’est, en effet, pas la seule collectivité de Nouvelle-Aquitaine à signifier son refus. Les départements de la Gironde, des Pyrénées-Atlantiques et du Lot-et-Garonne ont ces derniers jours officialisé leur contestation, estimant la participation demandée trop importante. Le Département du Béarn, présidé par Jean-Jacques Lasserre (Modem), réclame une nouvelle évaluation des participations et « conditionne également son éventuel engagement financier à un démarrage concomitant des travaux entre Bordeaux et Toulouse et ceux entre Bordeaux et Dax, ainsi qu’à l’engagement ferme et dans un délai raisonnable de la modernisation des voies existantes de la portion Dax-Bayonne-Hendaye et de la portion Dax-Orthez-Pau. »
Le tour de table était pourtant parti sur de bons rails. Après l'annonce de la participation de l'État à hauteur de 4,1 Md€, le Département de la Haute-Garonne a voté une enveloppe de 631 M€ et Toulouse Métropole une participation de 616 M€. L’État et les collectivités ont jusqu’à fin novembre pour signifier leur engagement afin de permettre la création de l'établissement public local (EPL) dédié au financement du projet, au plus tard le 31 mars 2022.
