Levées de fonds : la crise rebat les cartes
Dès le début du confinement, Arnaud Laurent, à la tête de l’accélérateur de start-up WeSprint (Montpellier, Toulouse, Marseille et Annecy), évaluait l’impact sur les levées de fonds en cours : « Soit le deal ne va pas se faire, soit il se fera mais sur un montant inférieur, soit la levée sera repoussée. » Au cœur de ce système, des investisseurs qui mesurent leur prise de risque et sont amenés à revoir parfois leurs critères.
Analyse du risque
« Au début de la crise, nous nous sommes beaucoup concentrés sur nos affiliés (180 entreprises en Occitanie et en Nouvelle-Aquitaine, NDLR), rapporte Bertrand Religieux, membre du directoire chez Irdi Soridec Gestion. Nous avons poursuivi l’étude de certains projets d’investissement mais dans des conditions retravaillées. Face au manque de visibilité, il a fallu mettre des marges de manœuvre supplémentaires dans le plan de financement de l’entreprise. » Sébastien Lacaze, dirigeant d'Eliis (traitement de l’image appliqué à la géophysique, Clapiers), le constate dans le cadre de son tour de table pour lever plusieurs millions d'euros. « En suivant de très près l’impact de la crise sur l’industrie pétrolière et en constatant, forcément, une certaine tension chez les fonds, j’ai décidé de remettre à plat notre business plan », explique-t-il. La levée est reportée. À la place, il opte pour de la croissance organique, grâce à laquelle il pourra investir 2,5 M€ dans les deux prochaines années. En plein confinement, l’association de business angles Melies décide, de son côté, d'accorder un bridge (financement à court terme) à la start-up montpelliéraine Algodone (micro-électronique). « Cela a un effet de levier sur d’autres investisseurs et aide à passer la crise », explique Gilles Roche, président de Melies. Depuis le confinement, celui-ci constate une frilosité à rejoindre Melies chez les investisseurs potentiels : « le risque est énorme, il faut des incitations fiscales plus fortes ».
Nouveaux critères
Les investisseurs seraient donc en train de revoir leurs critères. « Nous allons être particulièrement attentifs à l’accompagnement, en priorité, des entreprises évoluant dans des secteurs forts tels que la santé, les énergies renouvelables, la transition énergétique, la digitalisation, l’agroalimentaire, le recyclage, le bien-être et le bien-vieillir, confirme Bertrand Religieux. Isabelle Prevot, directrice du Business Innovation Center (Montpellier), y croit : « La volonté affichée des investisseurs de revoir certains de leurs critères d’attribution de fonds n’est pas que de la communication. Il y a une envie et une volonté d’aider les entreprises qui réfléchissent au "monde de demain" ». Emmanuel Bobin, directeur de l'accélérateur Open Tourisme Lab (Nîmes) confirme : « Les entreprises à impact, engagées en termes d'écoresponsabilité, sont davantage regardées. »
