Le crowdfunding décomplexé et légalisé
Les nouvelles règles du jeu du crowdfunding viennent d’entrer en application le 1er octobre. Elles posent un cadre règlementaire légal, qui non seulement décomplexe la profession mais lui donne une légitimité aussi bien vis-à-vis des clients que des autres partenaires financiers.
Qu’est-ce que le nouveau règlement du financement participatif change à la profession ?
Depuis le 1er octobre, ce nouveau règlement crée un statut spécifique au financement participatif ou crowdfunding. Celui-ci est certes assorti d’un certain nombre d’obligations comme l’affichage d’une série d’informations légales, de procédures de contrôle… afin d’avertir les investisseurs des risques potentiels. Mais cette réforme nous donne un véritable statut de professionnel.
De plus il est intéressant de noter que le législateur s’est inscrit dans une démarche très ouverte, puisque le ministre de l’économie Emmanuel Macron, nous a donné rendez-vous à Bercy fin décembre pour faire le point sur les premiers mois de la réforme.
Et sur l’exercice-même du crowdfunding, quelles sont les évolutions ?
Les nouvelles règles permettent de faire sauter des verrous administratifs et nous donne la possibilité de lever 1 M€ par projet sur 12 mois glissants. Auparavant le seuil de collecte n’était que de 100 K€. Même chose pour le nombre des actionnaires qui passe de 49 à 150 personnes.
Nous devenons ainsi un véritable acteur du financement qui s’inscrit dans un cadre réglementaire et régulé, ce qui nous donne une crédibilité plus forte et renforce la confiance auprès des investisseurs.
Avant ces réformes, l’activité de crowdfunding était-elle dynamique ?
Sur le 1er semestre 2014, les fonds collectés par la quarantaine de plateformes de crowdfunding, qu’elles soient de dons ou de prêts, se sont élevés à près de 70 M€, soit le double des sommes collectées sur la période, en 2013.
Pour ce qui est de Wissed, l’entreprise a collecté 3,3 M€ pour 10 start-up sur une durée de 7 mois à fin juillet 2014. Sur les 12 mois de 2013, elle avait réuni 3,6 M€ pour 15 jeunes entreprises. Mais c’est en 2012, qu’il y a eu globalement une accélération dans le recours au financement participatif, car c’est devenu un outil beaucoup plus connu et des particuliers et des entreprises. De plus ce mode de financement permet de démocratiser l’investissement.
A quoi attribuez-vous ce dynamisme ?
Il y a un vrai besoin en amorçage en France, qui est peu couvert par le système bancaire. De plus la crise en 2008, qui a fortement impacté le secteur bancaire, a créé une certaine méfiance.
Vous avez pourtant un partenariat avec les banques ?
En effet nous avons un partenariat avec l’Atelier BNP Paribas.
Ce dernier agit par l’intermédiaire de l’Open Innovation Lab, qui sélectionne de jeunes projets répondant aux enjeux d’innovation et joue un rôle de tremplin en offrant aux start-up un accompagnement plus pérenne.
Quels sont vos relations en règle générale avec les banques et les business angels ?
Au tout début, les business angels avaient tendance à nous considérer davantage comme des concurrents. Depuis, des partenariats ont été noués avec des réseaux de business angels, afin de travailler en complémentarité.
Pour ce qui est des banques, alors qu’elles sont peu ou prou sur l’amorçage, elles nous regardaient avec intérêt. Je pense qu’avec ce nouveau statut, il y a des coopérations intelligentes à faire et que nous pouvons être très bien complémentaires.
Propos recueillis par Anne-Marie Véziat
Encadré
Wiseed en chiffres
Création 2008
Opérationnelle juin 2009
40 entreprises financés
9 M€ cumulés
Une communauté de 30 000 membres
Tour moyen par société : 200 K€
Ticket moyen par investisseur : 2 500 €










