la lettre M

Languedoc-Roussillon
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Agri - Agro
| 13/04/2021

L'agriculture terrassée par le gel

Hallucinant, catastrophique… Le président de la fédération des vignerons indépendants de l’Aude, Alexandre They, cherche ses mots pour décrire l’état du vignoble après l’épisode de gel subi dans la nuit du 7 au 8 avril alors que la vigne est à une étape cruciale de son développement. « La quasi-totalité du département (près de 70 000 ha de vignes, NDLR) est touchée, jusqu’à certaines zones du littoral, en général épargné par le gel ». Plus de la moitié du vignoble est touché à 80 %, selon le vigneron audois. En termes de dégâts, « tout dépendra de la force du gel sur la souche », ajoute celui qui va surveiller avec anxiété ses vignes dans les prochaines semaines. Mais l’espoir est faible : « Une grosse partie de la surface viticole ne sera pas vendangée cette année ».

Dans l’Hérault, où les températures sont descendues jusqu'à - 8°C, les chiffres sont tous aussi alarmants : « 100 % des surfaces viticoles (80 000 ha, NDLR) sont concernés, déclare Jérôme Despey, président de la chambre d’agriculture. Autour du Pic Saint Loup, dans le Biterrois, le Faugérois, plus de 80 % des vignes sont touchés, un peu moins dans le Minervois. » Si la viticulture est l’activité agricole dominante en ex-Languedoc-Roussillon, l’arboriculture et le maraîchage ne sont pas épargnés. « L'abricotier, plus fragile et moins protégé, est plus impacté que la pêche nectarine, explique Raphaël Martinez, directeur de la fédération fruits et légumes d'Occitanie. Le Tarn-et-Garonne, l'Hérault et le Gard sont les plus touchés. Les Pyrénées-Orientales s'en sortent mieux. ». Dans le Gard, la coopérative Conserve Gard fait état de 50 à 80 % de pertes sur les pêches, les cerises et les abricots.

Désastre économique
Si l’état de calamité agricole va être déclaré, ne pourront y prétendre que les activités qui ne peuvent s’assurer contre le gel. C’est le cas de l’arboriculture mais pas de la viticulture. Or « peu de viticulteurs sont assurés », déplore Alexandre They. Idem dans l’Hérault où seuls 16 % des surfaces viticoles sont assurés. Pour le président de la chambre d’agriculture régionale, Denis Carretier, « le dispositif assurantiel n’est pas suffisamment attractif ». Le ministre de l’Agriculture veut rassurer les viticulteurs : « Nous allons travailler à d’autres dispositifs comme les dispositifs fiscaux habituels pour alléger les trésoreries ».

Pour Boris Calmette, président de Coop de France Occitanie, ces aides seront indispensables : « La partie ex-LR a perdu quasiment la moitié de sa récolte à venir (12 Mhl en 2020), en termes de perte de chiffre d’affaires, cela avoisine les 500 M€ », à côté des charges fixes des structures qui, elles, ne sont pas gelées. Autre effet redouté, la perte de marchés, à l’export notamment. « Quand il y a une petite récolte, les metteurs en marché vont s’approvisionner ailleurs, en Italie et en Espagne. Des marchés perdus sont toujours difficiles à récupérer, alerte Jérôme Despey qui en appelle à la responsabilisation du négoce. « Nous sortons déjà d’une année 2020 très compliquée, rappelle Alexandre They. Ce gel, c’est l’estocade. »

Nelly Barbé, avec la rédaction
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