La pénurie de matériaux freine la reprise économique
Conséquences de la crise sanitaire mondiale, certains secteurs d’activité enregistrent des tensions sur les matières premières. « Les États-Unis et la Chine les achètent plus cher pour que leur économie reparte plus vite », explique Alexandre Vachet, président d’Union Matériaux (34). Principal secteur touché : le BTP. « Nous subissons une hausse de 30 à 35 % des prix du bois, notamment le bois prêt à l’utilisation. Résultat, nous rognons nos marges, confirme Gilbert Campana, dirigeant de Sud Charpente (11). Ce manque de matériaux (bois, acier, quincaillerie, polyuréthane…) ralentit les chantiers, déplore la fédération du bâtiment de l’Hérault (FFB 34). Frédéric Carré, président de la FFB Occitanie, craint même « leur arrêt avec le risque de devoir placer nos salariés en chômage technique ».
Adaptation
Les négociants en matériaux sont à la peine. « Nous pilotons à vue et nous nous appuyons sur les [bonnes] relations nouées avec nos fournisseurs pour livrer nos clients dans les temps », indique Alexandre Vachet. La filière de l’immobilier tend le dos. « Il n’y a pas encore de conséquences avérées liées à cette pénurie sur les programmes. La maîtrise d’œuvre s’organise et les entreprises arrivent pour l’instant à absorber les délais, indique Pascal Brunel, vice-président FPI Occitanie Méditerranée. S’il faut de la résilience à tous les niveaux, ce contexte ne doit pas perdurer car des programmes pourraient alors être décalés. » Même si les maîtres d’ouvrages sont compréhensifs, les pénalités tombent. « Nous avons eu 300 € de pénalité par jour sur deux semaines de retard », pointe Fabien Labbé, dirigeant de Zonca (menuiserie alu - 34).
Au sein de l’usine NTN-SNR Cévennes (30), l’approvisionnement en semi-conducteurs se durcit. L’entreprise Orosys (34) révise la conception de ses matériels audionumériques « en fonction des puces que nous arrivons à trouver, explique Guillaume Pille, le dirigeant. Au-delà du coût, ces modifications de schémas électroniques mobilisent la R&D qui, en attendant, ne développe pas de nouveaux produits.» Autre effet de la pénurie : « le prix du produit final, en hausse de 5 à 6 % », complète Samuel Corgne, dirigeant d’Ergosanté (exosquelette-30). Celui-ci dénonce aussi l’impact sur les transports : « les lignes de fret Asie-États-Unis ont été réactivées au détriment de l’Europe. Le coût des transports maritimes entre l’Asie et l’Europe ont bondi de 40 % ».
Les solutions
Pour le Gardois, « il faut maîtriser sa chaîne d’approvisionnement et “sourcer“ localement. » De son côté, la FFB34 note que « la clause de révision des prix et le gel des pénalités en cas de pénurie de matériaux avérée sont des solutions, mais les marchés actuels sont traités à prix et délais fermes ». Pour sortir de cette dépendance, « il faut ré-industrialiser en créant des filières courtes. Mais ça va prendre du temps », avance Pascal Brunel. Agnès Jullian, dirigeante de Technilum (mobilier urbain-34) observe toutefois que « la pénurie n’a pas suscité de grands élans de relocalisation. C’est bien dommage. »
