La finance voit son avenir en vert
Ruée vers l’or vert ! En septembre, les fonds français dits « durables » comptabilisaient un encours total de 719 Md€, en hausse de 56 % sur un an (source : Novethic, filiale de la CDC). Dopé par la crise sanitaire, l'engouement pour la finance verte ne semble pas prêt de s’essouffler tant les dispositifs se multiplient. Dernière illustration en date : l’annonce faite par Carole Delga durant la Cop26 du lancement, courant 2022, d’un « fonds souverain de la transition énergétique ». Doté de 10 M€, il devrait atteindre 200 M€ d’ici à quelques mois, espère la présidente de Région. Il sera abondé par des opérateurs publics et des investisseurs privés. À horizon 2026, la Région table sur un effet de levier de 2 Md€.
Lame de fond
Fonds privés, banques et entreprises ne sont pas en reste. « Une lame de fond se met en place », confirme Jean-Philippe Dubar au département Associations, ESS et Institutionnels de la Banque Populaire du Sud (siège à Perpignan). Courant septembre, la Caisse d’Épargne Midi-Pyrénées (1 600 salariés) est entrée au capital d’Enerfip, plateforme montpelliéraine de financement participatif dédiée aux énergies renouvelables (30 000 membres, plus de 125 M€ investis). De son côté, la société d’investissement régionale Irdi Soridec Gestion veut plus que jamais privilégier des secteurs résilients tels que les énergies renouvelables et le recyclage.
Les grands gagnants de cette tendance sont bien sûr les cleantechs telles que l’entreprise biterroise Dev’EnR, qui a levé mi-septembre 1 M€ via Enerfip. « L'opération s’est faite en un quart d’heure, preuve que la transition énergétique au plus près des territoires séduit », s’est réjoui Stéphane Bozzarelli, co-fondateur. D’autres provoquent leur chance en lançant leur propre outil de financement. Ainsi, Eco-Tech Ceram (66) a créé le fonds ETC Invest, doté de 30 M€. Objectif : accélérer le déploiement d'EcoStock, son accumulateur de chaleur haute température autonome qui fournit de la chaleur propre et rentable à partir d’un gisement de chaleur fatale. « Nombre d’industriels ne connaissent pas l'existence de notre process et ont du mal à obtenir les financements nécessaires pour des technologies de rupture », indique Antoine Meffre, PDG.
Sensibilisation
Pour autant, un travail de sensibilisation reste à faire. « La plupart des particuliers suivent les recommandations de leur conseiller bancaire mais ce dernier n’est souvent pas très informé en matière de placements verts », déplore Adrien Nguyen-Huu, maître de conférences à l’université de Montpellier. Avec Sébastien Duchêne, il a co-fondé un diplôme universitaire dédié à la finance verte. Selon lui, la multiplication des labels ”green” brouille les pistes. « La Commission européenne a lancé un projet de classification de ces placements. Mais cette démarche est critiquée car chaque pays a sa propre grille de lecture. Par exemple, le nucléaire est exclu mais la France milite pour qu’il soit intégré. » Le professeur alerte également sur les effets néfastes du ”greenwashing” : « Investir dans le vert sans désinvestir dans le ”brun” ne suffit pas. »
