la lettre M

Hautes-Pyrénées
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Industrie
| 9/10/2020

La construction d'une scierie à Lannemezan sème la discorde

Alors que le projet de construction d’une scierie, gérée par le groupe italien Florian dans la communauté de communes du Plateau de Lannemezan (65), fait débat, la présidente de Région Carole Delga tente d'apaiser les tensions. Elle indique que la Région ne prendra position quant à « un éventuel financement » qu’à l’issue d’ « une phase d’étude et de concertation indispensable […] impliquant l'ensemble des acteurs du territoire ». Le projet, prévu sur 2020-2021, représente un investissement de 11 M€ financé par l'industriel (60 %) et des subventions publiques, indique le contrat d'industrie du territoire d'industrie Comminges Neste.

Pour ses détracteurs, le projet est démesuré. « La quantité demandée en bois pour cette usine Florian entraînerait une dégradation importante du patrimoine des hêtraies pyrénéennes, avec de très forts impacts sur la biodiversité », estime le collectif d'associations environnementales SOS Forêt Pyrénées, qui parle d’un approvisionnement annuel de 50 000 m3 par an pendant dix ans. « Pour fournir les 50 000 m3 de grumes demandés par le groupe Florian, il faudrait couper en forêt un volume total de 400 000 à 540 000 m3 par an », affirme le collectif. Des chiffres contestés dans la presse locale par le maire de Lannemezan, Bernard Plano. « Quand on parle de mètres cubes de bois de sciage, on doit multiplier par le coefficient quatre pour obtenir le nombre de m3 réellement prélevés. Pour 50 000 m3, on doit donc prélever 200 000 m3 ». Un volume qui reste raisonnable selon lui puisque l’accroissement annuel de la forêt (2 % par an) engendre une augmentation du volume de bois de « 500 000 m3 annuels », rien que dans les forêts privées.

Florian répond
Le groupe Florian a lui aussi décidé de répondre aux inquiétudes, par le biais d’un communiqué diffusé le 9 octobre chez nos confrères de la presse régionale. « Il convient de préciser, en clarifiant d’éventuels doutes ou interprétations, que le groupe Florian n’effectue pas d’opérations mettant en péril l’environnement et la durabilité écologique des forêts. De plus le groupe lui-même n’opère que dans des conditions de régénération naturelle des forêts ou de reboisement maîtrisé », déclare l’industriel.

Des emplois potentiels ?
Au-delà de la dimension environnementale, la question de l’emploi divise également. Cet été, les scieries de la chaîne des Pyrénées, qui affirment représenter 250 emplois directs et 150 emplois indirects, craignaient que la ressource en hêtre ne soit pas disponible et que l’industriel italien vienne par conséquent s’approvisionner sur d’autres essences déjà exploitées par les TPE et PME en place. Carole Delga rappelle quant à elle que le projet de Lannemezan pourrait ouvrir des perspectives d’emplois. Même son de cloche chez Fibois Occitanie qui estime que la création d’une unité industrielle dans les espaces ruraux permettrait de créer de l’emploi dans des zones qui en ont besoin. L’interprofession rappelle cependant, comme la présidente de Région, l’importance de la co-construction d’un tel projet. « Nous avons besoin de nouveaux opérateurs pour gérer les forêts et valoriser le bois en Occitanie, mais cela doit se faire dans la concertation afin que tous les opérateurs soient assurés de leur approvisionnement en quantité et en qualité », affirme-t-on chez Fibois Occitanie.

Bérengère Bosi / bosi@lalettrem.net
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