Garonne : le soutien d’étiage atteint des records
« Le changement climatique est là », constate Jean-Michel Fabre, président du Smeag (syndicat mixte d’étude et d’aménagement de la Garonne). Cette année plus que jamais, les lâchers d’eau sur la Garonne ont dû venir compenser la sécheresse. « C’est l’une des plus grosses consommations jamais enregistrée à cette période de l’année… Et la saison n’est pas finie ! » confie-t-il à La Lettre M. « En juillet et août 2020, nous avons connu la plus faible pluviométrie depuis 60 ans et quatre périodes de températures très élevées ». Ainsi, EDF Hydro Sud-Ouest a déjà lâché cet été plus 45 M de m3 d’eau à partir des retenues hydroélectriques dont l’entreprise est concessionnaire.
69 M de m3 mobilisables
Les lâchers d’eau, qui peuvent être réalisés du 1er juillet à fin octobre, devraient atteindre cette année des niveaux jamais enregistrés. D’autant plus qu’EDF Hydro Sud-Ouest, le Smeag, l’Agence de l’eau Adour-Garonne et les services de l’État ont signé le 1er juillet dernier une convention qui a fait passer de 50 M à 69 M le nombre de mètres cubes réservés par EDF Hydro Sud-Ouest au soutien d’étiage sur la Garonne. « Si on lâchait l’intégralité des 69 M de m3, cela coûterait environ 5 M€ », indique Jean-Michel Fabre. Un coût supporté par tous les usagers, visant à indemniser EDF Hydro Sud-Ouest qui, lâchant des stocks d'eau, produira moins d'hydroélectricité au début de l'hiver. Il s’agit de « compenser le préjudice énergétique », explique Franck Darthou, directeur EDF Hydro Sud-Ouest.
Malgré le coût, le soutien d’étiage s’avère indispensable pour de multiples usages : l’agriculture, l’industrie, le maintien de la biodiversité ou encore la distribution d’eau potable. « À Toulouse, l’eau potable provient surtout de la Garonne et de l’Ariège. Si les niveaux y sont trop bas, la qualité de l’eau devient très mauvaise, et le coût pour la traiter augmente », précise Jean-Michel Fabre.
Les services de l'État et l'Agence de l'eau anticipent
La sécheresse record de 2020 pourrait avec le temps devenir la norme. Selon l’Agence de l’eau Adour-Garonne, « le bassin Adour-Garonne sera le plus exposé de l’Hexagone au changement climatique ». Dans ce contexte, les services de l'État et l'Agence de l’eau se sont réunis le 16 septembre pour travailler à « une stratégie de retour à un équilibre durable entre la disponibilité de la ressource en eau et l'ensemble des prélèvements dans les cours d'eau en utilisant tous les leviers disponibles : les économies d'eau, la création et l'utilisation des réserves, les solutions fondées sur la nature (restauration des cours d'eau, préservation des zones humides, renaturation des villes) ». Les propositions qui émergeront devraient être présentées aux préfets de sous-bassins et constituer « une nouvelle feuille de route État-Agence associant l'ensemble des acteurs pour répondre au défi de déficit quantitatif territoire par territoire ».
