Exclusif / Charles Champion (ATB ) : « Notre croissance restera maîtrisée »
Équipements mis en service cet automne, prévisions de trafic, ouvertures de lignes internationales… : Charles Champion, successeur d’Anne-Marie Idrac à la présidence du conseil de surveillance de la société Aéroport Toulouse-Blagnac (ATB), livre un entretien exclusif à La Lettre M.
Quelles sont vos premières impressions depuis votre arrivée chez ATB, le 1er août ?
Je connaissais bien sûr l’aéroport en tant que passager mais, vu de l’intérieur, je note la présence d’une très bonne équipe – composée d’un peu plus de 300 personnes, hors prestataires (sécurité, bagages) -, motivée par les nombreux projets de développement de cet équipement dynamique et bien ancré dans la région
Quels sont les premiers chantiers que vous allez mener ?
Je n’ai pas l’intention de révolutionner tout ce qui a été fait. Beaucoup de choses sont en cours, prévues dans le plan de développement arrêté avant mon arrivée. L’ouverture (au printemps dernier, NDLR) du poste d’inspection filtrage (PIF) unique se traduit déjà par une amélioration des temps de passage : moins de 15 minutes pour 100 % des voyageurs et moins de 10 minutes pour 90 % d’entre eux. Plusieurs autres chantiers importants (près de 50 M€ d’investissement au total, NDLR) vont aboutir d'ici à la fin de cette année : la jetée d’embarquement à pied construite dans le prolongement du hall A, dédiée aux compagnies régionales et celles dites low cost ; l’ouverture, début décembre, de nouveaux commerces et restaurants, situés après la zone duty free ; l’inauguration de l’hôtel 4 étoiles (148 chambres, NDLR) exploité par le groupe NH. Toutes ces opérations traduisent une volonté : améliorer notre offre passagers afin de nous mettre au niveau des grands aéroports régionaux européens.
La croissance record du trafic de l’aéroport enregistrée en 2017 - + 14,6 % - va-t-elle se poursuivre ?
Elle devrait se stabiliser autour de + 4 % en 2018 comme en 2019, année où nous devrions franchir la barre des 10 millions de passagers (9,2 millions en 2017, NDLR). Le cap des 12 millions de passagers - pour lequel l’aéroport s’est dimensionné – sera un jour atteint mais notre croissance restera maîtrisée.
Quels sont vos leviers de croissance ?
Les compagnies low cost ont déjà permis de développer fortement le trafic européen, en multipliant le nombre de destinations proposées. Reste la question des vols long courrier, sur laquelle nous travaillons. Vers la Chine - ça aurait un côté emblématique d’avoir une liaison avec Tianjin (49,99 % du capital d’ATB est détenu par le consortium chinois Casil Europe, NDLR) – mais également pourquoi pas les Émirats Arabes Unis et l’Amérique du nord, l’objectif étant que ces lignes soient rentables toute l’année, et pas juste l’été.
Quid de la diversification des activités d’ATB, inscrite dans « Grand Ciel », son plan stratégique 2014-2018 ?
Nous avons déjà investi dans la construction de deux salles de peinture d’avions, opérées par Sabena Technics et une troisième – adaptée aux monocouloirs comme l’A320 - doit être mise en service au 1er trimestre prochain. Une autre salle, dédiée aux gros porteurs type A350, est prévue vers la fin 2019. D’autres opérations de diversification pourraient être envisagées sur le foncier (700 ha, NDLR) mis à disposition dans le cadre de la convention de concession consentie avec l’État jusqu’en 2046. Des zones (environ 18 ha, NDLR) restent en effet à aménager au nord du périmètre de la concession, entre la fin du terminal et l’entrée de la piste du côté de Cornebarrieu. Rien n’est décidé à ce jour mais si du foncier devait être utilisé, cela se ferait en concertation avec Toulouse Métropole, la Ville de Blagnac et la Région.
Un dernier mot sur la vie de l’aéroport : le climat s’est-il apaisé entre les actionnaires ?
Rappelons d’abord que tous les actionnaires - y compris l’État français qui a indiqué ne pas avoir l’intention de vendre ses parts (10,01 %, NDLR) à court terme - ont confirmé qu’ils restaient actionnaires, ce qui facilite les choses. La gouvernance se partage certes entre des actionnaires privés chinois, des représentants des collectivités locales et l’État au travers de son Agence des participations, mais des instances d’échanges existent et mon objectif est que ces échanges se fassent de manière constructive et dépassionnée, dans l’intérêt de l’aéroport, et que les gens s’écoutent, même si, sur des sujets donnés, il peut y avoir des vues différentes. Globalement, quand on regarde les développements de l’aéroport, les résultats sont là et il n’y a aucune raison pour que demain, on ne décide pas de manière sereine des investissements à faire au niveau de l’aéroport.










