la lettre M

Région Occitanie
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Commerce - Artisanat / Emploi
| 25/11/2020

Déconfinement progressif : soulagement pour les uns, colère pour les autres

Restaurants, cinémas, discothèques : tous ne sont pas logés à la même enseigne, dans le cadre du déconfinement progressif, annoncé le 24 novembre par Emmanuel Macron. Si la plupart des chefs d'entreprise saluent le geste en faveur des petits commerces, d'autres se sentent stigmatisés. Tour d'horizon des réactions en Occitanie.

Les commerçants soulagés

C'est une certitude, les commerces non essentiels comme les salons de coiffure, librairies ou boutiques textiles rouvriront dès ce samedi 28 novembre. « Nous demandions des réouvertures encore plus tôt. Nous sommes enfin entendus. Pour certaines boutiques, la période de fin d'année représente entre 30 % et 40 % du chiffre d'affaires annuel », se félicite André Deljarry, président de la CCI de l'Hérault. « C’est une très bonne nouvelle pour les commerces qui attendaient cette annonce de pied ferme, surtout dans une période cruciale pour eux en termes de chiffre d’affaires, renchérit Valentine Wolber, adjointe déléguée aux commerces à la Ville de Nîmes, avant de pointer le frein psychologique : « Il va être difficile aussi de faire revenir les gens en centre-ville, on sent une certaine frilosité. » De son côté, Benjamin Serra, vice-président de la CPME 31 salue cette annonce, même s'il estime qu'il est « déjà trop tard » , en particulier pour les commerçants qui ne s'étaient toujours pas remis de l'épisode des gilets jaunes.

« La réouverture des commerces est une demande de l’UPE 30 depuis mi-novembre, on ne peut donc que se féliciter que le gouvernement l’ait entendue, rappelle Marco Lucca, son président. En effet, il est avéré que ça n’est pas dans les petits commerces que se propage le virus. Les commerçants se sont d’ailleurs adaptés dès le mois de mai pour mettre en place les mesures barrières et faire respecter le protocole à la lettre dans leurs établissements. »

Les restaurateurs en colère

Les restaurants, eux, pourront rouvrir le 20 janvier, à la fin du probable couvre-feu, et « si la situation sanitaire le permet », a insisté Emmanuel Macron. Trop tard, estime Jacques Mestre, président de l'Umih Languedoc-Roussillon : « Laissez-nous travailler ! Les restaurants qui ne prendront pas les précautions seront sanctionnés. Nous sommes même prêts à la prise de température. » Quid des nombreuses aides pour soutenir la filière ? « Arrêtons de parler des aides ! Le PGE, cela a été un bol d’oxygène mais ce n’est qu’un crédit qu'il faut rembourser. Nos recettes ont chuté en moyenne de 30 % à cause du protocole sanitaire qui nous a fait baisser de 30 % le nombre de couverts ou de places. Sans oublier les reports de crédits et les charges fixes qui tombent même quand on nous empêche de travailler... Les assurances ne sont-elles pas capables d’assumer 30 % de perte d’exploitation ? ».

Et d'avertir : « Au lieu du chômage partiel, ce sera le chômage pur et simple, comme ça on ne paiera pas les congés payés qu'on nous oblige à payer ! » Le porte-parole des restaurateurs dénonce enfin une inégalité de traitement : « Il faut que je prenne Roselyne Bachelot comme ministre pour qu’on rouvre comme les théâtres où il n'y a pas de circulation d'air contrairement à nos établissements du sud de la France avec terrasses ? »

Pour le restaurateur toulousain Benjamin Serra, le maintien de la fermeture des restaurants est incompréhensible. « Nous avons tout mis en place dans nos établissements pour assurer la sécurité. Et il a été constaté que les clusters naissent dans les familles, les universités ou les entreprises bien avant les restaurants! »​ déplore le chef d'entreprise.

Dans le Gard, la colère est palpable, témoigne Christophe Chalvidal, vice-président de l’Umih 30 et directeur de l’hôtel 5 étoiles Maison Albar Hotels - L'Imperator (80 salariés) à Nîmes : « Je suis content pour les commerçants, c’était la bonne décision à prendre pour eux, mais notre profession (restaurateurs, cafetiers, NDLR) est de nouveau la seule à être désignée comme LE vecteur de transmission du virus. À croire que les gens ne tombent pas malade ailleurs... »

Outre cette stigmatisation du secteur CHR, Christophe Chalvidal souligne le décalage entre les annonces présidentielles et la réalité sur le terrain : « Nous n’avons toujours pas reçu d’aides, le fonds de solidarité peine à arriver… » S'il estime que la prise en charge de 20 % du chiffre d'affaires pour les restaurateurs et cafetiers, évoquée par Emmanuel Macron, est « une belle avancée », il craint que cela ne soit pas suffisant pour compenser le poids des loyers et autres charges fixes. Et d’ajouter : « Nous n’avons pas de visibilité non plus quant à la pérennité d’une prise en charge du chômage partiel par l’État. Ce sera un des maillons faibles dans les mois à venir. Si cette prise en charge venait à être réduire, ce serait dramatique. »

Jeudi 26 novembre, à 14 h, plusieurs centaines de professionnels de la restauration et de l’hôtellerie de l’Hérault, du Gard et des Pyrénées-Orientales se joindront à leurs homologues des Bouches-du-Rhône dans le cadre d’une manifestation à Marseille réunissant les Umih du sud du pays. « Cela risque de dégénérer », redoute Jacques Mestre. « Les entreprises qui resteront fermées administrativement dans les prochaines semaines, comme les restaurants, pourront obtenir une aide correspondant à 20 % de leur chiffre d’affaires annuel, au lieu des 10 k€ en novembre. Pour un établissement qui génère 150 k€ en décembre, cela fait 30 k€. Cela peut calmer la grogne des restaurateurs », tempère André Deljarry, président de la CCI de l'Hérault.

Les bars et l'événementiel dans le flou

Inquiétude aussi pour les salles de sport, qui pourraient rouvrir le 20 janvier, « si le nombre de contaminations demeure en-dessous de 5 000 cas par jour », a précisé Emmanuel Macron, ou encore les bars et discothèques, sans horizon. « La dimension psychologique n’est pas à négliger. Ces activités de loisirs sont essentielles pour le lien social et en priver la population particulièrement à cette période cruciale de Noël aura des conséquences économiques mais bien entendu sociales », souligne Marco Lucca, président de l'UPE 30.

« Les bars et cafés font vivre le centre-ville. Tant qu’ils n’auront pas rouvert, l’ambiance va rester morose », annonce Valentine Wolber, adjointe déléguée aux commerces à la Ville de Nîmes, qui s'inquiète également pour les fournisseurs et prestataires. La Ville de Nîmes distribue dès ce week-end un kit de reprise destiné aux commerçants comprenant notamment des outils de signalisation à coller au sol de leurs boutiques pour le respect de la distanciation sociale. La municipalité lance aussi une plateforme de click and collect, achat-nimes.fr, dont l’abonnement sera gratuit pour les commerçants durant les six premiers mois.

De son côté, André Deljarry, président de la CCI de l'Hérault, milite pour un prolongement du crédit d'impôt de 50 % du montant du loyer abandonné jusqu'à ce que les entreprises, pénalisées par les différentes mesures sanitaires, voient le bout du tunnel. « Les bars, les discothèques, les salles de sport… L'événementiel aussi, puisqu’il est encore interdit d’organiser des rassemblements, le sport à haut niveau impacté par le huis clos, les sociétés de surveillance car il n’y a plus d’événements, les entreprises de nettoyage, les agences de voyage ou encore les fleuristes, les DJ et les photographes qui travaillent grâce aux mariages… » énumère-t-il.

La culture impatiente

Enfin, le monde culture devrait pouvoir revivre. Une réouverture des cinémas, théâtres et musées est prévue le 15 décembre, donc avant le début des vacances scolaires. « On attendait cette nouvelle depuis longtemps car les distributeurs et producteurs, dont nous dépendons, avaient mis au frigo leurs gros films type blockbusters, confie à La Lettre M Henry Maitre, président fondateur du développeur toulousain de salles de cinémas IDCiné. Surtout que la période est cruciale  : 20 % des entrées se font en décembre. » Le patron redoute toutefois une troisième fermeture administrative : « Les deux fermetures (lors du confinement et du reconfinement, NDLR) ont renforcé les plateformes, à l'image de Disney Plus avec le dessin animé Mulan qui est sorti directement en ligne, alors qu'il était attendu par les salles. L'intérêt d'aller le voir ensuite au cinéma est moindre et cela nous fait mal. Mais, heureusement, la France reste un pays de l'exception culturelle et l'industrie du cinéma a de belles années devant elle. » En témoignent ses projets d'ouverture dans des villes moyennes qui n'ont subi - pour l'instant - aucun retard, grâce au soutien des collectivités.

La rédaction
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