Covid : les avocats en droit du travail ne chôment pas
Des cadres en fin de carrière victimes d’une réorganisation et des employés et ouvriers licenciés « sans préavis ni indemnités » par de petites sociétés à la trésorerie fragilisée. Voici les profils des clients, à l’ère de la Covid, de Fabien Danjou, avocat montpelliérain qui défend des salariés en litige avec leur ex-employeur. « Si l’entreprise survit, son patron se dit qu’il paiera avec un dénouement dans un an et demi. Si elle est liquidée, il s’en remettra à l'assurance de garantie des salaires (AGS, financée par une cotisation patronale obligatoire, NDLR) », analyse-t-il.
Réduction de salaire et mobilité imposée
A Toulouse, les nouveaux venus sont « principalement des cadres dans des sociétés de prestation de services impactées par la crise dans l’aéronautique », raconte Solène Mérieux, avocate en droit du travail installée à deux pas du Palais de justice. Des clients qui « s’inquiètent de leur avenir, de la réduction des salaires dans le cadre des accords de performance collective, des mobilités imposées », énumère celle qui croule sous des dizaines de dossiers. Son activité porte aujourd'hui essentiellement sur du conseil aux employeurs et employés, crispés par leur situation financière, avant de franchir l'étape judiciaire. « En plus des syndicats, ils ont besoin d'un regard extérieur », observe-t-elle avant de confier que « la fin d'année sera encore plus intense » car les clients qu'elle conseille actuellement pourraient passer à l'action... Cette hausse d’activité a été perceptible dès le mois de juin à Montpellier. « Il y a eu beaucoup de demandes, même en août, habituellement calme. Les gens se sont occupés de leurs problèmes au lieu de partir en vacances », résume Fabien Danjou, alors que les audiences étaient de nouveau à l’arrêt, cette fois-ci en raison de la traditionnelle pause estivale.
Délais allongés de six mois
Si le travail dans les cabinets ne manque pas, l’effet Covid se ressent aussi sur les audiences reportées dû au confinement. Dans le meilleur des cas, le retard sera rattrapé d’ici la fin d’année. « À Montpellier, la section cadres du conseil de prud'hommes est très chargée. Il faut compter six mois, comme avant la crise. À Nîmes, les délais sont plus longs », assure-t-il. « À Toulouse, le contentieux repart mais pas à un rythme effréné », note de son côté Solène Mérieux, rappelant que « les délais se sont aussi allongés en début d'année à cause de la grève de la profession ». En temps normal, un mois et demi peut s’écouler avant une première convocation. Aujourd’hui, il faut compter entre cinq et six mois dans les sections les plus en tension, en particulier celles liée aux activités diverses regroupant l’hôtellerie-restauration, le ménage, etc.
« Fraude au dispositif d’activité partielle »
Enfin, autre effet de la Covid : de nombreux salariés se plaignent d’avoir été contraints de télétravailler alors qu’ils étaient officiellement en chômage partiel. « De l’immobilier à la santé, des entreprises de toutes tailles sont concernées. Il y a un écart entre le discours gouvernemental sur les contrôles et la fraude au dispositif d’activité partielle », déplore Fabien Danjou.
