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| 14/04/2020

[Covid-19] Le secteur de la propreté en première ligne

« 95 % de nos entreprises qui travaillent en B to B sont impactées, avec une perte moyenne de chiffre d’affaires de 60 % », annonce à La Lettre M Philippe Jouanny, président de la Fédération des entreprises de propreté et services associés (FEP) en amont de la parution des résultats d’une première étude d’impact sectoriel réalisée au niveau national. « Ces résultats, qui concernent un peu plus de 650 TPE, PME et ETI, doivent encore être consolidés avec ceux relatifs aux grandes entreprises mais ils donnent la tendance générale », précise-t-il, rappelant que le monde de la propreté représente, en France, quelque 12 000 entreprises d’au moins un salarié, 550 000 emplois et un chiffre d’affaires supérieur à 16 Md€. Philippe Jouanny souligne également que « presque neuf entreprises sur dix ont recours au dispositif d’activité partielle pour environ 60 % de leurs effectifs ». Sans surprise, les entreprises qui maintiennent une activité sont « celles qui travaillent pour les secteurs de la santé au sens large, du commerce, du transport, sans oublier l’habitat, avec la gestion des déchets des copropriétés ».
En Occitanie - où l’on recense 1 300 établissements et 33 500 salariés dans le secteur de la propreté -, c’est par exemple le cas de l’entreprise d’insertion gardoise Languedoc Service Propreté (55 salariés, CA : 1 M€, bureaux à Montpellier, Nîmes et Alès, siège à Anduze). Son directeur général, Benjamin Van Der Wildt, s’estime chanceux de pouvoir continuer à assurer 70 % de son chiffre d’affaires grâce à l’entretien de résidences d’habitation. Car l’activité d’entretien de bureaux, commerces et cabinets médicaux (30 % du CA) est quant à elle complètement à l’arrêt depuis la mi-mars : « Tous les salariés de bureaux sont en télétravail et les ordres nationaux des chirurgiens-dentistes et masseurs-kinésithérapeutes ont demandé à ces professionnels de fermer leurs cabinets. » Le dirigeant demeure toutefois plutôt confiant : « Nous ne travaillons quasiment que sous contrat annuel et facturons mensuellement. Dès que la crise sera terminée, nous devrions donc reprendre l’activité » En attendant, Languedoc Service Propreté vient aussi d’être contactée par la Croix-Rouge « pour intervenir dans des locaux destinés à héberger des personnes sans domicile fixe. Ainsi, nous entretenons, trois fois par semaine, l’ancien institut médico-éducatif d’Alès. »

Un manque d’équipements de protection

Pour assurer toutes ces interventions, l’entreprise a équipé ses salariés en gants et gel hydroalcoolique, mais aussi en produits virucides. Des équipements indispensables qui ont parfois fait défaut ces dernières semaines, poussant la FEP à alerter par courrier le Premier ministre « sur la nécessité d’équiper nos salariés du matériel de protection adéquat à savoir les masques de type FFP2, combinaisons jetables de protection notamment ». « Nous ne manquons plus de gel depuis quelques jours, grâce à la mobilisation de nos partenaires, estime Philippe Jouanny. Sur les combinaisons jetables, ça va encore, mais nous commençons à manquer de gants jetables. Quant aux masques, la situation est des plus critiques, donc nous maintenons la pression sur le gouvernement pour que les entreprises de propreté, en première ligne dans la lutte contre le Coronavirus, puissent être incluses dans les métiers dits essentiels au maintien de la salubrité civique et pouvoir ainsi bénéficier des équipements et des moyens de transport en priorité. » En parallèle, les fédérations régionales multiplient les initiatives de soutien à leurs adhérents. La FEP Centre Sud-Ouest (FEP CSO) a par exemple organisé, le 3 avril dans les locaux de la société toulousaine Siemex, la distribution de 23 000 masques de protection au profit d’une trentaine d’entreprises de la région. « Cela a été possible grâce à la très grande réactivité de l’entreprise Les Tissages de Charlieu (basée dans la Loire, NDLR) qui a stoppé sa production de tissu jacquard pour fabriquer de grandes quantités de masques en tissu lavable », souligne Bertil Van Den Broucke, secrétaire général de la FEP CSO et dirigeant des entreprises de propreté Siemex (Toulouse) et C Net (Brive-la-Gaillarde).

« 85 % de notre chiffre d’affaires, ce sont des salaires et des charges »

Sur ces deux structures, qui emploient un peu moins de 300 personnes pour un chiffre d’affaires de 3,6 M€, « nous accusons une baisse d’activité de 60 % », résume-t-il. Dans le détail, « nous maintenons des interventions dans les secteurs de la santé, de l’habitat, de l’aéronautique et de la grande distribution. C’est ce qui nous sauve un peu… Nous devrions arriver à traverser cette crise car notre trésorerie est saine, mais nous ne tiendrons pas trois mois », estime le dirigeant. Et d'ajouter : « 85 % de notre chiffre d’affaires, ce sont des salaires et des charges. Si l’on continue de payer tout cela normalement sans facturer, ça va bloquer à un moment donné. » Comme la quasi-totalité des entreprises du secteur, Siemex et C Net ont fait appel au dispositif d’activité partielle. C’est le cas également de la société héraultaise MMH (4,2 M€ de CA en 2019). « Sur 300 collaborateurs, nous sommes 60 à travailler, explique son dirigeant Aurélien Mallet. Le niveau de notre activité atteint 30 % avec des besoins plus conséquents pour certains secteurs. La durée des interventions peut être supérieure à d’habitude (plusieurs passages d’entretien, NDLR). Des prestations nouvelles de désinfections sont aussi demandées mais nous avons des marchés qui ont été suspendus, par exemple chez Cultura, MGEN, PVB Avocats, Septeo, dans des mairies, des écoles et des établissements de formation… ». Malgré une certaine stabilité financière de son entreprise, Aurélien Mallet dit faire « attention à tout » car « on avance dans l’inconnu ». Il envisage par exemple d’imposer une semaine de congés payés à ses salariés en avril : « La reprise va être dure pour nos clients, il ne faut pas l’oublier », explique-t-il.

Permettre aux salariés de « reprendre avec moins de stress »

Une reprise qu’il va aussi falloir anticiper et ce « dès aujourd’hui », selon Bertil Van Den Broucke, qui conseille à toutes les entreprises, d’une part, de « dresser la liste de leurs salariés qui ont pu, eux-mêmes ou dans leur entourage, être touchés par le virus. Ceci afin de mettre en place une décontamination de leurs locaux et permettre à tous leurs salariés de reprendre avec moins de stress » et, d’autre part, « de faire appel à une entreprise de propreté pour cette étape. Ce sont des opérations que nous maîtrisons et pour lesquelles nous disposons de techniques et de produits virucides adaptés ». Une recommandation que partage Jocelyne Vidal, fondatrice et cogérante de la société M’Nett (36 salariés, 500 k€ de CA), basée à Plaisance-du-Touch (Haute-Garonne). Spécialiste depuis trente ans du nettoyage industriel, résidentiel ou encore de locaux commerciaux en Haute-Garonne et dans le Gers, elle a aussi développé une expertise dans le nettoyage spécifique (scènes de crime ou de fin de vie, par exemple). « En ce moment, on nous sollicite beaucoup pour de la désinfection ou de la décontamination, que ce soit chez nos clients habituels ou par le bouche-à-oreille. Par exemple, nous allons bientôt désinfecter des baraques de chantier dans le Gers, pour une entreprise de BTP qui anticipe le redémarrage de son activité », illustre Jocelyne Vidal. Elle insiste sur la nécessité de faire appel à des professionnels pour ce type d’opération. « La propreté, c’est un vrai métier, qui s’apprend. J’espère que cette crise permettra à nos agents de l'ombre, qui sont sur le pont, de gagner un peu en reconnaissance… »

 

 

Pour accompagner les entreprises de propreté pendant la crise sanitaire, la FEP a mis en ligne, le 14 avril, un « Guide de bonnes pratiques de continuité d’activité et mesures de prévention ». 

Aline Gandy, avec Véronique Coll et Stéphanie Roy
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